Le Richelieu est l’une des rivières les plus riches en espèces de poissons au Québec. Nous pouvons y retrouver près de 80 espèces (MRNF, 2008). Une quarantaine de frayères sont protégées dans le bassin versant : 35 sur la rivière Richelieu, trois sur la rivière L’Acadie et deux sur la rivière du Sud.

Dans le bassin versant de la rivière Richelieu, il y a une espèce menacée, deux vulnérables et deux susceptibles d’être désignées menacées ou vulnérables. Nous pouvons aussi noter la présence d’espèces exotiques pouvant nuire à l’écosystème local, comme la tanche ou le gobie (voir section 5, Les espèces exotiques envahissantes). Malheureusement, le Richelieu est l’une des rivières les plus polluées du Québec et l’un de ses tributaires, la rivière des Hurons, est la rivière la plus polluée du Québec.

Espèces menacées

Chevalier cuivré (Moxostoma hubbsi)

M. Larochelle, Conservation de la Nature

Cette espèce est désignée menacée selon la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec et est désignée espèce en voie de disparition depuis décembre 2007 en vertu de la Loi canadienne sur les espèces en péril. Il s’agit d’une espèce endémique au Québec, c’est-à-dire qu’elle ne se retrouve nulle part ailleurs dans le monde.

Chevalier cuivré

De nos jours, la seule population est composée de quelques milliers d’individus et limitée aux eaux de la rivière des Mille Îles et aux alentours de l’île de Montréal, à la rivière Richelieu et au fleuve Saint-Laurent à la hauteur de Contrecœur (Équipe de rétablissement du chevalier cuivré du Québec, 2012) (carte F.1). On le rencontre surtout dans les eaux de la rivière Richelieu, où se trouvent d’ailleurs les deux seuls sites de fraie connus : aux rapides de Chambly et en aval du barrage de Saint-Ours.

Le chevalier cuivré peut atteindre plus de 70 cm de longueur. Les populations sont constituées majoritairement d’individus âgés. En effet, l’espèce semble avoir des problèmes de reproduction. Ces problèmes peuvent être dus à l’augmentation de polluants dans les cours d’eau et à la présence de barrages qui les empêchent de remonter jusqu’à leur site de fraie. De plus, il a été observé que l’espèce a des problèmes de libération de spermatozoïdes et d’œufs possiblement causés par l’action de pesticides sur leur système endocrinien. Ce dernier facteur est des plus inquiétants. Néanmoins, les modifications d’habitat (ex. : augmentation des sédiments au site de fraie, urbanisation, etc.) qu’il a subies pendant les dernières décennies jouent aussi un rôle important dans son déclin. La disparition de l’espèce dans les rivières Noire et Yamaska y est d’ailleurs confirmée pour cette raison.

Dans le cadre d’un programme de réintroduction de l’espèce pour reconstituer le stock de géniteurs qui se fait de plus en plus rare et vieillissant, l’espèce est reproduite artificiellement depuis 2004. Des larves et des juvéniles sont ensemencés dans la rivière Richelieu. Malgré ces efforts, la protection de l’intégrité des habitats et l’amélioration de la qualité de l’eau de la rivière Richelieu demeurent des enjeux majeurs pour assurer le rétablissement de l’espèce.

Carte F.1 Aire de répartition du chevalier cuivré

Un plan de rétablissement (Équipe de rétablissement du chevalier cuivré du Québec, 2012) a été rédigé à la suite de deux plans d’interventions (1995 et 1999) par le Comité d’intervention pour la survie du chevalier cuivré puisqu’il s’agit d’une espèce menacée en plus d’être plus endémique au Québec. Ce plan a pu être rédigé grâce à une action concertée entre les différents partenaires (Comités de rétablissement) suivants :

  • Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs
  • Ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques
  • Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation
  • Ministère des Pêches et Océans Canada
  • Agence Parcs Canada
  • Université Laval
  • Biodôme de Montréal
  • Comité ZIP des Seigneuries
  • Éco-Nature
  • COVABAR

Ce plan répond aux exigences de la Loi québécoise sur les espèces menacées ou vulnérables ainsi qu’à celles de la Loi canadienne sur les espèces en péril (COSEPAC, 2004). Le plan propose aussi certaines actions prioritaires ou certains projets (par exemple : la création du refuge faunique Pierre-Etienne-Fortin et le projet de reproduction au Biodôme de Montréal). Pour y parvenir, l’équipe de rétablissement s’est fixé trois objectifs principaux :

  • Augmenter le recrutement de la population dans la rivière Richelieu;
  • Améliorer les conditions des habitats en déterminant les habitats les plus importants;
  • D’ici 15 ans, faire en sorte que les géniteurs de chevaliers cuivrés représentent 3 % de l’ensemble des chevaliers, toutes espèces confondues.

Dard de sable (Ammocrypta pellucida)

Le dard de sable est le seul représentant du genre Ammocrypta au Québec. Il fréquente donc presque exclusivement les cours d’eau, les rivières et les lacs lui offrant des fonds sablonneux, exposés à des courants suffisamment faibles pour maintenir le sable en place et suffisamment élevés pour prévenir l’envasement. Il préfère les eaux claires où la végétation aquatique est absente ou clairsemée.

L’espèce a été signalée dans le fleuve Saint-Laurent et dans certains tributaires situés entre le lac des Deux-Montagnes et Leclercville, en aval du lac Saint-Pierre. Sa répartition s’étend sur une large zone du bassin versant excluant l’extrême sud. Les activités agricoles intensives et la détérioration des milieux aquatiques dans les régions du sud du Québec constituent des menaces importantes pour le dard de sable qui semble être principalement menacé par la pollution des eaux et les activités humaines susceptibles de perturber et dégrader son habitat.

Espèces vulnérables

Chevalier de rivière (Moxostoma carinatum

Le chevalier de rivière est un poisson de fond arborant une grosse tête plate, un museau proéminent et une nageoire caudale teintée de rouge. Son ventre est blanc et son dos est brun olive. Il peut atteindre près de 80 cm de long et peser plus de 5,5 kg. Le chevalier de rivière a besoin d’une eau claire, ce qui le rend particulièrement susceptible à l’envasement et à la turbidité des cours d’eau. Les barrages constituent aussi une menace pour l’espèce (ministère des Richesses naturelles et des Forêts de l’Ontario, 2014).

Fouille-roche gris (Percina copelandi)

Ce petit poisson (4 cm) vit dans le fond des cours d’eau. L’espèce est présente dans la rivière Richelieu et plus particulièrement dans les rapides de Chambly où elle se reproduit. Cette espèce est sensible à la pollution et souffre aussi de la perte de son habitat (augmentation des sédiments et diminution de la qualité de l’eau). 

Méné d’herbe (Notropis bifrenatus)

Ce petit poisson mesure environ six centimètres et est présent sur le bassin versant de la rivière Richelieu. Il vit dans les zones calmes des rivières, des ruisseaux et parfois des lacs et plus particulièrement dans la végétation aquatique submergée abondante. Sa présence est en diminution dans le bassin versant ainsi que dans d’autres zones. Les principales raisons de son déclin sont la diminution de la qualité de l’eau, une augmentation de la turbidité et la réduction des herbiers aquatiques. Les autres menaces connues et présumées affectant le mené d’herbe au Québec sont les changements climatiques, l’altération du régime d’écoulement des eaux, les obstacles au libre passage, la propagation des espèces exotiques et des maladies ainsi que les captures accidentelles.