1 – Fertilisants et amendements

Les fertilisants (ou engrais) et les amendements auront tous deux pour effet d’améliorer la fertilité du sol. Cependant, les éléments nutritifs de l’engrais seront réacheminés à la plante pour favoriser sa croissance tandis que ceux de l’amendement visent l’amélioration du sol en modifiant sa structure physicochimique.

L’application d’engrais et d’amendements a plusieurs buts, tels qu’illustrés au tableau E.4. Ils peuvent être organiques (ou engrais de ferme), minéraux ou organominéraux.

Certains types de cultures sont plus exigeants que d’autres au niveau des éléments nutritifs. La monoculture et la culture intensive, lorsqu’elles sont mal régies, peuvent contribuer à l’appauvrissement des sols et à l’augmentation de l’érosion. Cette dernière entraîne une perte de la couche de sol la plus fertile pour la croissance des plantes. Donc, pour contrer ces « problèmes », les agriculteurs ont recours aux engrais et amendements.

Engrais de ferme Engrais minéraux
Apportent aux plantes des éléments nutritifs majeurs et mineurs, en proportion variable selon la disponibilité dans le temps
Apportent une quantité non négligeable de matière organique
Contribuent à maintenir une bonne structure de sol et, par conséquent, la fertilité du sol
Apportent aux plantes des éléments nutritifs immédiatement assimilables, propriété particulièrement intéressante dans certaines conditions (ex : sol frais du printemps)N’apportent aucune matière organique au sol
Peuvent modifier l’équilibre naturel des micro-organismes du sol
Nécessitent, dans le cas de produits synthétiques, l’utilisation de ressources non renouvelables (combustibles fossiles) pour leur fabrication
Amendements organiques Amendements minéraux
Augmentent progressivement la quantité et la qualité des matières organiques
Améliorent la capacité du sol à retenir l’eau, ce qui est très utile en période de sécheresse
Procurent des éléments nutritifs (azote, potassium, phosphore, manganèse, etc.)Favorisent la croissance des plantes en améliorant l’aération et la cohésion du sol
Améliorent généralement l’infiltration d’eau dans le sol et diminuent donc ainsi le risque de ruissellement
Permettent aux plantes de mieux absorber les éléments nutritifs en corrigeant certaines propriétés physicochimiques du sol (ex. : la chaux agricole)

Tableau E.4 Différences entre les engrais et amendements organiques et minéraux Source : MAPAQ, 2007

Lorsque les substances fertilisantes sont appliquées en grande quantité, que la couverture végétale n’est pas assez développée ou que les plantes ne sont pas en période de croissance, une partie des éléments nutritifs, tels le phosphore, l’azote et le potassium, ne sont pas entièrement utilisés par les végétaux cultivés et sont emportés vers les ruisseaux et les rivières par percolation et ruissellement (Hébert et Légaré, 2000).

Lorsque les eaux s’enrichissent, cela a plusieurs impacts sur leur usage. Les conséquences sont diverses : l’eutrophisation limite la vie aquatique, il peut y avoir présence de cyanobactéries, perte d’habitats, diminution de la qualité de l’eau potable, etc. Il est donc important de gérer les usages de ces produits afin de les employer adéquatement.

Les clubs-conseils en agroenvironnement (CCAE) participent activement à cet objectif en favorisant des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement. Les exploitants qui y adhèrent s’engagent ainsi à produire dans une perspective de développement durable, accompagnés par les CCAE.

En 2005, 83 % des cours d’eau situés en milieu agricole dépassaient la concentration de phosphore correspondant au critère d’eutrophisation, soit 0,03 mg/l pour les rivières et 0,02 mg/l pour les lacs (MDDEP, 2005b). Afin de protéger les cours d’eau, le gouvernement du Québec a adopté en 2002 (mis à jour en 2005) le Règlement sur les exploitations agricoles (REA) (voir encadré) afin de protéger les cours d’eau et d’atteindre l’équilibre en phosphore des sols d’ici 2010.

Selon le MAPAQ (2007), une gestion optimale des fertilisants comprend une analyse des besoins réels de fertilisants (quantité, type, etc.), un bon entreposage des produits et l’utilisation adéquate des engrais (modes, doses et périodes d’épandage).

Elle inclut aussi une optimisation de toutes les facettes de la gestion des cultures et une prise en compte de l’environnement où l’épandage doit se faire ainsi que des particularités du champ. De plus, l’utilisation d’un plan agroenvironnemental de fertilisation (PAEF) (voir encadré) et d’un bilan de phosphore est favorisée afin d’avoir une planification adéquate.

Néanmoins, certains problèmes subsistent. Certaines cultures vont prélever plus d’éléments nutritifs et donc nécessiter plus d’engrais de ferme par hectare. Le maïs-grain est une culture reconnue pour son fort potentiel de prélèvement.

D’ailleurs, plusieurs producteurs ont choisi des cultures plus exigeantes en éléments fertilisants comme le maïs afin de maximiser les lisiers de porcs. Cependant, la culture de maïs apporte d’autres impacts sur l’environnement (plus exigeante pour les sols, demande plus de pesticides, etc.).

De plus, les milieux récepteurs n’ont souvent pas la capacité de recevoir autant de contaminants. La capacité de support des activités agricoles par les rivières est fonction du nombre de cultures à grands interlignes et à interlignes étroits.

Le document « Capacité de support des activités agricoles par les rivières : le cas du phosphore total » rédigé par Gangbazo et coll. (2005), démontre que dans les cas où la capacité de support est dépassée (beaucoup de cultures à grands et étroits interlignes), de gros efforts doivent être entrepris afin d’assainir les eaux de leur forte concentration en phosphore.

Règlement sur les exploitations agricoles (REA)

Le Règlement sur les exploitations agricoles (REA) a vu le jour en 2002 et a été révisé en 2005. Il succède au Règlement sur la réduction de la pollution d’origine agricole mis sur pied en 1997. Le REA est cependant mieux adapté au problème de surplus de fumier et de pollution diffuse, en particulier de phosphore. Aussi, il a l’avantage de proposer une approche ferme par ferme.

Objectifs : Améliorer et protéger la qualité des eaux de surface par la mise en œuvre de normes qui conduiront au respect des capacités de support des cours d’eau québécois.

Les points saillants :
• Entreposage des déjections animales dans une structure étanche
• Interdiction d’épandre du lisier après le 1er octobre (sauf avec certaines restrictions)
• Interdiction de laisser les animaux s’abreuver directement dans les cours d’eau
• Approche ferme par ferme (personnalisée)
• Production d’un bilan annuel de phosphore par les entreprises agricoles
• L’épandage doit se faire à plus de 3 m (ou selon le règlement municipal) de la ligne des hautes eaux.
Plan agroenvironnemental de fertilisation (PAEF)

Qu’est-ce qu’un plan agroenvironnemental de fertilisation (PAEF) ?
Le PAEF fait partie du REA. Il s’agit d’un outil qui vise une gestion optimale des fertilisants et une réduction des coûts et des dommages causés sur l’environnement. Plusieurs facteurs sont considérés : le sol, la saturation en phosphore, le plan de ferme, la régie des cultures, les matières fertilisantes produites ou utilisées et la vérification des droits d’exploitation. De plus, le plan est exigé par le MDDEP pour certains producteurs et doit être signé par un agronome.

À qui s’adresse le PAEF ?
• Aux exploitants de lieux d’élevage sur fumier liquide ainsi qu’à ceux de lieux d’élevage avec gestion sur fumier solide dont la production annuelle de phosphore (P2O5) est supérieure à 1 600 kg.
• Aux exploitants de lieux d’épandage dont la superficie cumulative est supérieure à 15 ha, exclusion faite des superficies en pâturage. Dans les cas de productions maraîchères ou de fruits, la superficie cumulative est réduite à 5 ha.
• Aux exploitants de lieux d’élevage avec gestion sur fumier solide dont la production annuelle de phosphore (P2O5) est de 1 600 kg ou moins et qui disposent de parcelles en culture dont la superficie cumulative est supérieure à 15 hectares, exclusion faite des superficies en pâturage.

De plus, la nouvelle norme phosphore demande une augmentation de la superficie à épandre. Le manque de terre pour épandre le lisier de porcs a forcé plusieurs agriculteurs à se tourner vers des superficies boisées pour augmenter leur terre.

Dans les zones intensives de production, plusieurs hectares de boisés ont ainsi été défrichés. Il faut donc s’assurer que les nouveaux producteurs porcins soient les propriétaires ou locataires ou aient des ententes d’épandage de la superficie des terres requises pour la gestion des lisiers de leur cheptel.

La charge en phosphore de la rivière Richelieu est inférieure à la charge totale maximale acceptable pour les risques d’eutrophisation. Ce qui signifie que le critère de concentration de phosphore pour la prévention de l’eutrophisation n’est pas dépassé, la charge de phosphore total est même de 45,4 tonnes par année inférieures à ce taux (MDDEP, 2005b).

Cependant, le phosphore reste une des principales problématiques en milieu agricole et il serait bon de pouvoir cibler, localiser et caractériser les principales sources potentielles de contamination afin d’améliorer la qualité des cours d’eau. Le travail réduit représente une des alternatives efficaces qui permettra de réduire les apports en phosphore et limiter l’érosion des sols agraires.

En 2001, l’utilisation d’engrais chimiques était faite sur 92 963 ha de terres, ce qui représente 72 % des terres en culture du bassin versant. La proportion des superficies amendées par des épandages d’engrais chimiques varie de 55 à 80 % de la superficie des terres cultivées selon les MRC.

2 – Pesticides

Les pesticides regroupent principalement les herbicides, les fongicides et les insecticides. Par conséquent, les pesticides sont utilisés pour combattre les mauvaises herbes, les insectes et les maladies.

Le tableau E.5 présente la proportion des superficies employant ces différents types de pesticides selon chacune des MRC du territoire. Les herbicides sont le type de pesticide le plus employé dans le bassin versant.

Tableau E.5 Portion des superficies traitées selon les grandes catégories de pesticides dans le bassin versant de la rivière Richelieu

Un épandage excessif de pesticides peut contaminer les cours d’eau. Les cultures le plus souvent associées au surplus d’herbicides dans les cours d’eau sont celles du maïs et du soya. Au niveau des insecticides, ce sont les cultures maraîchères et les vergers qui en nécessitent le plus.

La culture de maïs couvre plus de la moitié de la superficie cultivée du bassin versant de la rivière Richelieu, soit plus de 850 km2 (Statistique Canada, 2001). Cette culture étant très présente, il est important de s’attarder aux conséquences environnementales qu’elle peut engendrer.

Au Québec, les cours d’eau de la Montérégie sont parmi les plus pollués par les pesticides, autant au niveau de la concentration que de la variété des produits retrouvés. En 1992, le ministère de l’Environnement a fait un suivi environnemental qui a démontré qu’une trentaine de rivières contenaient des pesticides.

Par la suite, quatre rivières entourées par d’importantes superficies de culture de maïs furent sélectionnées pour représenter les cours d’eau de la grande région (Giroux et coll., 2006; Giroux, 2010). Parmi ces quatre rivières, on retrouve la rivière des Hurons, tributaire de la rivière Richelieu. Ces rivières font désormais partie d’un suivi environnemental annuel. La présence des pesticides dans les cours d’eau est documentée à la section eau.

En 1996, une étude fut menée dans les municipalités de Mont-Saint-Hilaire, Otterburn Park, Saint-Michel-de-Rougemont, Saint-Jean-Baptiste et Saint-Alexandre afin de déterminer l’impact des pesticides provenant des vergers sur la santé (Bisson et coll., 1998).

Il a été remarqué que, malgré les vêtements et les équipements de protection que les travailleurs portent, leur corps absorbe une quantité significative de pesticides lors de l’arrosage. Les personnes, surtout les enfants, vivant près des vergers peuvent aussi être affectées par la présence des pesticides dans l’air.

Néanmoins, aucune dose absorbée n’est suffisamment grande pour causer des problèmes de santé immédiats. Toutefois, les données recueillies lors de cette étude ne s’appliquaient qu’à certains insecticides organophosphorés et les effets potentiels à long terme de l’exposition à différents pesticides chimiques demeurent mal connus (Belleville et coll., 1998).

Même si seulement de faibles niveaux d’exposition sont généralement rapportés, plusieurs incertitudes demeurent au sujet des effets à long terme des pesticides sur la santé humaine. Les effets perturbateurs endocriniens possibles des pesticides sont une source importante d’inquiétudes, et ce, même à de très faibles concentrations.

Ces pesticides pourraient être responsables de certains cas de cancer du sein, de la prostate et des testicules, de l’endométriose, d’un développement sexuel anormal, d’une réduction de la fertilité mâle, de dommages aux glandes thyroïdes et pituitaires, de dérèglement du système immunitaire et de problèmes d’apprentissage et de comportement.

Face à ces incertitudes, il est important de réduire les quantités utilisées et les possibilités d’exposition à ces pesticides (Tellier, 2006). Les pesticides utilisés dans les vergers peuvent facilement se retrouver dans les ruisseaux. En 1998, une étude montra que l’herbicide simazine et le fongicide myclobutanil se retrouvent fréquemment dans les cours d’eau (Giroux, 1998). De plus, l’azinphos-méthyl, le carbaryl, le diazinon et le captane ont dépassé à quelques reprises la concentration maximale pour la protection de la faune aquatique.

Leur présence dans les cours d’eau peut être due à la dérive par le vent, au ruissellement lorsqu’il pleut, au drainage souterrain ou à l’utilisation des ruisseaux comme source d’eau lors de la préparation des mélanges.

L’usage des pesticides est encore très répandu en milieu agricole, mais de nombreuses solutions existent afin de permettre aux agriculteurs de réduire leur utilisation de pesticides. Plusieurs méthodes peuvent être utilisées afin de réduire leur utilisation, leur dérive et même de réduire les doses utilisées.

Il s’agit de réseaux de dépistage, de réseaux d’avertissement phytosanitaire et de l’utilisation de techniques tels l’arrosage en bande et la lutte intégrée. De nombreux programmes ont vu jour dans les dernières années afin d’aider les agriculteurs sur différents plans. Le tableau E.6 montre l’objectif principal de quelques-uns de ces programmes ainsi que le plan sur lequel ils agissent. Un outil en ligne du CRAAQ, SAgE Pesticides, est également disponible.

Le problème des pesticides touche aussi la faune aquatique, notamment pour le chevalier cuivré (Moxostoma hubbsi) dont ils pourraient être la cause de problèmes de reproduction (voir section Milieu biologique). Les effets néfastes de ces perturbateurs endocriniens sur la faune aquatique sont de plus en plus documentés. Certains de ces effets pourraient nuire à la maturation finale des gonades, notamment chez le chevalier cuivré (Gendron et Branchaud, 1997).

Tableau E.6 Programmes visant la réduction de l’utilisation des pesticides en milieu agricole