Impacts sur la santé publique

L’un des principaux impacts lors des inondations est la perte de la qualité de l’eau potable.

En effet, la qualité de l’eau peut se détériorer à cause:

  • d’une haute concentration de polluants, notamment de pesticides
  • de produits pharmaceutiques
  • de métaux lourds
  • d’agents pathogènes (bactéries, virus, champignons) qui sont transportés par le lavage des fosses septiques
  • des réservoirs à essence et des réseaux d’égout
  • par le ruissellement des champs agricoles
  • des usines d’élevage d’animau,
  • des sédiments
  • de la végétation
  • et autres matières organiques pourrissantes

L’eau pour la consommation humaine devient donc insalubre et son ingestion ou son contact comporte des risques de maladies hydriques (ex. : choléra, dysenterie, typhoïdes, hépatites A-E, fièvres, etc.) et de développement d’épidémies dans la région.

Dans ce contexte, certaines villes et municipalités (ex. : Saint-Jean-sur-Richelieu, MRC du Haut-Richelieu), de même que la Santé publique du Québec, recommandent de faire bouillir l’eau pendant au moins une minute dès que le goût, la couleur ou l’odeur de l’eau n’est plus le même (Sécurité publique du Québec, 2008).

Par contre, pendant la période de crise, il est fortement recommandé de consommer de l’eau en bouteille.

Puits artésiens

Les propriétaires des puits artésiens sont responsables de faire analyser et décontaminer l’eau de leurs puits. La Sécurité publique du Québec conseille d’enlever tout corps étranger ou dépôt organique à l’aide d’un grattoir, ainsi qu’en utilisant de l’eau de Javel. Après le retrait de la crue, il faut attendre au moins 10 jours et procéder à une désinfection du puits en suivant la procédure établie par la Sécurité publique du Québec.

Air intérieur

D’un autre côté, les problèmes de potabilité ne sont pas les seuls, la qualité de l’air intérieur, elle aussi, n’est pas épargnée. En effet, l’humidité ambiante dans une habitation, faisant suite aux inondations, est propice à l’apparition et au développement de moisissures et autres champignons (Langlois, 2010). Même une maison qui a été au préalable nettoyée et désinfectée n’est pas à l’abri. Il est donc très important de corriger le tir au plus vite dès que :

  • Des odeurs de moisi, de terre ou d’alcool font leur apparition;
  • Des taches noirâtres ou colorées apparaissent à la surface des matériaux.

Une solution est d’aérer et de chauffer les pièces de la maison ou du bâtiment dès le retrait des eaux, et ce, dans la mesure du possible, dans le but d’évacuer un maximum d’humidité et ainsi d’éviter une suite de désagréments. Les moisissures peuvent engendrer ou aggraver les problèmes de santé suivants :

  • Toux, congestion et écoulement nasal, éternuement, respiration bruyante;
  • Asthme et allergies respiratoires;
  • Irritation des yeux, de la gorge et du nez;
  • Problèmes de peau;
  • Fièvre, maux de tête, nausées, vomissements et diarrhée.

Monoxyde de carbone

D’autre part, il ne faut pas négliger lors des inondations les effets sur la santé qui peuvent découler d’une mauvaise utilisation des pompes avec moteur à combustion. Ainsi, les personnes pourraient s’intoxiquer au monoxyde de carbone, ce qui peut causer des effets variés allant du mal de tête jusqu’au coma et à la mort.

Il faut se rappeler que les gaz asphyxiants sont inodores, incolores et indolores. Il faut donc placer ces appareils à l’extérieur et s’assurer que le vent ne pousse pas les gaz d’échappement vers l’intérieur de la demeure. De plus, avant de réintégrer votre domicile, il faut s’assurer que l’électricité peut être rétablie sans danger.

Consultez le plan d’intervention de votre ville afin de réagir adéquatement lors des inondations.

Finalement, à la suite des inondations de 2011, plusieurs questions relatives à la santé publique demeurent encore à l’étude, à savoir : quelles substances chimiques et quels autres polluants toxiques ont été transportés dans le lit du bassin versant de la rivière Richelieu ? Où se sont-ils déposés ? Quels sont leurs impacts sur la santé humaine ? Sur l’environnement ?

Impacts sur l’économie de la région

La Commission mixte internationale a révélé dans son rapport 2013 que les inondations du printemps 2011 dans le bassin versant de la rivière Richelieu ont coûté 72 millions de dollars, soit sept et huit fois plus que dans les états de New York et du Vermont, respectivement.

En 67 jours de crue dans la vallée du Richelieu, les dommages causés par les forts débits d’eau ont atteint environ 2 500 résidences principales, affecté au moins 4 000 personnes et forcé l’évacuation d’au moins 1 600 autres qui ont dû être replacées dans des refuges d’urgence et des hôtels (Commission mixte internationale Canada et États-Unis, 2013; MSP, 2013).

Un total de 40 municipalités ont été touchées dans la Montérégie, dont 11 ont déclaré l’état d’urgence (MSP, 2013). Aussi, cette catastrophe naturelle a demandé la mobilisation d’urgence de 14 ministères et organismes, notamment, la Croix-Rouge, le groupe communautaire SOS Richelieu, la protection civile du Québec, les forces armées canadiennes et des centaines de bénévoles (MSP,  2013).

Production agricole

Par ailleurs, un autre secteur fortement touché par la crue 2011 fut la production agricole. On estime que lorsque le niveau des eaux a atteint son niveau le plus haut, soit en mai et juin, environ 170 entreprises agricoles et 2 500 hectares bordant la rivière richelieu ont été endommagés (Programme de mise en valeur du lac Champlain, 2013). Également, la production laitière n’a pas été épargnée, car la perte des cultures de maïs, foin et fourrage a diminué la qualité d’alimentation des bêtes et donc la production de lait (Programme de mise en valeur du lac Champlain, 2013).

De façon générale, les inondations 2011 au Québec ont coûté jusqu’à maintenant 72 millions de dollars (Commission mixte internationale Canada et États-Unis, 2013). D’autres coûts pourraient s’ajouter dans le futur, mais les impacts sur l’économie de la région proviennent notamment des coûts associés à :

  • L’endommagement des infrastructures urbaines telles que des routes, ponts, structures de béton, parcs municipaux et propriétés résidentielles
  • L’endommagement des biens personnels (autos, bateaux, quais, aménagements résidentiels, etc.)
  • La santé de la population touchée
  • La contamination des eaux douces et potables
  • L’endommagement de la tuyauterie de distribution d’eau potable et des égouts
  • Les journées de travail et d’école manqués
  • Les séjours en hôtels des sinistrés et les coûts d’alimentation
  • Les dommages environnementaux par la dégradation d’habitats fauniques et floristiques

Impacts sur l’environnement

Lors de la crue printanière de 2011, les eaux de la rivière Richelieu ont balayé les écosystèmes riverains, infrastructures municipales, propriétés résidentielles et terres agricoles qui se trouvent dans la plaine inondable de 20 et 100 ans.

Le courant a entrainé avec elle des centaines de gallons de produits chimiques résidentiels, des matières organiques en décomposition provenant des fosses septiques et réseaux d’égouts, des débris organiques (arbres, corps d’animaux, etc.), des huiles et combustibles fossiles provenant de stations de services, des pesticides provenant des terres agricoles, des produits pharmacologiques et des métaux lourds qui reposaient déjà dans le lit de la rivière et du lac Champlain (Programme de mise en valeur du lac Champlain, 2013).

Les conséquences d’un tel phénomène d’érosion et de surcharge d’éléments organiques et inorganiques (à court et à long terme) ne sont pas entièrement connues pour le bassin de la rivière Richelieu, principalement à cause du manque d’études sur le sujet.

Certaines questions restent donc en suspens :

  • Quels sont les impacts des inondations sur la structure des bandes riveraines et sur la flore et la faune qui habitent ces écosystèmes ?
  • Les inondations de 2011 ont-elles favorisé la propagation des espèces exotiques envahissantes ?
  • Quels sont les effets des pesticides et autres polluants sur la qualité de l’eau ?

Impacts importants

Cependant, on peut séparer quelques possibles impacts des inondations 2011 sur différents composants de l’environnement du bassin versant de la rivière Richelieu, à noter :

Érosion accélérée des rives

Un débit d’eau maximal allant jusqu’à 1 560 m3/s (MSP, 2013) a emporté plusieurs arbres et arbustes matures et en a déraciné d’autres tout au long des rives de la rivière Richelieu.

Également, dans plusieurs endroits, notamment ceux aménagés et artificialisés, la bande riveraine a été sévèrement érodée à cause de l’arrachement et du décrochement de terre de la berge.

Ce phénomène a touché particulièrement les rives situées à la hauteur de Saint-Jean-sur-Richelieu et des rapides de Chambly (ex. : parc Marcel-Fortin et refuge faunique Pierre-Étienne-Fortin dans les villes de Chambly et Richelieu).

L’érosion des rives conduit à l’envasement du lit de la rivière et à l’augmentation de la turbidité, ce qui détruit les habitats benthiques via le dépôt de sédiment sur les roches qui composent le substrat. Elle peut aussi réduire la capacité de plantes à faire la photosynthèse et obstruer les voies respiratoires de poissons et les appareils digestifs des animaux planctoniques.

À long terme, cette érosion peut avoir affaibli la capacité du bassin à atténuer de nouveaux épisodes d’inondation.

Perte de la qualité de l’eau pour la vie aquatique

Lors de l’inondation de 2011 (du 13 avril au 19 juin) la plupart de terres agricoles étaient non couvertes et avaient été fertilisées pour préparer l’ensemencement (Programme de mise en valeur du lac Champlain, 2013).

L’érosion causée par la crue a provoqué un apport massif d’éléments nutritifs (N, P, K) provenant de l’engrais utilisé dans les terres agricoles, ce qui a probablement, à court terme, favorisé la prolifération de cyanobactéries (algues bleu-vert), de bactéries pathogènes (E. coli, Salmonella, etc.) et de plantes aquatiques dans le bassin de la rivière Richelieu.

Une étude menée par l’agence des ressources naturelles du Vermont dans certains affluents du lac Champlain a démontré que la charge de phosphore était de 35 à 62 % plus élevée que la concentration normale à cette époque de l’année (figure D.4). Alors, il est fortement probable que le même phénomène s’est produit aussi dans la rivière Richelieu et ses affluents.

Figure D.4 Charge de phosphore en 2011 dans quelques affluents principaux du lac Champlain, état du Vermont.
Source : Programme de mise en valeur du lac Champlain, 2013

D’un autre côté, les pesticides (herbicides, insecticides et fongicides) utilisés en milieu agricole et transportés par le courant pourraient avoir des effets négatifs sur la santé animale et humaine à long terme.

Par exemple, plus de 30 herbicides sont utilisés au Québec pour la culture du maïs (Giroux, 2010). Certains pesticides utilisés dans la vallée du Richelieu (ex. : atrazine, DDT, métolachlore, glyphosate, dicamba) sont connus pour être des perturbateurs endocriniens, ayant des effets dérégulateurs sur le cycle reproductif et la maturation des amphibiens et poissons aquatiques (Giroux, 2000; Giroux, 2010; De Lafontaine et coll., 2002).

Il est aussi connu que certaines espèces de poissons, dont certaines en voie d’extinction comme le chevalier cuivré ou d’importance économique, sont extrêmement sensibles aux polluants dissous dans l’eau (De Lafontaine et coll., 2002; Équipe de rétablissement du chevalier cuivré du Québec, 2012).

Également, les effets sur la chaine alimentaire des habitats aquatiques causés par la bioaccumulation des dioxines, furannes et métaux lourds (plomb, mercure, cadmium) ingérés par la faune benthique (ex. : mollusques) sont inconnus en date de mars 2014.

Accélération de l’eutrophisation dans certains endroits

Les éléments nutritifs et la décomposition de la matière organique emportée par la crue et déposée dans les écosystèmes aquatiques du bassin versant de la rivière Richelieu pourraient diminuer la quantité d’oxygène dissous par la croissance excessive d’algues et de plantes aquatiques.

Ce phénomène pourrait favoriser le vieillissement prématuré (eutrophisation) des zones d’eaux stagnantes, notamment pendant la période d’étiage ou dans les milieux humides situés dans la plaine inondable et sur les rivières L’Acadie et des Hurons.

L’eutrophisation entraine des changements sur l’équilibre de toute la chaine alimentaire, car l’enrichissement des habitats aquatiques favorise seulement les espèces tolérantes à ce changement.

Modification à la morphologie des rives et au courant de la rivière

La crue du printemps 2011 a causé certainement des dommages aux bandes riveraines de la rivière Richelieu et de ses affluents.

Par exemple, une caractérisation menée par le COVABAR en 2013 a démontré que les inondations 2011 ont modifié la structure physique (taille et forme) de certains endroits des îles qui forment le refuge faunique Pierre-Étienne Fortin. Ces modifications ont entrainé une augmentation de la force du courant principalement dans la partie est du refuge.

D’autres signes de ce phénomène naturel ont été observés dans deux bandes riveraines dénaturalisées et fortement érodées par l’intensité du courant, ainsi que par l’accumulation d’une importante quantité de sédiments, d’arbres morts et autres débris dans la partie sud-est du refuge faunique.

Ce phénomène naturel peut avoir des effets (à court terme et à long terme) sur la diversité d’espèces qui y habitent, dont certaines possèdent un statut de protection particulière par la loi, notamment le chevalier cuivré. D’autres travaux d’évaluation sont nécessaires afin de repérer les endroits les plus touchés par la crue du printemps 2011 et ses effets sur la biodiversité locale.

Diminution de la biodiversité locale

La force des eaux de la rivière Richelieu lors de l’inondation 2011 a changé la structure du lit et le débit du courant dans certains endroits (Programme de mise en valeur du lac Champlain, 2013).

Dans ces endroits, l’érosion a entrainé une diminution de la couverture végétale de la bande riveraine, où plusieurs espèces terrestres telles que des reptiles, mammifères, oiseaux et invertébrés trouvent leur habitat. Donc, à court terme, on peut s’attendre à une réduction de la diversité animale qui habite dans les bandes riveraines.

Également, l’élargissement de la zone littorale de la rivière, la modification du fond rocheux, les températures froides et l’augmentation de la turbidité ont probablement retardé la période reproductive des poissons, ce qui en revanche aurait pu diminuer le succès reproductif des espèces sensibles à ces changements.

Ces modifications de l’habitat ont probablement affecté d’autres espèces aquatiques, comme les amphibiens et invertébrés benthiques. De plus, la perte de la couverture végétale des rives causées par la crue de 2011 a probablement ouvert de nouvelles niches à coloniser par d’autres espèces, notamment des espèces exotiques envahissantes comme le phragmite, la renouée japonaise et le butome à ombelle.

Ces espèces peuvent déplacer les espèces de plantes indigènes et donc réduire la diversité locale via la compétition pour les mêmes ressources (c.-à-d. nutriments essentiels, soleil, espace).

Propagation des espèces exotiques envahissantes

Des espèces exotiques envahissantes hautement fertiles telles que la tanche (Tinca tinca) ont probablement profité de l’occasion des crues pour coloniser de nouveaux habitats dans la rivière Richelieu. Apparemment, l’abondance de tanche semble avoir augmenté dans le fleuve Saint-Laurent suite aux inondations de 2011 (Programme de mise en valeur du lac Champlain, 2013).

Cependant, aucune étude ne peut confirmer à ce jour cette hypothèse. D’autres espèces aquatiques potentiellement envahissantes à surveiller sont : certaines carpes, le gobie à taches noires et la tête de serpent, soit trois espèces jusqu’à maintenant présentes uniquement dans le lac Champlain.