PHOTO Henri Guay, Conservation de la nature

Cet aperçu de l’état des bandes riveraines du bassin versant de la rivière Richelieu est réalisé grâce aux connaissances acquises lors de la caractérisation de certains segments des rives du territoire du bassin versant. Ces études sont les seules données qui sont disponibles à l’heure actuelle. Aucun inventaire systématique n’a été réalisé sur l’ensemble du territoire du bassin versant de la rivière Richelieu afin de caractériser l’état des bandes riveraines ou de déterminer l’indice de qualité des bandes riveraines (IQBR).

Les bandes riveraines du bassin versant de la rivière Richelieu se retrouvent surtout en milieu urbain et en milieu agricole, ce qui occasionne deux problématiques différentes.

Milieu urbain

Bande riveraine en milieu urbain (rivière Richelieu)  
 

Les bandes riveraines en milieu urbain sont essentiellement situées sur les rives de la rivière Richelieu et de la section aval de ses tributaires. Cette privatisation des rives a plusieurs conséquences. La bande riveraine est souvent détériorée au profit d’un accès direct au cours d’eau désiré par plusieurs propriétaires riverains. Fortement artificialisées, certaines bandes riveraines sont considérées comme des surfaces dures : enrochement, mur de soutènement, gazon entretenu. Elles ne peuvent alors pas remplir leurs rôles naturels.

Malgré la forte urbanisation, il est possible de retrouver certains segments de bandes riveraines à l’état naturel. Des zones de végétation plus denses subsistent encore et sont d’une grande valeur pour l’intégrité écologique régionale puisqu’elles contribuent au maintien de la biodiversité du territoire (Du Cap, 2004).

Milieu agricole

Une grande partie des bandes riveraines du bassin se retrouvent en milieu agricole puisque 70 % du territoire est consacré à cette vocation. Mis à part les règlements encadrés par la PPRLPI, les activités du milieu agricole sont aussi encadrées par le Règlement sur les exploitations agricoles (REA), lequel vise la protection de l’eau et des sols, ainsi que l’utilisation de fertilisants et de pesticides (MDDEFP, 2014).

Elle vise donc l’encouragement des bonnes pratiques agroenvironnementales. Cependant, plusieurs études (Bisson et Le Fustec, 2003; Belvisi, 2004; COVABAR, 2006; Deland et Drouin, 2009; Drouin et coll., 2009; St-Jean et coll., 2011) ont permis de relever qu’une bonne partie des bandes riveraines sont principalement de type herbacé et qu’elles sont même quelquefois inexistantes. Ces études ont fourni des données sur l’état de quelques tronçons des rives de la rivière Richelieu et ses affluents. Elles ont été effectuées dans une optique de caractérisation avant chantier de restauration des bandes riveraines pour certains secteurs[1].

Les données recueillies présentent divers indices : l’indice de qualité de la bande riveraine (IQBR), l’indice de qualité de l’habitat du poisson (IQHP) et l’indice de qualité bactériologique et physicochimique (IQBP) (voir annexe H.1).

L’état de la bande riveraine résulte en partie de la perception même des agriculteurs. Certains de ceux-ci ont relevé plusieurs inconvénients associés aux bandes riveraines de types arbustif et arborescent (Belvisi, 2004) :

  • la présence d’une zone végétative à l’état naturel favorise le développement des mauvaises herbes et l’envahissement des cultures;
  • la présence de bandes riveraines augmente le risque de contamination des semences par des plantes non désirables;
  • les bandes riveraines arbustives et arborescentes sont des habitats propices à une faune nuisible aux cultures (chevreuil, raton laveur, rongeur, oiseau);
  • la présence de végétation arbustive et arborescente favorise l’obstruction des fossés de drainage, augmente le risque de bris de machinerie agricole, fragmente le territoire de l’exploitation et complique les manœuvres avec la machinerie agricole;
  • les bandes riveraines ne génèrent aucun profit ou très peu, mais impliquent des coûts fixes (taxe foncière) et flottants (entretien, bris de machinerie, destruction par la faune);
  • les bandes riveraines arbustives et arborées demandent un entretien régulier et « mangeur » de temps.

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Malgré cette perception chez plusieurs agriculteurs, il est encore possible de retrouver certains segments de bandes riveraines qui sont de type arbustif ou arborescent. Elles peuvent alors jouer efficacement leur rôle.

Disparition des bandes riveraines en milieu agricole

Les activités agricoles sont omniprésentes dans la vallée du Richelieu. Depuis les années 30, des travaux de drainage intensifs du sol ont été nécessaires afin de permettre le développement de la productivité de l’agriculture dans une région caractérisée par des sols argileux (MAPAQ, 2001). Les cours d’eau aménagés ont été principalement des fossés situés à l’extrémité des terres et reliés à un fossé de ligne puis à un cours d’eau naturel.

De plus, plusieurs cours d’eau naturels ont été redressés afin d’éliminer les méandres et de faciliter l’agriculture (MAPAQ, 2001). En général, les impacts de l’activité agricole sur les bandes riveraines ont entrainé une détérioration de leur rôle écologique. La grande majorité de ces écosystèmes a été dégradée (Du Cap, 2004; COVABAR, 2012; COVABAR, 2013).

Il s’agit du résultat du conflit d’usage principal existant entre les fonctions économiques et écologiques de la terre agricole (Belvisi, 2004). Par ailleurs, des études de caractérisation menée par le COVABAR ont compilé d’importantes informations sur l’état des bandes riveraines en milieu agricole, permettant aussi d’évaluer si la réglementation de 3 m de largeur est respectée comme stipulé dans la PPRLPI (annexe H.1).

Par exemple, les résultats indiquent que 29,4 % des rives caractérisées dans la rivière des Hurons Sud manquent à la réglementation de la PPRLPI (COVABAR, 2012). Sur ce pourcentage, 23,9 % des bandes riveraines possèdent une largeur inférieure à 1 m de replat (COVABAR, 2012). De plus, 57 % des rives situées dans le secteur du sous-bassin du ruisseau Coderre sont inférieures à 3 m (COVABAR, 2013). Des résultats similaires ont été trouvés dans le secteur Massé, sous-bassin versant de la rivière L’Acadie, où 28 % des bandes riveraines ont une largeur inférieure à 0,5 m, 14 % entre 0,5 et 1 m, et 13 % entre 1 et 3 m; pour un total de 55 % de rives non conformes à la politique (COVABAR, 2013)

Cependant, dans le cadre du suivi du portrait agroenvironnemental des fermes du Québec, 94 % des producteurs affirment conserver une bande riveraine d’au moins un mètre de largeur à partir du haut du talus, ce qui démontre une certaine volonté à conserver une bande végétale non labourée (BPR, 2008). Par contre, il est difficile d’affirmer si les distances déclarées ont été calculées à partir de la ligne des hautes eaux (BPR, 2008). Ceci dit, un autre facteur limitant de l’application de la PPRLPI est la difficulté d’établir avec précision la ligne des hautes eaux par les producteurs, donc, la largeur minimale des bandes riveraines à conserver est déterminée selon l’interprétation de chacun.

En somme, ces études révèlent deux aspects très importants pour la conservation des bandes riveraines dans le bassin versant de la rivière Richelieu : a) que la plupart sont de type herbacé et souvent inexistantes, et b) qu’en moyenne la moitié des rives caractérisées (~47 %) en milieu agricole ne respecte pas la largeur établie par la PPRLPI. Il est donc primordial d’encourager les propriétaires à respecter les normes (Maurice, 2007). Le fait d’avoir des bandes riveraines d’un mètre de largeur et composées principalement d’herbacées ne permet pas à celles-ci de jouer efficacement leurs rôles écologiques (Belvisi, 2004).

Application réglementaire de la PPRLPI en milieu agricole

La Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables dicte des normes minimales pour la protection du milieu aquatique en terre agricole. La culture du sol est permise à l’intérieur de la rive, mais une bande riveraine minimale de 3 m de largeur doit obligatoirement être conservée le long des cours d’eau (tout cours d’eau à débit régulier ou intermittent, à l’exception des fossés) (figure 2). Cette bande de protection doit inclure au moins un mètre sur le replat du terrain, si le haut du talus se trouve à moins de 3 m de la ligne des hautes eaux (Scf, 2003).

CARTE

Bande riveraine réglementaire en milieu agricole – Source: Canards Illimités Canada, 2003