Les sols cultivables ne représentent qu’une couche de sol superficielle de la surface de la Terre d’environ une trentaine de centimètres. Cette couche est fertile et est donc un milieu de croissance pour les végétaux.

Néanmoins, elle sert aussi à retenir l’eau, l’air et les déchets organiques. Elle peut ainsi transférer les éléments nutritifs contenus dans ces derniers aux végétaux. Cette mince couche peut être déplacée par l’érosion éolienne ou hydrique.

L’érosion est un phénomène naturel, cependant certaines pratiques agricoles accélèrent l’érosion des sols. Lorsque les producteurs labourent trop profondément, ils réduisent la grosseur des particules, ce qui rend les sols plus vulnérables à l’érosion.

Le fait de laisser le sol à nu sur de longues périodes, comme dans le cas de plusieurs monocultures, contribue à l’érosion du sol puisque ce dernier n’est pas retenu par la végétation. L’abus du désherbage est un autre facteur qui aidera l’érosion.

La terre déplacée par érosion hydrique se retrouvera majoritairement dans les cours d’eau. Diverses pratiques agricoles contribueront à cet apport de terre fertile dans les rivières et ruisseaux. Parmi ceux-ci, on note le nettoyage (creusage) des fossés et ruisseaux, le drainage artificiel, la destruction (ou réduction) des bandes riveraines, etc.

Fossé avaloir
Exemple d’érosion en milieu agricole
Crédit photo : COVABAR

L’érosion rend les terres moins productives et provoque une augmentation de matières en suspension (MES) dans les cours d’eau, ce qui a de nombreuses conséquences. Aussi, les MES entraînent souvent avec elles des pesticides et des engrais dans les cours d’eau. Un accroissement des MES a pour effet de diminuer la photosynthèse et certains plans d’eau peuvent même souffrir d’eutrophisation. Une forte concentration de MES peut modifier le lit des cours d’eau et envaser des frayères. La qualité esthétique du cours d’eau est diminuée et les activités récréatives (ex. : ski nautique, pêche, baignade…) deviennent moins attrayantes. De plus, le traitement de l’eau potable est de plus en plus difficile et onéreux.

Il existe des moyens de réduire l’érosion des sols ou d’en limiter ses effets. Le tableau E.7 présente une liste non exhaustive de différentes pratiques agricoles visant à diminuer l’érosion des sols selon des objectifs bien précis.

Objectifs Pratiques culturales
Maintenir la structure du sol • Rotation des cultures • Travail minimal du sol • Culture couvre-sol (engrais vert) • Ensemencement perpendiculaire à la pente du sol • Semis direct • Remise du fumier sur le sol • Etc.
Réduire la vitesse d’écoulement de l’eau et son potentiel d’érosion • Culture en bandes alternées • Plantes vivaces alternées avec annuelles • Voies d’eau gazonnées • Fossés avaloirs • Etc.
Diminuer la surface de sol exposée à l’érosion • Plantation de haies brise-vent • Culture en bandes alternées • Etc.
Diminuer la déstructuration des berges • Interdiction d’accès du bétail aux cours d’eau • Etc.

Tableau E.7 Éventail de quelques pratiques culturales visant la réduction de l’érosion

Sur le territoire, les méthodes les plus couramment utilisées par les producteurs sont les résidus de récolte laissés au sol, la couverture d’herbe permanente, la culture de couverture d’hiver et les haies brise-vent (tableau E.7).

Toutefois, ces méthodes ne sont pas très répandues. En effet, selon le portrait agroenvironnemental des fermes du Québec (BPR, 2000), il y a seulement 6,5 % de la superficie en culture de la Montérégie-Est où ces pratiques sont adoptées lorsque l’on ne considère pas les brise-vent. Ces derniers font augmenter cette proportion de 2,5 %. 

Soya sur seigle passé au rouleau
crédit : Noël Robert
Semis direct de maïs sur soya
crédit : MI Boulay
Exemple d’absence de bande riveraine en milieu agricole

Le travail minimum des sols, avec des techniques telles que le semis direct, permet une diminution de l’érosion. Cette érosion, qui peut être éolienne ou causée par le ruissellement de l’eau, contribue à la perte de la couche de sol fertile dans les champs.

De plus, l’installation de fossés avaloirs permet de ralentir les débits de pointe lors de fortes pluies et aide la sédimentation des MES avant l’arrivée au cours d’eau, ce qui diminue la quantité de matières en suspension rejetées dans le milieu aquatique. En effet, le ruissellement participe grandement à l’appauvrissement et à l’érosion des terres.

C’est pourquoi le travail réduit au sol (culture avec couverture et intercalaire, semis direct, etc.) conjugué à d’autres méthodes connexes permettra de limiter les désagréments engendrés par l’érosion hydrique des cultures.

Cependant, il n’est malheureusement pas possible de connaître le nombre de fermes qui pratiquent le travail réduit au sol, l’information n’étant pas disponible auprès du MAPAQ.

Tableau E.8 Nombre de fermes utilisant des pratiques culturales visant à limiter l’érosion du sol, pour les MRC du bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent
Adapté de Statistique Canada, 2006; Statistique Canada, 2011; Recensement de l’agriculture
Tableau E.9 Nombre de fermes utilisant des pratiques culturales visant à limiter l’érosion du sol, pour les MRC du bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent (suite)
Adapté de Statistique Canada, 2006; Statistique Canada, 2011; Recensement de l’agriculture