Le mitage du territoire agricole par l’urbanisation

La production animale peut souvent causer des désagréments (odeur, poussière, etc.) qui nuisent au bon voisinage en milieu rural.

Lorsque ceux-ci sont combinés avec les autres inconvénients de l’agriculture (pertes d’habitats, dégradation de la qualité de l’eau), cela nuit à la qualité de vie des gens en milieu rural. De plus, ces problèmes peuvent avoir un impact sur le tourisme.

Plusieurs solutions existent et sont de plus en plus mises de l’avant pour améliorer la cohabitation en milieu rural. Pensons aux toitures sur les structures d’entreposage des fumiers, aux plantations de haies brise-vent autour des bâtiments d’élevage, à l’incorporation du fumier au sol après épandage des fumiers, à l’utilisation de rampes basses pour l’épandage, etc.

Ces solutions doivent continuer à être favorisées en plus d’en envisager d’autres. La discussion entre le milieu rural et le milieu urbain grâce à ces instances (paliers gouvernementaux, MRC, municipalités et acteurs locaux) doit également se poursuivre dans le but d’atténuer les pressions sur le milieu urbain et, vice versa, sur le milieu agricole.

Les problèmes de cohabitation entre les gens du milieu agricole et du milieu urbain

Lorsque la majorité du territoire du bassin versant était utilisée à des fins agricoles, les conflits entre les habitants des milieux ruraux et les habitants des milieux urbains étaient forcément rares. Néanmoins, depuis que les villes se développent et que l’expansion urbaine est un phénomène de plus en plus courant, les conflits sont plus fréquents.

Avec la proximité d’un grand centre urbain comme Montréal, la Montérégie (et le bassin versant de la rivière Richelieu) voit ses régions urbaines s’agrandir de plus en plus, et ce, au détriment des terres agricoles. D’ailleurs, le nombre de fermes tend à décroître un peu partout au Québec, mais particulièrement en Montérégie.

En effet, alors que le Québec voyait le nombre de ses fermes diminuer (de 10,7 % entre 1996 et 2001), la Montérégie connaissait une diminution de 12,3 % (environ 1 100 fermes) (Services Canada, 2007).

Néanmoins, les fermes restantes sont de plus en plus grandes et de plus en plus mécanisées. Donc, le besoin en main-d’œuvre est réduit.

Il est de plus en plus difficile pour les producteurs agricoles d’exploiter leur ferme sans être soumis aux pressions du voisinage (ex. : contrôle des odeurs, du bruit, etc.). Notamment, il leur sera de moins en moins possible d’agrandir leur superficie d’exploitation.

Porcheries

Des projets de nouvelles porcheries ont créé beaucoup de contestations dans certaines municipalités du bassin versant au cours des dernières années. Par exemple, en 2005, plus de 700 personnes s’étaient déplacées afin de montrer leur désaccord à Richelieu (Cloutier, 2005). De plus, il semblerait que les élections de Saint-Cyprien-de-Napierville et de Saint-Charles-sur-Richelieu aient été principalement basées sur la position des partis face aux porcheries (c.-à-d. que ceux désapprouvant les porcheries ont été élus) (Côté, 2005).

Les deux principales raisons pour lesquelles les gens ne veulent pas voir une porcherie s’installer dans leur secteur sont la peur de la contamination des cours d’eau et de l’odeur forte associée aux porcheries.

Apiculture

D’autres types d’agriculture peuvent occasionner des différends entre les producteurs et leurs voisins. Les producteurs apicoles sont de plus en plus limités quant aux endroits où ils peuvent installer leurs ruches. Au début de l’été 2007, des résidents de Richelieu se sont plaints de la présence de ruches à proximité de leurs demeures (Dubois, 2007). Ceux-ci n’appréciaient guère la présence des nombreuses abeilles à quelques dizaines de mètres de leur maison. Pourtant, l’apiculteur ne les utilisait qu’à des fins de pollinisation.

Vandalisme

L’installation de plusieurs personnes à proximité peut entraîner des dommages sur les terres agricoles. En effet, les chances de vandalisme sur les terres agricoles sont plus nombreuses. La circulation de véhicules récréatifs sur les terres entraîne généralement la perte de foin. Lorsque les véhicules récréatifs se déplacent dans les champs recouverts de peu de neige, souvent ils éliminent la couche de neige protectrice, ce qui peut tuer le foin, car la glace se formera dessus et le brûlera.

Souvent, pour pouvoir passer d’une terre à une autre, les usagers n’hésitent pas à couper les clôtures, ce qui augmente la charge de travail des producteurs au printemps. De plus, lorsque les motoneigistes ou les véhicules tout-terrain circulent dans les jeunes plantations d’arbres, il y a des risques qu’ils cassent des arbres, ce qui nuira à la croissance de ces derniers ou les tuera.

Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles

Afin que tout le monde réussisse à vivre dans un climat harmonieux et que les producteurs agricoles puissent continuer de produire, la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles existe depuis 1997. Elle a pour but d’assurer la pérennité d’un territoire agricole et de protéger les producteurs dans les zones agricoles contre les plaintes de toutes sortes. Néanmoins, certains critères doivent être respectés de la part des agriculteurs aussi.

Cette loi permet également de préserver les terres agricoles et ainsi de limiter l’étalement urbain. Certaines demandes sont toutefois faites dans le but d’agrandir la zone urbaine au détriment de la zone agricole.

Au cours des dernières années, plusieurs demandes ont été effectuées auprès de la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ). Pour l’exercice 2009-2010, il y a eu 193 demandes qui ont été acceptées à travers toutes les MRC qui touchent le territoire du bassin versant. Un peu plus de 232 hectares de terre agricole (tableau E.10 et E.11) ont été affectés à différentes fins. Une des pressions constantes sur le milieu agricole est l’implantation ou l’agrandissement, dans plusieurs municipalités du territoire, de nouveaux développements résidentiels.

Cohabitation des milieux urbains et agricoles

Tableau E.10 Décisions rendues ayant modifié le nombre d’hectares en milieu agricole pour le bassin versant de la rivière Richelieu
Adapté des tableaux par MRC du rapport annuel 2009-2010 de la Commission de la protection du territoire agricole, 2010
Tableau E.11 Décisions rendues ayant modifié le nombre d’hectares en milieu agricole dans la zone Saint-Laurent
Adapté des tableaux par MRC du rapport annuel 2006-2007, 2007-2008, 2008-2009 de la Commission de la protection du territoire agricole, 2007; 2008; 2009.