Le bassin versant de la rivière Richelieu étant fortement agricole, les pesticides y sont largement utilisés, et leur présence dans l’environnement, en particulier dans l’eau, demeure une préoccupation de premier plan. Les effets des pesticides se font sentir sur plusieurs espèces, qu’elles soient ou non ciblées par ces substances.

La rivière des Hurons a fait l’objet d’un suivi permanent des pesticides dès 1992. Depuis, les dépassements en pesticides ne montrent aucune tendance significative, ni à la hausse, ni à la baisse.

Les données obtenues pour les années 2008 à 2010 (Giroux et Pelletier, 2012) montrent que certains pesticides sont plus sujets à dépassement que d’autres (tableau B.13).

L’atrazine

Le pesticide le plus souvent détecté et sujet aux dépassements dans les eaux de la rivière des Hurons est l’atrazine. Dans 9 % des échantillons où elle a été détectée, l’atrazine dépassait le seuil du critère de protection de la vie aquatique chronique. L’atrazine est un herbicide essentiellement utilisé dans la culture du maïs (Santé Canada, 1993). De toxicité très variable selon les espèces, elle est considérée de persistance élevée, particulièrement dans l’eau (SAgE pesticides, 2015). 

Le dicamba

Le second pesticide à montrer des dépassements est le dicamba. Dans 68,1 % des échantillons dans lesquels il a été détecté, les dépassements étaient supérieurs aux critères d’irrigation des cultures. Le dicamba est un herbicide utilisé principalement dans les cultures céréalières (Santé Canada, 1987). La toxicité du dicamba varie de légère à modérée selon les espèces. Sa persistance dans l’environnement est faible, mais son potentiel de lessivage est élevé (SAgE pesticides, 2015).

Le MCPA

Le MCPA est un herbicide utilisé en culture céréalière et en grande culture (U.A.P. Canada Inc, 2005). De 2008 à 2010, il a été détecté dans plus de 40 % des échantillons analysés, et dépassait le critère d’irrigation des cultures dans 32,2 % des échantillons dans lesquels il a été détecté. La toxicité du MCPA va de modérée à faible selon les espèces. Sa persistance dans l’environnement est faible et son potentiel de lessivage, élevé (SAgE pesticides, 2015l). 

Le linuron

Un dernier herbicide à dépasser le critère d’irrigation des cultures est le linuron, avec une fréquence de dépassement de 0,8 %. Bien que sa fréquence de détection soit faible, Santé Canada propose « d’abandonner graduellement la vente et l’utilisation de tous les produits contenant du linuron au Canada [en raison des] risques pour la santé humaine et l’environnement […] » (Santé Canada, 2012). Le linuron peut être hautement toxique pour certaines espèces aquatiques bien que pratiquement non toxique chez les abeilles.

À long terme, il peut avoir des effets systémiques et oncogènes chez le rat et la souris. Sa persistance dans l’environnement et son potentiel de lessivage sont élevés (SAgE pesticides, 2015).  

Herbicides

En plus des herbicides, certains insecticides ont été détectés à des concentrations dépassant les critères de protection de la vie aquatique chronique.

Le carbaryl

Le premier insecticide est le carbaryl. Cet insecticide est utilisé pour lutter contre de nombreux insectes s’attaquant principalement aux fruits, légumes et coton (SAgE pesticides, 2015). Sa fréquence de dépassement dans la rivière des Hurons était de 1,6 %. Le carbaryl peut être extrêmement toxique pour certaines espèces. Sa persistance dans l’environnement et son potentiel de lessivage sont tous les deux faibles (SAgE pesticides, 2015).

Le carbofuran

Le carbofuran a connu des dépassements de l’ordre de 1,1 %. Il s’agit d’un nématicide et insecticide utilisé pour protéger maïs, légumes, sorgho, et autres cultures (Conseil canadien des ministres de l’Environnement, 1999). Il est considéré extrêmement toxique pour les oiseaux, hautement toxique pour les abeilles et modérément à hautement toxique pour les animaux aquatiques. Sa persistance et son potentiel de lessivage sont élevés (SAgE pesticides, 2015).

Le chlorpyrifos

Le chlorpyrifos, qui présente une fréquence de dépassement de 3,2 %, est un insecticide utilisé pour lutter contre les mouches et les moustiques, et contre les ectoparasites chez les bêtes à cornes (Santé Canada, 1986). Il est considéré comme extrêmement toxique pour les animaux aquatiques, et hautement toxique pour les oiseaux et les abeilles. Sa persistance est modérée et son potentiel de lessivage faible (SAgE pesticides, 2015).

Le diazinon

Le diazinon est utilisé pour lutter contre les insectes broyeurs et suceurs et les acariens dans différentes cultures, ainsi que contre les ectoparasites (Santé Canada, 1986). Il est extrêmement toxique pour les oiseaux, les poissons et les invertébrés d’eaux douce et hautement toxique pour les abeilles. Sa persistance et son potentiel de lessivage sont modérés (SAgE pesticides, 2015). Le diazinon présente une fréquence de dépassement de 1,1 %.

L’azinphos-méthyl (AZM)

Finalement, utilisé dans la lutte de plusieurs insectes dans les cultures de fruits et légumes et de céréales, l’azinphos-méthyl (AZM) a présenté des fréquences de dépassement de 0,8 % (Santé Canada, 2001). Il est de modérément à hautement toxique selon les espèces, sa persistance dans l’environnement est modérée et son potentiel de lessivage, faible (SAgE pesticides, 2015). En raison des risques que pose cet insecticide pour la santé humaine et les écosystèmes aquatiques, l’Environmental Protection Agency aux États-Unis a décidé d’interdire progressivement l’utilisation de l’AZM (U.S. Environmental Protection Agency, 2015).

Dans la rivière L’Acadie

En 2013, la rivière L’Acadie a fait l’objet d’un suivi des pesticides. Bien que 25 pesticides et produits de dégradation aient été détectés (20 herbicides, quatre insecticides et un fongicide), seule l’atrazine a connu des dépassements de critère pour la qualité de l’eau. Néanmoins, ces dépassements sont préoccupants, car la concentration obtenue dans l’échantillon du 11 juin dépassait de 20 fois la limite de 1,8 µL pour la protection de la vie aquatique (toxicité chronique).

La Loi sur les pesticides réglemente la distance d’éloignement à respecter lors de l’application des pesticides en milieu agricole. Ces règlements sont résumés au tableau B.14.

Tableau B.13 Pesticides retrouvés dans la rivière des Hurons pour la période 2008 à 2010
Source : Giroux et Pelletier, 2012

Distance d’éloignement à respecter – milieu agricole Objet de la protection Classes de pesticides visées
Application terrestre : 1 m Fossés et cours d’eau de 2 m2 ou moins 1 à 5 (C8; agriculteurs certifiés ou non)
Application terrestre : 3 m Fossés et cours d’eau supérieurs à 2 m2 Plan d’eau 1 à 5 (C8; agriculteurs certifiés ou non)
Application aérienne1 à 4 (C1)
1 à 3 (D1)
1 m*Fossés et cours d’eau dont l’aire d’écoulement est de 2 m2 ou moins
3 m*Fossés et cours d’eau dont l’aire d’écoulement est supérieure à 2 m2
30 ou 60 m selon la hauteur du dispositif par rapport au solCours d’eau dont la largeur excède 4m
Plans d’eau
Immeubles protégés
Les immeubles protégés ne sont pas visés lorsque les travaux sont effectués par le propriétaire ou l’exploitant qui l’habite.

*Les cours d’eau intermittents sont exclus de cette règle

Tableau B.14 Distance à respecter pour l’application des pesticides Adapté de Environnement Québec, 2003