La fonction primordiale de la forêt

Les rôles que joue la forêt au sein du territoire sont multiples et sa présence amène de nombreux bénéfices au milieu, tant du point de vue écologique que pour l’économie locale et régionale. La forêt permet aussi le maintien d’une qualité de vie pour les citoyens. Sans prétendre être exhaustif et dans la mesure où la bibliographie sur le sujet fourmille, nous ne nommerons ici que quelques-uns des principaux rôles remplis par la forêt et qui suffisent à témoigner de son importance et de la nécessité de mettre en place une gestion efficiente et durable garantissant sa préservation à long terme (Delage, 2004) :

• rôle filtrant sur la qualité de l’eau (de surface et souterraine) ainsi que de l’air;
• régularisation du régime hydrique du bassin versant;
• réduction du risque d’érosion des sols, en particulier des berges;
• protection des sols contre la déflation éolienne;
• réduction de la poudrerie sur les routes en hiver: amélioration de la sécurité et réduction des coûts d’entretien routier en période hivernale;
• maintien d’écosystèmes variés et par conséquent, de la diversité des espèces (faune et flore);
• protection des espèces fauniques et floristiques rares ou menacées;
• embellissement paysager;
• source potentielle de revenus reliés à l’exploitation forestière;
• lieu de pratique pour certaines activités de loisir comme le ski de fond, la randonnée, l’observation de la nature, la cueillette, la chasse, etc.

À l’inverse, la disparition des milieux naturels en général et de la forêt en particulier, ainsi que la fragmentation des habitats forestiers sont reconnus comme étant les causes les plus importantes de la diminution de la biodiversité. De plus, elles entraînent dans leur sillage de nombreux problèmes connexes (augmentation des apports en matières en suspension dans les cours d’eau, accroissement de l’érosion par le vent et l’eau, perte d’usages récréotouristiques, augmentation de la pollution de l’air, etc.) dont les coûts économiques et sociaux sont indéniables (Association forestière des Cantons de l’Est). La forêt occupe un faible pourcentage du territoire du bassin versant avec un taux de superficie moyen qui avoisine les 16 % (voir tableau I.1). D’où la nécessité de les préserver et de mettre tout en œuvre afin de tenter d’accroître les zones forestières. Par exemple, la mise en place de bandes riveraines complètes permettrait d’établir des corridors boisés le long des cours d’eau, ce qui permettrait d’augmenter les superficies actuelles.

                                                                                              ©  Claude Trudel Le sous-bois d’une érablière à caryer                                  

Le domaine de l’érablière à caryer

Le bassin versant de la rivière Richelieu est situé en totalité dans le domaine bioclimatique de l’érablière à caryer. Ce domaine bioclimatique couvre une superficie de 14 500 km², soit environ 1 % du Québec et se trouve au sud-ouest de la province, où on retrouve un climat plus doux. Sa situation géographique lui permet d’abriter la flore la plus méridionale du Québec et même plusieurs espèces thermophiles.

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Les forêts y sont principalement constituées de feuillus, mais sont très diversifiées. Plusieurs espèces qu’on y retrouve sont à la limite septentrionale de leur aire de distribution. C’est le cas du caryer cordiforme (Caryer cordiformis), du caryer oval (Caryer ovata), du micocoulier (Celtis occidentalis), de l’érable noir (Acer nigrum), du chêne blanc (Quercus alba), du chêne bicolore (Quercus bicolor), de l’orme liège (Ulmus thomasii Sargent), du pin rigide (Pinus rigida) ainsi que de plusieurs arbustes et plantes herbacées. D’autres essences plus nordiques, telles que l’érable à sucre, le sapin et les épinettes croissent aussi dans l’érablière à caryer. Il est à noter que le pin rigide et l’orme liège sont considérés comme espèces menacées au Québec.

Figure H 1. Le sous-bois d’une érablière à caryer  

Typologie des forêts du bassin versant 

Actuellement, la forêt couvre 449 km², soit 17,6 % du bassin versant (Géomont, 2010). Elle a subi une diminution de superficie de 2,7 % entre 2004 et 2009. La forêt du bassin versant est très morcelée (carte I.1) en un ensemble d’îlots forestiers, de superficies variables et plus ou moins isolés les uns des autres. De même, comme en témoigne le tableau I.1, la forêt se répartit de manière variable au sein du territoire. Ainsi, en 2009, la MRC des Jardins-de-Napierville était la plus boisée (25,97 %), la moins boisée étant celle du Haut-Richelieu (11,08 %), suivie de près par Roussillon (11,17 %) et la ville-MRC de Longueuil (12,13 %) (Géomont, 2010). Le constat est identique pour les principaux sous-bassins versants de la rivière Richelieu ; le bassin versant du ruisseau Raimbault étant le plus boisé (46,8 %), suivi de celui de la rivière Lacolle (37,2 %). Les sous-bassins versants les moins boisés sont ceux des ruisseaux de la Barbotte (11,4 %), de Bleury (13,1 %) et celui de la rivière des Hurons (15,1 %) (adapté de Géomont [2010]). Notons en passant que, de 2004 à 2009, la superficie forestière a diminué dans tous les secteurs du bassin versant, et plus particulièrement dans les sous-bassins Laplante, De Bleury et Amyot.

Les feuillus dominent avec près de 70 % du territoire forestier, suivis de loin par les résineux (23 %) (figure I.1). La carte I.2, issue d’un inventaire forestier effectué par le MRN au milieu des années 1990, identifie les principales espèces forestières dominantes du bassin versant. Les plus représentées sont l’érable rouge, l’érable à sucre et les forêts de feuillus mélangés.

Figure I.1 Répartition des principaux couverts forestiers du bassin versant

Tableau I.1 Répartition des forêts dans le bassin versant en 2009 et comparée aux données de 2004

Superficie totale du territoire Superficie forestière en juillet 2004 Superficie forestière en juillet 2009 Taux de superficie forestière en juillet 2004 Taux de superficie forestière en juillet 2009
Les MRC km² km² km² % %
La Vallée-du-Richelieu 603,95 111,259 108,41 18,4 17,9
Marguerite-D’Youville 405,13 73,458 72,47 18,1 17,8
Le Pierre-De Saurel 639,1 122,852 120,5 19,2 18,8
Le Haut-Richelieu 996,21 114,897 110,38 11,5 11,1
Les Jardins-de-Napierville 804,27 213,456 208,84 26,5 25,9
Les Maskoutains 1 312,29 219,255 212,52 16,7 16,2
Longueuil 310,11 38,734 37,62 12,5 12,1
Roussillon 491,97 57,777 54,98 11,7 11,2
Rouville 488,97 79,206 76,94 16,2 15,7
Les sous-bassins km² km² km² % %
Amyot 93,95 24,343 23,6 25,9 25,1
Belœil 102,71 19,87 19,61 19,3 19,1
Coderre 87,66 26,032 25,75 29,7 29,4
de Bleury 30,35 4,319 3,99 14,2 13,1
de la Barbotte 60,27 6,937 6,87 11,5 11,4
des Hurons 343,85 52,387 51,79 15,2 15,1
du Sud 153,75 29,626 29,56 19,3 19,2
de L’Acadie 562,47 108,483 105,32 19,3 18,7
de la Prade 47,2 12,625 12,49 26,7 26,5
Lacolle 135,29 51,04 50,31 37,7 37,2
Laplante 111,7 28,004 26,72 25,1 23,9
Raimbault 17,21 8,176 8,06 47,5 46,8

PHOTO – Morcellement de la couverture forestière du bassin versant

Carte I.1 Le couvert forestier du bassin versant en 2009

Carte I.2 Essences forestières dominantes du bassin de la rivière Richelieu

Les écosystèmes forestiers exceptionnels

Les écosystèmes forestiers exceptionnels (EFE) (forêts rares, anciennes et refuges) sont des sites reconnus pour leur biodiversité remarquable et dont l’intérêt de conservation est grand. La préservation de ces écosystèmes exceptionnels contribue à maintenir la biodiversité, notamment en assurant la conservation de la diversité des écosystèmes forestiers et des éléments les plus rares qu’ils contiennent, tant floristiques que fauniques. D’ailleurs, les EFE abritant généralement des espèces menacées ou vulnérables, leur protection contribue à la préservation de ces espèces à statut précaire (MFFP, 2013).

Dans l’ensemble de la Montérégie, 97 EFE totalisant plus de 4 000 hectares (40 km²) sont actuellement dénombrés (MERN, 2014).

Concernant le bassin de la rivière Richelieu, 38 des écosystèmes forestiers exceptionnels de la Montérégie, totalisant plus de 1 600 hectares, ont été répertoriés dans les MRC du corridor de la rivière Richelieu et des Montérégiennes. Différents types d’érablières (à caryer cordiforme, à noyer cendré, à tilleul et à hêtre ou à tilleul et à chêne rouge) constituent des forêts rares et des forêts refuges pour de nombreuses plantes menacées ou vulnérables, dont l’aster à rameaux étalés (Eurybia divaricata), la phégoptère à hexagones (Phegopteris hexagonoptera), l’aplectrelle d’hiver (Aplectrum hyemale), le carex faux-lupulina (Carex lupuliformis), la grande asclépiade (Asclepias exaltata), le galéaris remarquable (Galearis spectabilis), la claytonie de Virginie (Claytonia virginica) ou encore la thélyptère simulatrice (Thelypteris simulata) (MERN, 2014).

Parmi les écosystèmes forestiers exceptionnels du bassin, la Réserve naturelle Gault-Université McGill, située au mont Saint-Hilaire et de tenure privée, est certes la plus grande, protégeant près de 1 000 hectares de forêts anciennes, vestiges des forêts vierges de la vallée du Saint-Laurent. Environ 600 espèces de plantes supérieures y ont été dénombrées, faisant de cette forêt un lieu exceptionnel riche en biodiversité. Un grand nombre d’espèces rares ou menacées s’y abritent. De plus, des arbres vieux de plus de 400 ans s’y retrouvent. Du côté de la faune, on a répertorié plus de 800 espèces de papillons autour et sur la montagne (Université McGill, 2015).