4.1.1 Constat général

L’érosion est un processus naturel, normalement lent et progressif, causant la dégradation physique ou chimique des couches supérieures du sol. Celui-ci est généralement transporté et déposé par l’action de l’eau et du vent en aval des cours d’eau du bassin versant.

4.1.2 Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

Actuellement, le territoire du bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent comporte plusieurs secteurs qui souffrent d’une forte érosion. Les différents projets de caractérisation qui ont eu lieu dans le bassin versant et dans la zone ont permis de constater l’état des berges des cours d’eau de sous-bassins versants du territoire. Plusieurs événements ont pu être répertoriés. En milieu agricole, le décrochement est le phénomène qui prédomine, suivi de près par le ravinement. En milieu urbain, les berges sont surtout sujettes aux décrochements. Plus du tiers des berges caractérisées montrent des problèmes d’érosion, et ces résultats pourraient être optimistes, car la présence de végétation riveraine ou aquatique à certaines périodes de l’année peut entraîner une appréciation erronée du phénomène.

Les terres agricoles sont touchées par l’érosion hydrique et éolienne. Lors des projets de caractérisation effectués dans le bassin de la rivière Richelieu, il a été possible de remarquer d’importants ravinements dans les champs. Le sol laissé à nu pendant une grande partie de l’année sur les terres en grandes cultures est particulièrement vulnérable à l’action du vent et de la pluie. Ce phénomène est toutefois difficile à quantifier.

Le batillage est également observé sur le territoire. Celui-ci est amplifié dans les zones de navigation. Ce type d’érosion est très important dans le secteur des îles de Varennes, Verchères et Contrecœur (zone Saint-Laurent), où la navigation et le niveau des eaux sont les facteurs déterminants du taux d’érosion des berges (Plan Saint-Laurent, 2010). Aussi, le recul des rives peut atteindre jusqu’à 3 m en moyenne par année à certains endroits, comme aux îles de Boucherville (Plan Saint-Laurent, 2008). De plus, 70 % des bandes riveraines du secteur situé entre les villes de Varennes et de Sorel ont été fortement érodées par le batillage (Comité ZIP des Seigneuries, 2003). Ce type d’érosion affecte aussi les rives de la rivière Richelieu. Ce phénomène est notamment observé sur les berges des municipalités de Saint-Marc-sur-Richelieu et Saint-Charles-sur-Richelieu, ainsi que sur les rives des îles Jeannotte et aux Cerfs, un endroit d’extrême importance écologique pour plusieurs espèces de poisson en péril (observation faite dans le cadre du programme de sensibilisation et de gardiennage des espèces de poissons en péril, COVABAR, 2014).

4.1.3 Causes potentielles

Les activités anthropiques jouent un rôle d’amplificateur du phénomène dans le bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent.

Les activités agricoles du bassin versant de la rivière Richelieu sont en partie responsables de la dégradation et de l’érosion des berges. Depuis les années 1930, plusieurs cours d’eau ont été redressés afin d’éliminer les méandres, d’assécher les terres humides et de permettre une agriculture intensive dans la région (MAPAQ, 2001). Ce changement physique des cours d’eau a très probablement modifié la dynamique de l’écoulement des eaux dans plusieurs sous-bassins du territoire, un phénomène qui pourrait être à l’origine d’une érosion prématurée des berges via l’augmentation du débit des cours d’eau. Les bandes riveraines ont aussi souvent été sacrifiées au profit des cultures. Une bande riveraine composée des trois strates (arborescente, arbustive et herbacée) contribue, par son système racinaire, à une meilleure cohésion du sol, en plus de diminuer la force érosive du vent et de la pluie. Encore aujourd’hui, plusieurs producteurs croient que les bandes riveraines favorisent le développement des mauvaises herbes, constituent des habitats propices à des espèces nuisibles aux cultures, obstruent les fossés de drainage, brisent la machinerie agricole et compliquent les manœuvres des machines. Elles ne sont donc pas valorisées, car il y a des coûts fixes (taxes municipales) et d’entretien associés à ces sections de terrain et qu’aucun profit monétaire à court terme n’est envisagé. Les bandes riveraines, lorsqu’elles existent, sont souvent inadéquates, tant par leur taille que par leur composition.

L’artificialisation des berges dans le bassin de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent est la principale source d’érosion associée à la forte urbanisation et aux travaux faits par les propriétaires riverains dans le but paradoxal de diminuer l’érosion de leur terrain. Les enrochements, les murs de soutènement, les remblais et les surfaces gazonnées ont en effet dégradé ou complètement décimé les bandes riveraines de ces secteurs. De plus, l’augmentation des précipitations en milieu urbain liée aux changements climatiques pourrait contribuer à l’augmentation de l’érosion par la formation de canaux de ruissellement s’écoulant vers les cours d’eau.

La disparition et la fragmentation des milieux humides sont le principal résultat du développement résidentiel, industriel et agricole. Les agriculteurs et les promoteurs immobiliers méconnaissent encore grandement les rôles et les fonctions écologiques de ces habitats, car ils sont souvent considérés comme des terres improductives. Le déboisement intensif pratiqué depuis l’époque des premiers colons afin de combler les besoins d’espaces pour l’agriculture, les zones résidentielles et les industries a largement réduit la couverture forestière du bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent. Cette perte végétale augmente le phénomène d’érosion par l’augmentation du ruissellement et la diminution du temps de rétention et d’infiltration des eaux de pluie.

Le sillage causé par les embarcations à moteur augmente la fréquence des vagues qui déferlent contre les bandes riveraines de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent. L’érosion par batillage est aussi accentuée par la taille et la vitesse des bateaux qui circulent ainsi que par le degré de dégradation des berges. De plus, le wakeboard, un nouveau sport nautique qui est en train de prendre de l’ampleur dans la rivière Richelieu, requiert des embarcations qui génèrent des vagues hautes et constantes, lesquelles frappent et endommagent les berges (observation du COVABAR fait dans le cadre du programme de sensibilisation et de gardiennage des espèces de poissons en péril).

Un autre facteur contribuant à l’érosion est l’application déficiente de la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables (PRLPI), qui régit la largeur de protection des bandes riveraines en milieu agricole et urbain ainsi que les travaux susceptibles de les détériorer (remblayer, canaliser, creuser, prélever du gravier, construire des barrages ou des digues, etc.)

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Les berges non stables (érodées) et ne possédant pas de couverture végétale adéquate sont plus susceptibles de se détacher en raison de la fragmentation et de la fissure des roches causées par l’action du gel et du dégel au printemps et au cours de l’hiver. Ce phénomène est cependant peu étudié sur le territoire.

4.1.4 Conséquences

L’érosion peut altérer la qualité de l’eau en augmentant l’apport en sédiments au cours d’eau. Ainsi, les sédiments, les matières en suspension, les éléments nutritifs (phosphore, azote), les herbicides et les autres polluants chimiques apportés par l’érosion altèrent les propriétés physicochimiques et biologiques des cours d’eau (voir section sur les problématiques associées à la qualité de l’eau).

Le sillage des bateaux à moteur augmente la fréquence des vagues qui déferlent contre les rives, lesquelles finiront par décrocher du talus à cause de l’érosion. Ceci a des conséquences, notamment sur la sécurité routière, car des glissements de terrain peuvent survenir lors du décrochement d’une bande riveraine longeant l’une des routes de la rivière Richelieu (133 et 223). Ce type d’érosion fait aussi augmenter la concentration des matières en suspension et la turbidité des cours d’eau.

4.1.5 Conclusion (limites et données manquantes)

Actuellement, les activités anthropiques accélèrent le phénomène d’érosion des cours d’eau du bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent. L’érosion des berges (dégradation, fragmentation et artificialisation) en milieux agricole et urbain, l’érosion des terres agricoles et l’érosion des rives par batillage comptent parmi les principales sources d’érosion.

Finalement, plusieurs données sont manquantes concernant les dommages causés par l’érosion dans le bassin de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent. Par exemple, on ne connaît pas encore l’état des berges (points d’érosion, % artificialisé, etc.) pour l’ensemble des tributaires de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent.