Un milieu humide se caractérise par « la présence, permanente ou temporaire, en surface ou à faible profondeur dans le sol, d’eau stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée. Ils peuvent être d’origine naturelle ou artificielle. Souvent en position de transition entre les milieux terrestres et aquatiques proprement dits, ils se distinguent par une faible épaisseur de la colonne d’eau, par la présence de sols hydromorphes ou non évolués, tels que des gleysols ou des sols organiques, et d’une végétation dominante composée de plantes hygrophiles ou capables de tolérer des inondations périodiques. En l’absence de végétation, un site peut être défini comme milieu humide lorsqu’il présente un substrat saturé au moins une partie de la saison de croissance et qu’il est situé, ou était situé, à l’intérieur ou à proximité d’un milieu aquatique, ou d’un milieu humide présentant une végétation hygrophile. Au Québec, les milieux humides incluent notamment les eaux peu profondes (< 2 m), marais, marécages et tourbières. Ils peuvent être en lien direct ou non au réseau hydrographique de surface » (Pellerin et Poulin, 2013).

Ces milieux, caractérisés par une forte production végétale, abritent une faune variée et représentent un refuge essentiel pour de nombreuses espèces de vertébrés (poissons, amphibiens, reptiles, oiseaux, mammifères), d’invertébrés ainsi que de micro-organismes. Les milieux humides ont un impact sur la biodiversité et ils représentent un élément important de la gestion durable de l’eau. Ils assurent plusieurs rôles, dont :

  • Abri pour les différentes espèces animales ou végétales;
Habitant des milieux humides : la grenouille

Régulation de l’écoulement des eaux;

  • Barrière au transport de sédiments;
  • Filtre et purification de l’eau.
Figure G.1 Rôle de filtration du milieu humide Source : Canards Illimités Canada
                         

L’abondance de la nourriture ainsi que sa variété font des milieux humides un habitat idéal pour une multitude d’espèces animales. Par exemple, plusieurs poissons les utilisent comme sites pour la reproduction et certains amphibiens en dépendent pour leur survie. Le milieu humide peut aussi réguler l’écoulement des eaux. En effet, lors de précipitations abondantes, il réagit comme une éponge en captant l’eau pour la relâcher progressivement ensuite, limitant ainsi les effets néfastes causés par les inondations. De plus, le système racinaire des végétaux du milieu humide permet de stabiliser les sols et, de ce fait, de limiter l’érosion et le transport de sédiments. Enfin, la végétation en place permet de filtrer l’eau et de diminuer la charge de matières en suspension ainsi que le surplus d’éléments nutritifs comme le phosphore (figure G.1).

Les milieux humides prennent différents aspects, ils sont parfois difficiles à reconnaître et à différencier. Huit principales classes de milieux humides sont utilisées pour caractériser le territoire du bassin de la rivière Richelieu. Le système de classification choisi est celui établi dans l’inventaire réalisé en 2013 par Canards Illimités Canada et MDDEFP (2013).

Exemple de milieu humide  

Eau peu profonde

Milieu humide dont le niveau d’eau en étiage est inférieur à deux mètres et comprenant les étangs isolés, de même que la bordure des zones fluviales, riveraines et lacustres. Ces zones font la transition entre les milieux humides normalement saturés d’eau de manière saisonnière et les zones d’eau plus profonde. Sa végétation se compose de plantes aquatiques flottantes ou submergées, ainsi que des plantes émergentes dont le couvert compte moins de 25 % de la superficie du milieu.

Marais

Milieu humide généralement rattaché aux zones fluviales, riveraines et lacustres, dominé par une végétation herbacée (émergente, graminoïde) couvrant plus de 25 % de sa superficie. Les arbustes et les arbres, lorsque présents, couvrent moins de 25 % de la superficie du milieu. La végétation s’organise principalement en fonction du gradient de profondeur de l’eau et de la fréquence des rabattements du niveau d’eau et de la nappe phréatique. Les variations du niveau d’eau selon les marées, les inondations et l’évapotranspiration font en sorte que le marais, ou une partie de celui-ci, est inondé de façon permanente, semi-permanente ou temporaire. Il est généralement sur un sol minéral, organique (tourbe limnique) ou une mixture organo-minérale.

Prairie humide (sous-classe de marais)

Marais exondé la majeure partie de la saison de croissance et se distinguant par la dominance d’une végétation de type graminoïde qui se développe en colonies denses ou continues. Une végétation arbustive et arborescente peut être présente (transition vers un marécage).

Marécage

Milieu humide souvent riverain, inondé de manière saisonnière lors des crues, ou caractérisé par une nappe phréatique enlevée. On trouve également des marécages isolés qui sont humides de par leur situation topographique ou alimentés par des résurgences de la nappe phréatique. Ces milieux sont dominés par une végétation ligneuse, arbustive et arborescente, dont le couvert est supérieur à 25 % de la superficie totale. Le sol minéral présente un mauvais drainage.

Tourbière

Milieu humide où la production de matière organique (peu importe la composition des restes végétaux) a prévalu sur sa décomposition. Il en résulte une accumulation naturelle de tourbe qui constitue un sol organique. La tourbière possède un sol mal drainé, et la nappe phréatique est au même niveau ou près de la surface du sol. On reconnaît deux grands types de tourbières, la tourbière ombrotrophe (bog) et la tourbière minérotrophe (fen), selon leur source d’alimentation en eau.

Tourbière bog

Milieu humide ouvert alimenté principalement par les précipitations, faible en éléments nutritifs et plutôt acide. Le bog est dominé par des sphaignes et des éricacées. Certains bogs comportent des mares.

Tourbière fen

Milieu humide généralement ouvert alimenté par les eaux de précipitations et par les eaux d’écoulement (de surface et souterraines). Par conséquent, il est généralement plus riche en éléments nutritifs et moins acide qu’un bog. Les fens se retrouvent souvent dans le bas des pentes et dans les dépressions longeant les cours d’eau, où il y a une bonne circulation d’eau et de nutriments. La végétation d’un fen varie selon l’humidité du sol et les nutriments qui y sont apportés. Elle est plutôt diversifiée et généralement dominée par un couvert herbacé, notamment de cypéracées, ainsi que de bryophytes, d’arbustes et d’arbres.

Tourbière boisée (sous-classe de tourbière)

Tourbière se distinguant par une végétation arborescente (hauteur supérieure à 4 m) dont le couvert fait plus de 25 % de la superficie totale. Les tourbières boisées se trouvent souvent en périphérie des bogs ou des fens, ou correspondent à un stade particulier du développement de ces écosystèmes. Les arbres qui les occupent sont généralement adaptés aux mauvaises conditions de drainage et aux sols pauvres.