Constat général

Une inondation se définit comme le débordement d’un cours d’eau qui provoque ou menace de provoquer des pertes de vie et de biens et des dommages à l’environnement (Ministère des Richesses naturelles de l’Ontario, s.d.; Environnement Canada, 2014).

En général, l’intensité et la fréquence d’une inondation dépendent de facteurs tels que l’état du bassin versant, la température, le régime des pluies et des neiges et la fréquence des tempêtes. Ce phénomène est assujetti aux changements climatiques, lesquels peuvent altérer l’intensité et la fréquence des variables climatiques et augmenter du même coup le risque d’inondations dans une région.

Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

Les inondations locales sont un phénomène courant dans certains endroits du bassin de la rivière Richelieu. Certains affluents de cette rivière sortent de leur lit au printemps et causent des dommages mineurs (ex. : rivière L’Acadie). Cependant, ce bassin versant a été frappé par plusieurs épisodes de grandes inondations causées principalement par deux types de phénomènes climatiques : les ouragans (1927, 1936 et 1938) et la fonte de neige rapide suivie de tempêtes de pluie et de vent (années 1930, années 1970, 1993, 1998 et 2011) (Commission mixte internationale Canada et États-Unis, 2013; Programme de mise en valeur du lac, 2013).

Un important développement résidentiel est présent dans les zones de récurrence d’inondation de 0-20 ans et 0-100 ans de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent. Par ailleurs, certaines zones d’inondation de la rivière Richelieu n’ont pas encore été délimitées (voir carte D.1 du Portrait – Zones inondables de la rivière Richelieu). Il est donc essentiel de finaliser la cartographie de ces zones afin de mieux prévenir les inondations et d’évaluer si une mise à jour doit être faite pour les limites existantes afin de tenir compte du changement climatique.

Causes potentielles

Plusieurs facteurs d’origine naturelle et anthropique peuvent expliquer la fréquence et l’ampleur des inondations sur le territoire.

Les milieux humides fonctionnent comme des bassins de rétention naturelle de l’eau, c’est-à-dire qu’ils absorbent l’eau comme une éponge et la relâche tranquillement vers les eaux de surface ou souterraines, limitant ainsi la montée de l’eau lors de précipitations abondantes ou d’inondations saisonnières. Les activités agricoles et urbaines sont les principales responsables de la disparition de ces écosystèmes.

Pour être pleinement efficace, une bande riveraine doit comporter les trois strates de végétation (plantes herbacées, arbustes et arbres), car l’hétérogénéité superficielle des végétaux diminue la vitesse du courant et la puissance érosive de l’eau lors des crues printanières (Gagnon, 2007). Les activités agricoles et urbaines sont la principale cause de disparition et de fragmentation des bandes riveraines.

Depuis les années 1930, plusieurs cours d’eau du bassin de la rivière Richelieu ont été redressés afin d’éliminer les méandres et d’assécher les terres humides pour permettre une agriculture intensive dans la région (MAPAQ, 2001).

Ces travaux ont modifié le régime hydrologique des cours d’eau en augmentant leur débit de pointe. Cette dénaturalisation du réseau hydrique du bassin empêche donc l’infiltration et la rétention des eaux de crues, ce qui provoque l’augmentation de la fréquence, de l’ampleur et des lieux des inondations.

L’agrandissement du canal de Chambly de 30 m dans les années 1970 a contribué à ralentir la capacité d’évacuation des eaux de la rivière Richelieu en provenance du lac Champlain. D’autres travaux ont également eu des impacts sur le régime des eaux du Richelieu. Par exemple, le barrage de Fryers, construit en 1939, a été érigé suite aux inondations survenues dans les années 1930 afin d’éviter de nouvelles inondations via la régulation du débit du lac Champlain et de la rivière Richelieu (Commission mixte internationale Canada et États-Unis, 2013).

Cependant, pour que ce barrage soit réellement efficace, il aurait fallu draguer les hauts-fonds rocheux de Saint-Jean-sur-Richelieu, un obstacle naturel qui rétrécit et ralentit l’écoulement des eaux par la surélévation du lit de la rivière.

Les hauts fonds rocheux de Saint-Jean-sur-Richelieu constituent l’un des obstacles naturels les plus importants, car les eaux provenant du lac Champlain débordent souvent en raison de la surélévation et de l’étroitesse du lit de la rivière. La formation naturelle d’embâcles lors des périodes douces de l’hiver peut également contribuer aux inondations ponctuelles sur le territoire.

Plusieurs secteurs des municipalités et villes du bassin versant se sont développés dans les zones à risque d’inondation ou de récurrence de 0–20 ans et de 20–100 ans. Les habitants de ces infrastructures sont fortement exposés aux inondations.

Les conditions climatiques du bassin du lac Champlain ont une influence directe sur le débit des eaux de la rivière Richelieu. Par exemple, des événements d’inondations peuvent se produire dans la rivière Richelieu lorsqu’il y a de grandes accumulations de neige dans le bassin du lac Champlain et qu’elles sont suivies d’une fonte de neige tardive et rapide accompagnée de forts vents.

Ce mécanisme est à l’origine des inondations du printemps 2011 dans le bassin de la rivière Richelieu. Or, puisque les changements climatiques continueront de perturber les processus régissant le cycle de l’eau, il est toujours possible que d’autres inondations de même ampleur touchent la région.

D’un autre côté, tous les facteurs mentionnés ci-haut peuvent aussi causer et moduler l’intensité des inondations dans la zone Saint-Laurent. Cependant, d’un point de vue historique, c’est la formation naturelle d’embâcles qui constitue la cause principale d’inondation dans cette région (Environnement Canada, 2014).

Conséquences

Problèmes de santé publique

Une large gamme de polluants détériore la qualité de l’eau lors d’une inondation : pesticides, produits pharmaceutiques, métaux lourds et agents pathogènes (bactéries, virus), lesquels sont transportés par le lavage des fosses septiques, des réservoirs à essence et des réseaux d’égouts, ainsi que par le ruissellement des champs agricoles et des usines d’élevage d’animaux.

L’eau peut devenir insalubre et son ingestion peut comporter des risques de maladies et de développement d’épidémies dans la région (dysenteries, hépatites, typhoïdes, fièvres, etc.) (Institut national de santé publique, 2014). De plus, lorsque l’eau envahit l’intérieur d’un bâtiment, les problèmes de santé liés aux moisissures sont fréquents (toux, asthme, allergies, fièvres, maux de tête, etc.) (Institut national de santé publique, 2014).

Impacts économiques

Les impacts économiques d’une inondation dépendent de l’ampleur de celle-ci. À titre d’exemple, les 67 journées de crue subies dans le bassin de la rivière Richelieu au printemps 2011 ont entrainé des pertes évaluées à 72 millions de dollars (Commission mixte internationale Canada et États-Unis, 2013).

Environ 2 500 résidences principales et 30 municipalités ont été touchées par cette catastrophe. De plus, environ 170 entreprises agricoles représentant 2 500 ha bordant la rivière Richelieu ont été endommagées. Les cultures de maïs, de soya, de foin et de fourrage ainsi que la production de lait et de viande ont été fortement affectées par cet événement climatique (Programme de mise en valeur du lac, 2013).

Impacts sur l’environnement

Une inondation peut avoir de graves impacts sur les écosystèmes aquatiques. Par exemple, lorsque les eaux d’une crue percutent une bande riveraine de mauvaise qualité ou artificialisée, les arbres sont plus facilement déracinés, la terre décrochée et les rives érodées à cause de l’augmentation du débit des eaux.

L’érosion des rives conduit également à l’envasement du lit de la rivière et à l’augmentation de la turbidité, ce qui altère les habitats aquatiques par le dépôt de sédiments sur les roches et les macrophytes qui composent le substrat et l’habitat physique. La force du débit peut aussi modifier le lit et les rives d’un cours d’eau. C’est ce qui a été observé au refuge faunique Pierre-Étienne-Fortin lors des inondations de 2011 (COVABAR, 2014a). La direction et le débit du courant ont été modifiés et les bandes riveraines ont été fortement érodées par endroits.

De plus, la charge en phosphore (engrais), en matières organiques et en pesticides que contiennent les eaux d’une crue contribue à l’eutrophisation des écosystèmes aquatiques. La chaîne alimentaire de ces habitats peut aussi être affectée par les métaux lourds (plomb, mercure, cadmium) et par d’autres polluants (dioxines, furannes, etc.) qui sont libérés du fond de la rivière et transportés en aval (Giroux, 2010; De Lafontaine, 2002).

Le chevalier cuivré (Moxostoma hubbsi), le chevalier de rivière (Moxostoma carinatum), le dard de sable (Amocrypta pellucida), le fouille-roche gris (Percina copelandi) et le méné d’herbe (Notropis bifrenatus) sont des espèces de poissons en péril qui sont très sensibles à la modification de leur habitat, et notamment à la pollution de l’eau, à l’envasement et à l’eutrophisation du milieu.

L’augmentation du débit des eaux lors d’une crue peut également emporter des espèces exotiques envahissantes, lesquelles pourront causer des problèmes à la faune sensible et aux espèces locales en péril via la compétition pour les ressources et l’incorporation de nouvelles maladies. Bref, les inondations peuvent être à l’origine d’une diminution de la diversité locale par la destruction, la pollution et le déséquilibre causé aux habitats aquatiques.

Conclusion (limites et données manquantes)

Le débordement de certains cours d’eau dans le bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent est un phénomène naturel qui survient souvent au printemps. Les activités d’origine anthropique contribuent à intensifier les dommages matériels et humains causés par les inondations. Cette région a été la plus sévèrement touchée par l’inondation du printemps 2011 en raison des constructions résidentielles et industrielles situées dans la zone de récurrence de 0-20 ans.

Les impacts des inondations sur l’économie, la santé publique et l’environnement sont proportionnels à la magnitude des changements climatiques et à la résilience des infrastructures et des écosystèmes du bassin versant.

Les changements climatiques devraient donc entraîner une diminution des tendances de crues printanières extrêmes (Riboust, 2014). Cependant, la variabilité naturelle demeure et le risque d’apparition d’inondations majeures persiste (Riboust, 2014). Des mesures d’adaptation, comme une meilleure gestion des plaines inondables, devraient être envisagées pour ce bassin versant (Riboust, 2014).

On dispose actuellement de peu d’information sur les effets de l’inondation du printemps 2011 sur l’environnement, notamment le changement topographique et bathymétrique, l’état de la qualité de l’eau, les nouveaux sites de sédimentation et d’envasement, la libération des polluants accumulés dans le fond des cours d’eau et la dispersion et la colonisation des espèces exotiques envahissantes. Il est également essentiel de compléter la cartographie délimitant les zones à risque d’inondation de 0-20 ans et de 0-100 ans sur le territoire.

Afin de répondre à certaines de ces questions, une commission technique composée d’un groupe de scientifiques binational a été mandatée par la Commission mixte internationale et devrait déposer les résultats de ses recherches en septembre 2015.