Parc de la frayère de Boucherville, mai 2019

Peu de données sur l’état des bandes riveraines des tributaires du fleuve Saint-Laurent de la zone Saint-Laurent sont disponibles à ce jour, et ce, tant en milieu urbain qu’agricole. Il est donc difficile de juger de l’état des bandes riveraines de l’ensemble de ce territoire. Il est difficile de quantifier leur efficacité et d’évaluer si elles respectent la PPRLPI.

Par contre, plusieurs études ont été menées afin d’analyser l’érosion des bandes riveraines (recul par année) du fleuve Saint-Laurent. De ce fait, les informations concernant les bandes riveraines ciblent les rives du fleuve Saint-Laurent et celles des îles appartenant aux municipalités riveraines de la zone.

Secteurs ZIP Ville-Marie et ZIP Jacques-Cartier (municipalités de Brossard, Saint-Lambert, Longueuil et Boucherville)

Le secteur de l’agglomération de Longueuil est l’un de ceux ayant le plus subi l’influence humaine. Le plan d’action et de réhabilitation écologique de la ZIP Ville-Marie révèle que l’affection récréative en milieu urbain sur la rive sud occupe plus de 73 % du territoire riverain (tableau H.3). Les municipalités de Brossard, de La Prairie, de Longueuil, de Sainte-Catherine et de Saint-Lambert sont celles où l’affectation récréative prédomine dans le paysage riverain (Comité ZIP Ville-Marie, 1998).

Tableau H.3 Affectations riveraines pour le secteur Rive-Sud de la ZIP Ville-Marie

Affectations en milieu urbain

Municipalité Longueur de la rive (km) Industr. Parc / conserv. Parc / récréation Résid. / commerc. Institut. / autres
Kahnawakea 10,0
Ste-Catherine 16,8 11 % 76 % 14 %
Delson 0,4 100 %
Candiac 2,8 21 % 79 %
La Prairie 3,7 78 % 22 %
Brossard 5,6 66 % 34 %
St-Lambert 4,8 56 % 40 % 4 %
Longueuil 12,1 b 92 % 8 %
Totalc 46,2 4 % 73 % 23 % 0,4 %

Affectations en milieu rural

MunicipalitéAgricoleRécréotouristiqueAutres
Kahnawakea
Ste-Catherine
Delson
Candiac
La Prairie
Brossard
St-Lambert
Longueuil
  • a Les plans disponibles ne permettent pas une analyse détaillée
  • b Une portion inconnue est affectée à la conservation (Pointe Marigot).
  • c N’inclut pas les données pour la réserve de Kahnawake.
  • Sources : Adapté de Jourdain et coll., 1994, de Bibeault et coll., 1997 et de Bibeault et Jourdain, 1995.

Tiré de Comité ZIP Ville-Marie, 1998

D’un autre côté, les bandes riveraines du fleuve Saint-Laurent pour les villes de Longueuil et Boucherville sont occupées par des parcs riverains à 92 % et 61 %, respectivement (Comité ZIP Jacques-Cartier, 2009). Par exemple, l’affectation récréative domine la rive sud à près de 79 % du périmètre riverain (Comité ZIP Jacques-Cartier, 2009).

Ces statistiques sont en lien avec la présence de pistes cyclables en rive, ainsi que par la présence de l’autoroute 132 qui est située en bordure de la rive du fleuve Saint-Laurent. La distance entre le fleuve et cette autoroute n’étant pas grande, aucun développement résidentiel n’était possible.

Par contre, à notre connaissance, aucune étude n’a été menée pour évaluer la qualité de la bande riveraine. Il serait intéressant d’en connaître l’état puisque cette zone est soumise à de fortes pressions (ponts, voies maritimes, voies routières) (Comité ZIP Ville-Marie, 1998).

ZIP des Seigneuries (municipalités de Varennes, Verchères, Contrecœur)

Les bandes riveraines du territoire de la ZIP des Seigneuries sont parmi les plus touchées par l’érosion. Elles ont connu une détérioration et une artificialisation très importantes. Elles ont été aussi artificialisées principalement par des murets de béton, par des enrochements et des remblais (Comité ZIP des Seigneuries, 2003). La figure H.3 identifie les secteurs où il y a eu une artificialisation des rives. Il est important de mentionner que l’artificialisation de cette zone est présente sur de longs tronçons continus plutôt que par petits secteurs.

Figure H.3 Répartition des rives naturelles et artificialisées
sur le territoire de la ZIP des Seigneuries
Source : Comité ZIP des Seigneuries, 2003

Érosion des bandes riveraines

De grandes portions des bandes riveraines sont sujettes à l’érosion tant sur la rive sud et la rive nord du fleuve que sur les îles. Ce secteur correspond à la portion fluviale de la zone Saint-Laurent la plus touchée par l’érosion par batillage.

Ceci est principalement dû au fait qu’il s’agit du tronçon le moins large du fleuve, augmentant ainsi l’impact des vagues causées par les navires de marchandise empruntant la voie maritime (Comité ZIP des Seigneuries, 2003). Par exemple, pour l’ensemble des îles du secteur de la ZIP des Seigneuries, 70 % des rives sont érodées et, dans certains cas, l’érosion y est très forte.

Les rives directement exposées à la voie de navigation sont particulièrement affectées (Comité ZIP des Seigneuries, 2003). Il a été estimé que 70 km de leurs rives avaient subi une érosion modérée à forte  figure H.4). Ceci est particulièrement évident le long des îles de Varennes, les plus rapprochées du chenal de navigation. Au moment de l’étude, les îles de Verchères étaient les plus touchées par l’érosion, affectant près de 44 km de rives (Robitaille, 1998).

Figure H.4 Érosion sur les îles du secteur Varennes, Verchères et Contrecœur
Source : Comité ZIP des Seigneuries, 2003

D’un autre côté, l’érosion des bandes riveraines n’est pas constante d’une année à l’autre, ni même d’une saison à l’autre. Afin de suivre l’état du fleuve Saint-Laurent et de statuer sur son évolution, le programme de suivi de l’état du fleuve Saint-Laurent 2011-2026 vise à mettre en commun une série d’indicateurs biologiques recueillis auprès des collaborateurs dans le cadre de leurs activités régulières de suivi environnemental (Comité de concertation Suivi de l’état du Saint-Laurent, 2008).

Les résultats du suivi du Plan Saint-Laurent (figure H.5) démontrent que l’année 2006-2007 a été la période de recul des bandes riveraines la plus importante, et ce dans tous les secteurs étudiés de la zone Saint-Laurent (c.-à-d. Varennes, îles de Verchère et îles de Contrecœur).

Le recul annuel moyen pour cette période a été de 1,85 m et plus de 67 % de l’érosion s’est produite durant la période hivernale (Comité de concertation Suivi de l’état du Saint-Laurent, 2010). Aussi, selon ce graphique, la tendance moyenne du recul des bandes riveraines a diminué pour tous les secteurs pendant la période de 2007 à 2008, pour une valeur de 0,49 m par année dont 70 % en période hivernale (Comité de concertation Suivi de l’état du Saint-Laurent, 2008).

Figure H.5 Retrait des bandes riveraines par secteur
Source : Comité de concertation, Suivi de l’état du Saint-Laurent, 2010

Différents facteurs, influençant l’érosion présente dans la zone Saint-Laurent, tant sur les îles que sur la terre ferme, ont pu être identifiés plus précisément.

En plus du batillage causé par la lourde circulation (première cause), les cycles de gel et de dégel ainsi que la nature du sol sont apparus comme étant des facteurs très importants.

Exemple de batillage dû à la vitesse des bateaux.

De plus, la fluctuation des niveaux d’eau du fleuve joue un rôle déterminant soit comme amplificateur, soit comme réducteur de l’influence de ces trois facteurs (Richard, 2008).

Principaux facteurs de l’érosion des berges dans le secteur fluvial (tiré de Richard, L.-P., 2008)

Facteurs d’origine naturelle :

– Le gel et le dégel
– Les courants
– Les hautes vagues produites lors des tempêtes
– Le ruissellement de l’eau dû aux crues d’orages ou à la fonte des neiges
– La nature du sol et la pente de la rive
– La déshydratation et la défloculation des argiles
– Le déplacement des glaces au printemps

Facteurs liés aux activités humaines :

– La variation des niveaux d’eau causée par les ouvrages de régularisation des eaux (barrages, digues, canaux, etc.)
– Le déboisement des rives
– L’effet des vagues produites par le mouvement des bateaux et des embarcations de plaisance
– L’agriculture, le pâturage et le labourage proche des berges

L’érosion des rives peut être nuisible aux habitats fauniques et floristiques, à la qualité de l’eau et aux propriétés bâties en bordure de l’eau.

Certaines mesures peuvent être envisagées pour réduire la vitesse à laquelle l’érosion des rives du fleuve Saint-Laurent se fait (Comité ZIP Jacques-Cartier, 2009) :

Juridiction gouvernementale :

  • Réduire la vitesse des embarcations qui circulent sur le fleuve Saint-Laurent
  • Stabiliser et renaturaliser les rives
  • Gérer les niveaux d’eau
  • Faire de la sensibilisation auprès des usagers

Individuellement :

  • S’abstenir de couper la végétation en bordure de l’eau
  • Respecter l’intégrité biophysique des rives
  • Éviter l’artificialisation des berges (enrochement, construction en bordure de l’eau, etc.)

Voici un exemple déjà appliqué afin de contrer l’effet du batillage : le programme de ralentissement volontaire de la vitesse des navires entre Montréal et le Lac Saint-Pierre qui est appliqué par l’industrie maritime depuis l’automne 2000 (Richard, 2008).