Une suite d’évènements météorologiques extrêmes a provoqué les pires inondations que le Québec ait connues. Ce phénomène a commencé à l’hiver 2011 sur les sommets qui entourent le bassin du lac Champlain : les Adirondacks et les montagnes Vertes.

Une accumulation record de neige est tombée sur ces montagnes ainsi que dans le sud du Québec. Au printemps, une fonte de neige tardive et rapide et les fortes précipitations qui ont suivi ont fait déborder les eaux du lac Champlain vers son seul déversoir, la rivière Richelieu.

En effet, le niveau annuel moyen des eaux du lac s’est élevé à 31,4 m (103,2 pi) au-dessus du niveau moyen de la mer, soit une augmentation de 0,4 m (1,3 pi) par rapport au record établi en mai 1993 (figure D.1) (MSP, 2013; Commission mixte internationale Canada et États-Unis, 2013).

Figure D.1 Le niveau des eaux de la rivière Richelieu (ligne rouge) entre les mois de novembre 2010 et juillet 2011.
Tiré de MSP, 2013

Pour empirer la situation, de la mi-avril à la mi-mai, la vallée du Richelieu a reçu 230 mm de pluie (2,5 fois plus que la quantité normale), saturant ainsi le sol et provoquant le débordement des eaux pendant 67 jours consécutifs, soit du 13 avril au 19 juin 2011 (Commission mixte internationale Canada et États-Unis, 2013).

En même temps, le phénomène a été amplifié par les forts vents du sud qui ont soufflé constamment sur le lac Champlain, poussant ses eaux vers la vallée du Richelieu et la baie Missisquoi, ce qui a fait lever des vagues d’un mètre de haut et accroître le niveau des eaux (Environnement Canada, 2013; MSP, 2013).

Ces conditions météorologiques ont favorisé des débits allant jusqu’à 1 300 m3/s (45 900 pi2/s) se déchaînant près de Saint-Jean-sur-Richelieu (Programme de mise en valeur du lac Champlain, 2013), provoquant ainsi des dommages colossaux sur les rives des zones urbaines et agricoles. Les deux débits les plus élevés furent de 1 554 m3/s et 1 560 m3/s et furent observés le 6 et le 23 mai respectivement (MSP, 2013). Or, le débit moyen de la rivière est de 442 m3/s (Programme de mise en valeur du lac Champlain, 2013).

Afin de mieux apprécier l’ampleur des crues 2011, la figure D.2 illustre l’étendue normale des eaux (1ere photo) et l’amplitude maximale atteinte par la crue printanière 2011 (2e photo) dans la partie sud du Haut-Richelieu.

Le débordement des eaux du Richelieu a submergé des milliers d’hectares de terres agricoles et grandement endommagé des routes, des ponts et des rivages.

Le personnel des Forces armées canadiennes (environ 800 membres) et des patrouilles de la Sûreté du Québec ont été mobilisés pour aider les résidents et les responsables locaux des mesures d’urgence qui étaient épuisés (MSP, 2013).

Figure D.2 Vue du secteur du haut Richelieu, hauteur de Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix. La premiere photo montre le niveau de la rivière avant les inondations du printemps 2011 et la seconde, après les inondations.
Source : Agence Spatiale Canadienne, 2013

Dans l’ensemble du bassin versant du lac Champlain et de la rivière Richelieu, près de 4 000 maisons ont été endommagées. Il y a eu environ 90 millions de dollars de dégâts et plus de 30 municipalités ont été directement touchées (Commission mixte internationale Canada et États-Unis, 2013).

Du côté canadien, ces inondations ont affecté environ 3 000 résidences, principalement dans les municipalités de :

  • Venise-en-Québec
  • Noyan
  • Saint-Jean-sur-Richelieu
  • Henryville
  • Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix
  • Sainte-Anne-de-Sabrevois
  • Saint-George-de-Clarenceville
  • Lacolle
  • Saint-Blaise-sur-Richelieu
  • et Saint-Armand

(Agence spatiale canadienne, 2013; MSP, 2013). Une estimation des répercussions en date de janvier 2013 est décrite dans le tableau D.1.

  Vermont New York Québec
Nombre de personnes évacuées 75 124 1 651
Nombre de maisons endommagées 500 929 2 375
Nombre de municipalités touchées 8 5 27
Nombre de réclamations individuelles 800 900 3 000
Estimation des dégâts signalés 8 600 000 $ 9 900 000 $ 72 000 000 $

Données en date de janvier 2014

Tableau D.1 Estimation des dommages causés par la crue du printemps 2011 dans le bassin versant du lac Champlain et de la rivière Richelieu.

Dans la partie québécoise, plusieurs résidences ont donc été endommagées dans la zone de grand courant (crues de récurrence de 0-20 ans), les rendant inhabitables et nécessitant leur reconstruction.

Cependant, la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables (PPRLPI) interdit la reconstruction d’une habitation considérée détruite dans la zone de récurrence 0-20 ans.

De plus, la règlementation d’aménagement et d’urbanisme du territoire touché par les inondations ne permettait pas non plus la réfection ou la reconstruction d’habitations détruites, devenues dangereuses ou ayant perdu plus de 50 % de leur valeur à la suite d’une inondation (MAMOT, 2014).

Étant donné l’ampleur du territoire touché et afin de répondre aux préoccupations des élus municipaux, un décret a été adopté par le gouvernement du Québec afin de favoriser la réintégration des ménages à leur domicile tout en assurant la sécurité publique et la protection de l’environnement.

Zone d’intervention spéciale (ZIS)

Ainsi, une zone d’intervention spéciale (ZIS) a été déterminée afin de permettre, entre autres, la reconstruction de certaines résidences, et ce, à certaines conditions. Le décret numéro 964-2011 (Gazette officielle du Québec, 2011) a donc été adopté afin de permettre la reconstruction des habitations dans les parties du territoire des MRC de La Vallée-du-Richelieu, du Haut-Richelieu, de Brome-Missisquoi et de Rouville situées dans la zone inondable 0-20 ans de la rivière Richelieu et de la baie Missisquoi. La zone d’intervention spéciale avait pour objectifs (MAMOT, 2014) :

  • d’offrir aux personnes sinistrées la possibilité de faire la réfection ou la reconstruction de leur habitation domiciliaire, à certaines conditions, et ce, le plus rapidement possible;
  • de favoriser la réintégration des ménages à leur milieu domiciliaire d’appartenance;
  • d’éviter de porter préjudice, notamment financier et psychologique, à des personnes déjà lourdement affectées par la perte de leurs biens;
  • de faire en sorte que l’ensemble des municipalités et des personnes sinistrées visées soient soumises à des normes uniformes, édictées par le décret.

La reconstruction des maisons a dû être réalisée en respectant, entre autres, les règles d’immunisation décrites dans le décret, lequel vise l’augmentation de la résistance des infrastructures lors des futures crues saisonnières (figure D.3).

Figure D.3 Exemple d’immunisation d’une maison située dans la zone d’intervention spéciale 0–20 ans
Source : Gazette officielle du Québec, 2011