4.1 Érosion

4.1.1 Constat général

L’érosion est un processus naturel, normalement lent et progressif, causant la dégradation physique ou chimique des couches supérieures du sol. Celui-ci est généralement transporté et déposé par l’action de l’eau et du vent en aval des cours d’eau du bassin versant.

4.1.2 Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

Actuellement, le territoire du bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent comporte plusieurs secteurs qui souffrent d’une forte érosion. Les différents projets de caractérisation qui ont eu lieu dans le bassin versant et dans la zone ont permis de constater l’état des berges des cours d’eau de sous-bassins versants du territoire. Plusieurs événements ont pu être répertoriés. En milieu agricole, le décrochement est le phénomène qui prédomine, suivi de près par le ravinement. En milieu urbain, les berges sont surtout sujettes aux décrochements. Plus du tiers des berges caractérisées montrent des problèmes d’érosion, et ces résultats pourraient être optimistes, car la présence de végétation riveraine ou aquatique à certaines périodes de l’année peut entraîner une appréciation erronée du phénomène.

Les terres agricoles sont touchées par l’érosion hydrique et éolienne. Lors des projets de caractérisation effectués dans le bassin de la rivière Richelieu, il a été possible de remarquer d’importants ravinements dans les champs. Le sol laissé à nu pendant une grande partie de l’année sur les terres en grandes cultures est particulièrement vulnérable à l’action du vent et de la pluie. Ce phénomène est toutefois difficile à quantifier.

Le batillage est également observé sur le territoire. Celui-ci est amplifié dans les zones de navigation. Ce type d’érosion est très important dans le secteur des îles de Varennes, Verchères et Contrecœur (zone Saint-Laurent), où la navigation et le niveau des eaux sont les facteurs déterminants du taux d’érosion des berges (Plan Saint-Laurent, 2010). Aussi, le recul des rives peut atteindre jusqu’à 3 m en moyenne par année à certains endroits, comme aux îles de Boucherville (Plan Saint-Laurent, 2008). De plus, 70 % des bandes riveraines du secteur situé entre les villes de Varennes et de Sorel ont été fortement érodées par le batillage (Comité ZIP des Seigneuries, 2003). Ce type d’érosion affecte aussi les rives de la rivière Richelieu. Ce phénomène est notamment observé sur les berges des municipalités de Saint-Marc-sur-Richelieu et Saint-Charles-sur-Richelieu, ainsi que sur les rives des îles Jeannotte et aux Cerfs, un endroit d’extrême importance écologique pour plusieurs espèces de poisson en péril (observation faite dans le cadre du programme de sensibilisation et de gardiennage des espèces de poissons en péril, COVABAR, 2014).

4.1.3 Causes potentielles

Les activités anthropiques jouent un rôle d’amplificateur du phénomène dans le bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent.

Les activités agricoles du bassin versant de la rivière Richelieu sont en partie responsables de la dégradation et de l’érosion des berges. Depuis les années 1930, plusieurs cours d’eau ont été redressés afin d’éliminer les méandres, d’assécher les terres humides et de permettre une agriculture intensive dans la région (MAPAQ, 2001). Ce changement physique des cours d’eau a très probablement modifié la dynamique de l’écoulement des eaux dans plusieurs sous-bassins du territoire, un phénomène qui pourrait être à l’origine d’une érosion prématurée des berges via l’augmentation du débit des cours d’eau. Les bandes riveraines ont aussi souvent été sacrifiées au profit des cultures. Une bande riveraine composée des trois strates (arborescente, arbustive et herbacée) contribue, par son système racinaire, à une meilleure cohésion du sol, en plus de diminuer la force érosive du vent et de la pluie. Encore aujourd’hui, plusieurs producteurs croient que les bandes riveraines favorisent le développement des mauvaises herbes, constituent des habitats propices à des espèces nuisibles aux cultures, obstruent les fossés de drainage, brisent la machinerie agricole et compliquent les manœuvres des machines. Elles ne sont donc pas valorisées, car il y a des coûts fixes (taxes municipales) et d’entretien associés à ces sections de terrain et qu’aucun profit monétaire à court terme n’est envisagé. Les bandes riveraines, lorsqu’elles existent, sont souvent inadéquates, tant par leur taille que par leur composition.

L’artificialisation des berges dans le bassin de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent est la principale source d’érosion associée à la forte urbanisation et aux travaux faits par les propriétaires riverains dans le but paradoxal de diminuer l’érosion de leur terrain. Les enrochements, les murs de soutènement, les remblais et les surfaces gazonnées ont en effet dégradé ou complètement décimé les bandes riveraines de ces secteurs. De plus, l’augmentation des précipitations en milieu urbain liée aux changements climatiques pourrait contribuer à l’augmentation de l’érosion par la formation de canaux de ruissellement s’écoulant vers les cours d’eau.

La disparition et la fragmentation des milieux humides sont le principal résultat du développement résidentiel, industriel et agricole. Les agriculteurs et les promoteurs immobiliers méconnaissent encore grandement les rôles et les fonctions écologiques de ces habitats, car ils sont souvent considérés comme des terres improductives. Le déboisement intensif pratiqué depuis l’époque des premiers colons afin de combler les besoins d’espaces pour l’agriculture, les zones résidentielles et les industries a largement réduit la couverture forestière du bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent. Cette perte végétale augmente le phénomène d’érosion par l’augmentation du ruissellement et la diminution du temps de rétention et d’infiltration des eaux de pluie.

Le sillage causé par les embarcations à moteur augmente la fréquence des vagues qui déferlent contre les bandes riveraines de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent. L’érosion par batillage est aussi accentuée par la taille et la vitesse des bateaux qui circulent ainsi que par le degré de dégradation des berges. De plus, le wakeboard, un nouveau sport nautique qui est en train de prendre de l’ampleur dans la rivière Richelieu, requiert des embarcations qui génèrent des vagues hautes et constantes, lesquelles frappent et endommagent les berges (observation du COVABAR fait dans le cadre du programme de sensibilisation et de gardiennage des espèces de poissons en péril).

Un autre facteur contribuant à l’érosion est l’application déficiente de la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables (PRLPI), qui régit la largeur de protection des bandes riveraines en milieu agricole et urbain ainsi que les travaux susceptibles de les détériorer (remblayer, canaliser, creuser, prélever du gravier, construire des barrages ou des digues, etc.)

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Les berges non stables (érodées) et ne possédant pas de couverture végétale adéquate sont plus susceptibles de se détacher en raison de la fragmentation et de la fissure des roches causées par l’action du gel et du dégel au printemps et au cours de l’hiver. Ce phénomène est cependant peu étudié sur le territoire.

4.1.4 Conséquences

L’érosion peut altérer la qualité de l’eau en augmentant l’apport en sédiments au cours d’eau. Ainsi, les sédiments, les matières en suspension, les éléments nutritifs (phosphore, azote), les herbicides et les autres polluants chimiques apportés par l’érosion altèrent les propriétés physicochimiques et biologiques des cours d’eau (voir section sur les problématiques associées à la qualité de l’eau).

Le sillage des bateaux à moteur augmente la fréquence des vagues qui déferlent contre les rives, lesquelles finiront par décrocher du talus à cause de l’érosion. Ceci a des conséquences, notamment sur la sécurité routière, car des glissements de terrain peuvent survenir lors du décrochement d’une bande riveraine longeant l’une des routes de la rivière Richelieu (133 et 223). Ce type d’érosion fait aussi augmenter la concentration des matières en suspension et la turbidité des cours d’eau.

4.1.5 Conclusion (limites et données manquantes)

Actuellement, les activités anthropiques accélèrent le phénomène d’érosion des cours d’eau du bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent. L’érosion des berges (dégradation, fragmentation et artificialisation) en milieux agricole et urbain, l’érosion des terres agricoles et l’érosion des rives par batillage comptent parmi les principales sources d’érosion.

Finalement, plusieurs données sont manquantes concernant les dommages causés par l’érosion dans le bassin de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent. Par exemple, on ne connaît pas encore l’état des berges (points d’érosion, % artificialisé, etc.) pour l’ensemble des tributaires de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent.

4.2 Sédimentation et envasement des cours d’eau

4.2.1 Constat général

La sédimentation est un processus naturel constituant la dernière étape de la dynamique des cours d’eau après l’érosion du sol et le transport de sédiments (Sécurité publique du Québec, 2015). L’intensité de ce phénomène varie en fonction de la pente et du drainage du bassin versant, des précipitations, du degré de couverture végétale, de la nature du sol et de son degré d’exposition aux intempéries (Environnement Canada, 2011). Les sédiments peuvent être transportés le long de la rivière ou être décantés près du lieu d’érosion, générant ainsi l’envasement du lit des cours d’eau. Les sédiments accumulés au fond des cours d’eau constituent un milieu dynamique où se produisent des changements biologiques, chimiques et physiques. Ils forment un milieu de rétention et de transformation des substances polluantes (pesticides, métaux lourds, etc.) (Environnement Canada, 2011).

4.2.2 Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

La sédimentation et l’envasement des cours d’eau à cause de l’érosion sont des phénomènes courants dans le bassin de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent. Plusieurs sites d’envasement ont été observés sur ces territoires.

Le bassin de Chambly est un secteur où la sédimentation est présente. Ce bassin est soumis à un processus d’envasement très rapide en raison de sa forme élargie, qui cause une diminution du courant et provoque une décantation des matières en suspension provenant des zones situées en amont de la rivière Richelieu et de la rivière des Hurons. De plus, les inondations du printemps 2011 ont apporté une grande quantité de roches et de sédiments provenant du décrochement de l’ancienne digue de la grande île du refuge Pierre-Étienne-Fortin (COVABAR, 2014a) ainsi que de la partie située en amont de la rivière Richelieu. La rivière des Hurons contribue également à la sédimentation. Les sédiments apportés par les eaux de la rivière des Hurons sont déposés dans le bassin de Chambly, créant une vaste zone d’envasement s’allongeant dans le bassin (observation faite dans le cadre du programme de sensibilisation et de gardiennage des espèces en péril de la rivière Richelieu, COVABAR, 2014b).

Une accumulation de sédiments est également observée au confluent du ruisseau Belœil et de la rivière Richelieu. Ce ruisseau se jette dans la rivière Richelieu à la hauteur des îles Jeannotte et aux Cerfs. L’accumulation de sédiments à cet endroit est surtout visible en période d’étiage.

Le secteur du parc riverain de la Pointe-Valaine (confluent du ruisseau Bernard et de la rivière Richelieu) est également problématique. Les eaux du ruisseau Bernard se jettent en amont du parc riverain, ce qui crée des problèmes de sédimentation et de contamination. Des activités nautiques (canotage) y sont pratiquées. Historiquement, une plage était présente à cet endroit, et la ville a souvent manifesté un intérêt pour sa réhabilitation. Des interventions majeures devraient être faites dans le bassin versant du ruisseau Bernard, qui est majoritairement agricole, afin de permettre une eau de qualité en tout temps dans ce secteur.

Les embouchures des tributaires de la rivière Richelieu sont des endroits où l’on peut observer le transport de sédiments. Suite à des précipitations, des panaches de sédiments sont observés dans la rivière Richelieu, quelques fois sur plusieurs kilomètres (ex. rivières L’Acadie et des Hurons). Rappelons que la concentration des matières en suspension dans les rivières des Hurons et L’Acadie est à la hausse et dépasse fréquemment le critère de qualité pour ce paramètre (section 1.1.1 et 1.1.3).

Ce phénomène est également observé au confluent de la rivière Richelieu et du fleuve Saint-Laurent. Les sédiments apportés par la rivière Richelieu décantent lors de la rencontre avec les eaux du fleuve, créant ainsi une vaste zone d’accumulation de sédiments et d’envasement. Plusieurs dragages ont été réalisés dans le secteur du port à Sorel-Tracy afin de faciliter la circulation fluviale (Prud’homme, 2008).

La rivière Richelieu contribue donc largement à l’envasement du Lac Saint-Pierre. La rivière est effectivement responsable d’un apport important en sédiments (figure 6).  

Figure 6    Coefficient d’exportation du phosphore et des MES de certains tributaires du lac Saint-Pierre au cours de la période 2008-2010.                 Tiré de Simoneau, 2012

4.2.3 Causes potentielles

La sédimentation et l’envasement sont des processus naturels qui font partie de la dynamique des cours d’eau, mais ils sont largement amplifiés par les activités anthropiques. Actuellement, l’apport de sédiments dans les cours d’eau du territoire provient principalement de l’érosion générée par les activités agricoles et urbaines.

Le territoire agricole du bassin versant est dominé par les cultures de grands interlignes qui laissent de larges bandes de sol à nu entre les rangs. Cette portion de sol à nu est particulièrement vulnérable à l’érosion hydrique et éolienne et peut aussi se transformer en voie d’écoulement préférentiel (Racine, 1999). De plus, en absence d’une culture de couverture, les champs dédiés aux cultures annuelles sont laissés à nu durant une grande partie de l’année. En outre, les bandes riveraines souvent inadéquates peinent à filtrer les particules de sol charriées par le ruissellement et ne parviennent pas à freiner efficacement l’érosion des berges. Le passage de la machinerie à proximité des cours d’eau contribue aussi à l’érosion des berges (Agriculture et Agroalimentaire Canada, 2008).

4.2.4 Conséquences

Détérioration de l’intégrité d’un écosystème

L’augmentation de la turbidité accompagnant l’envasement induit une modification des paramètres physicochimiques de l’eau en captant l’énergie par une cascade d’événements. Les particules en suspension font diminuer la zone euphotique en déviant la lumière et contribuent au réchauffement de l’eau en emmagasinant l’énergie solaire. La diminution de la zone euphotique peut entraîner une perte nette en macrophytes et en phytoplancton et, incidemment, en photosynthèse. Aussi, l’augmentation de la température diminue la solubilité de l’oxygène dans l’eau et la décomposition de la matière organique par les bactéries en augmente la consommation. La diminution de la saturation en oxygène dans l’eau se traduit par l’apparition de zones et de périodes anoxiques prolongées pouvant se révéler létales pour les espèces aquatiques (Vachon, 2003).

Impact sur les poissons

La présence de sédiments en suspension dans la colonne d’eau peut aussi causer des problèmes de santé chez les poissons. Les sédiments peuvent en effet irriter leurs branchies et détruire la muqueuse protégeant leurs écailles et leurs yeux (Environnement Canada, 2011). L’envasement des frayères est aussi un problème lié à l’envasement des cours d’eau (Environnement Canada, 2011; Vachon, 2003). De plus, des produits toxiques peuvent se lier à des particules, être transportés vers les cours d’eau et entraîner des problèmes de santé chez les poissons (Environnement Canada, 2011). L’envasement des cours d’eau peut finalement diminuer l’aire de répartition de certaines espèces (Vachon, 2003).

Impact sur la navigation

Un envasement important des cours d’eau peut gêner la navigation (Environnement Canada, 2011).

Impact sur la pêche

L’envasement et la turbidité peuvent entraîner une modification de la communauté des espèces aquatiques. Les espèces d’intérêt pour la pêche sportive préfèrent généralement les eaux froides et bien oxygénées (Environnement Canada, 2011). Ces espèces disparaissent lorsque l’habitat ne leur est pas favorable.

Traitement de l’eau

Les coûts du traitement de l’eau peuvent être augmentés par la présence de particules en suspension. Leur efficacité peut aussi s’en trouver diminuée. En effet, les particules en suspension peuvent abriter des organismes pathogènes qui, protégés, peuvent résister au processus de stérilisation. Il est donc nécessaire de filtrer les eaux trop turbides (Santé Canada, 2012).

4.2.5 Conclusion (limites et données manquantes)

La sédimentation est une problématique observée dans le bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent. Elle est accélérée principalement par les activités anthropiques menées dans la région, notamment la dégradation et l’artificialisation des bandes riveraines, le batillage des rives et la disparition des milieux humides et des forêts. L’érosion du sol et des rives ainsi que le transport et le dépôt de sédiments en aval des cours d’eau sont également à l’origine des problèmes d’envasement.

L’envasement des cours d’eau et l’augmentation de la turbidité sont parmi les principales menaces auxquelles sont exposées les espèces de poissons en péril de la rivière Richelieu, notamment le dard de sable (Ammocrypta pellucida), le fouille-roche gris (Percina copelandi), le chevalier cuivré (Moxostoma hubbsi) et le chevalier de rivière (Moxostoma carinatum). L’envasement touchera également le lac Saint-Pierre et se traduira par un changement des communautés qui y vivent. Bien que la rivière Richelieu ne soit pas le seul tributaire du lac, elle est celui qui contribue le plus au problème.

Par ailleurs, davantage d’études sont nécessaires afin de bien documenter et suivre l’évolution des sites d’envasement existants et potentiels. Par exemple, les dernières données bathymétriques de la rivière Richelieu datent de 1980. On peut penser que les apports en sédiments d’origine agricole et urbaine et les inondations du printemps 2011 ont entraîné de grandes modifications du fond de la rivière depuis.

De plus, il existe actuellement peu d’informations sur les zones de sédimentation dans la zone Saint-Laurent, notamment sur l’apport de sédiments des tributaires et les impacts sur l’environnement.

4.3 Inondation

4.3.1 Constat général

Une inondation se définit comme le débordement d’un cours d’eau qui provoque ou menace de provoquer des pertes de vie et de biens et des dommages à l’environnement (Ministère des Richesses naturelles de l’Ontario, s.d.; Environnement Canada, 2014). En général, l’intensité et la fréquence d’une inondation dépendent de facteurs tels que l’état du bassin versant, la température, le régime des pluies et des neiges et la fréquence des tempêtes. Ce phénomène est assujetti aux changements climatiques, lesquels peuvent altérer l’intensité et la fréquence des variables climatiques et augmenter du même coup le risque d’inondations dans une région.

4.3.2 Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

Les inondations locales sont un phénomène courant dans certains endroits du bassin de la rivière Richelieu. Certains affluents de cette rivière sortent de leur lit au printemps et causent des dommages mineurs (ex. : rivière L’Acadie). Cependant, ce bassin versant a été frappé par plusieurs épisodes de grandes inondations causées principalement par deux types de phénomènes climatiques : les ouragans (1927, 1936 et 1938) et la fonte de neige rapide suivie de tempêtes de pluie et de vent (années 1930, années 1970, 1993, 1998 et 2011) (Commission mixte internationale Canada et États-Unis, 2013; Programme de mise en valeur du lac, 2013).

Un important développement résidentiel est présent dans les zones de récurrence d’inondation de 0-20 ans et 0-100 ans de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent. Par ailleurs, certaines zones d’inondation de la rivière Richelieu n’ont pas encore été délimitées (voir carte D.1 du Portrait – Zones inondables de la rivière Richelieu). Il est donc essentiel de finaliser la cartographie de ces zones afin de mieux prévenir les inondations et d’évaluer si une mise à jour doit être faite pour les limites existantes afin de tenir compte du changement climatique.

4.3.3 Causes potentielles

Plusieurs facteurs d’origine naturelle et anthropique peuvent expliquer la fréquence et l’ampleur des inondations sur le territoire.

Les milieux humides fonctionnent comme des bassins de rétention naturelle de l’eau, c’est-à-dire qu’ils absorbent l’eau comme une éponge et la relâche tranquillement vers les eaux de surface ou souterraines, limitant ainsi la montée de l’eau lors de précipitations abondantes ou d’inondations saisonnières. Les activités agricoles et urbaines sont les principales responsables de la disparition de ces écosystèmes.

Pour être pleinement efficace, une bande riveraine doit comporter les trois strates de végétation (plantes herbacées, arbustes et arbres), car l’hétérogénéité superficielle des végétaux diminue la vitesse du courant et la puissance érosive de l’eau lors des crues printanières (Gagnon, 2007). Les activités agricoles et urbaines sont la principale cause de disparition et de fragmentation des bandes riveraines.

Depuis les années 1930, plusieurs cours d’eau du bassin de la rivière Richelieu ont été redressés afin d’éliminer les méandres et d’assécher les terres humides pour permettre une agriculture intensive dans la région (MAPAQ, 2001). Ces travaux ont modifié le régime hydrologique des cours d’eau en augmentant leur débit de pointe. Cette dénaturalisation du réseau hydrique du bassin empêche donc l’infiltration et la rétention des eaux de crues, ce qui provoque l’augmentation de la fréquence, de l’ampleur et des lieux des inondations.

L’agrandissement du canal de Chambly de 30 m dans les années 1970 a contribué à ralentir la capacité d’évacuation des eaux de la rivière Richelieu en provenance du lac Champlain. D’autres travaux ont également eu des impacts sur le régime des eaux du Richelieu. Par exemple, le barrage de Fryers, construit en 1939, a été érigé suite aux inondations survenues dans les années 1930 afin d’éviter de nouvelles inondations via la régulation du débit du lac Champlain et de la rivière Richelieu (Commission mixte internationale Canada et États-Unis, 2013). Cependant, pour que ce barrage soit réellement efficace, il aurait fallu draguer les hauts-fonds rocheux de Saint-Jean-sur-Richelieu, un obstacle naturel qui rétrécit et ralentit l’écoulement des eaux par la surélévation du lit de la rivière.

Les hauts fonds rocheux de Saint-Jean-sur-Richelieu constituent l’un des obstacles naturels les plus importants, car les eaux provenant du lac Champlain débordent souvent en raison de la surélévation et de l’étroitesse du lit de la rivière. La formation naturelle d’embâcles lors des périodes douces de l’hiver peut également contribuer aux inondations ponctuelles sur le territoire.

Plusieurs secteurs des municipalités et villes du bassin versant se sont développés dans les zones à risque d’inondation ou de récurrence de 0–20 ans et de 20–100 ans. Les habitants de ces infrastructures sont fortement exposés aux inondations.

Les conditions climatiques du bassin du lac Champlain ont une influence directe sur le débit des eaux de la rivière Richelieu. Par exemple, des événements d’inondations peuvent se produire dans la rivière Richelieu lorsqu’il y a de grandes accumulations de neige dans le bassin du lac Champlain et qu’elles sont suivies d’une fonte de neige tardive et rapide accompagnée de forts vents. Ce mécanisme est à l’origine des inondations du printemps 2011 dans le bassin de la rivière Richelieu. Or, puisque les changements climatiques continueront de perturber les processus régissant le cycle de l’eau, il est toujours possible que d’autres inondations de même ampleur touchent la région.

D’un autre côté, tous les facteurs mentionnés ci-haut peuvent aussi causer et moduler l’intensité des inondations dans la zone Saint-Laurent. Cependant, d’un point de vue historique, c’est la formation naturelle d’embâcles qui constitue la cause principale d’inondation dans cette région (Environnement Canada, 2014).

4.3.4 Conséquences

Problèmes de santé publique

Une large gamme de polluants détériore la qualité de l’eau lors d’une inondation : pesticides, produits pharmaceutiques, métaux lourds et agents pathogènes (bactéries, virus), lesquels sont transportés par le lavage des fosses septiques, des réservoirs à essence et des réseaux d’égouts, ainsi que par le ruissellement des champs agricoles et des usines d’élevage d’animaux. L’eau peut devenir insalubre et son ingestion peut comporter des risques de maladies et de développement d’épidémies dans la région (dysenteries, hépatites, typhoïdes, fièvres, etc.) (Institut national de santé publique, 2014). De plus, lorsque l’eau envahit l’intérieur d’un bâtiment, les problèmes de santé liés aux moisissures sont fréquents (toux, asthme, allergies, fièvres, maux de tête, etc.) (Institut national de santé publique, 2014).

Impacts économiques

Les impacts économiques d’une inondation dépendent de l’ampleur de celle-ci. À titre d’exemple, les 67 journées de crue subies dans le bassin de la rivière Richelieu au printemps 2011 ont entrainé des pertes évaluées à 72 millions de dollars (Commission mixte internationale Canada et États-Unis, 2013). Environ 2 500 résidences principales et 30 municipalités ont été touchées par cette catastrophe. De plus, environ 170 entreprises agricoles représentant 2 500 ha bordant la rivière Richelieu ont été endommagées. Les cultures de maïs, de soya, de foin et de fourrage ainsi que la production de lait et de viande ont été fortement affectées par cet événement climatique (Programme de mise en valeur du lac, 2013).

Impacts sur l’environnement

Une inondation peut avoir de graves impacts sur les écosystèmes aquatiques. Par exemple, lorsque les eaux d’une crue percutent une bande riveraine de mauvaise qualité ou artificialisée, les arbres sont plus facilement déracinés, la terre décrochée et les rives érodées à cause de l’augmentation du débit des eaux. L’érosion des rives conduit également à l’envasement du lit de la rivière et à l’augmentation de la turbidité, ce qui altère les habitats aquatiques par le dépôt de sédiments sur les roches et les macrophytes qui composent le substrat et l’habitat physique. La force du débit peut aussi modifier le lit et les rives d’un cours d’eau. C’est ce qui a été observé au refuge faunique Pierre-Étienne-Fortin lors des inondations de 2011 (COVABAR, 2014a). La direction et le débit du courant ont été modifiés et les bandes riveraines ont été fortement érodées par endroits. De plus, la charge en phosphore (engrais), en matières organiques et en pesticides que contiennent les eaux d’une crue contribue à l’eutrophisation des écosystèmes aquatiques. La chaîne alimentaire de ces habitats peut aussi être affectée par les métaux lourds (plomb, mercure, cadmium) et par d’autres polluants (dioxines, furannes, etc.) qui sont libérés du fond de la rivière et transportés en aval (Giroux, 2010; De Lafontaine, 2002). Le chevalier cuivré (Moxostoma hubbsi), le chevalier de rivière (Moxostoma carinatum), le dard de sable (Amocrypta pellucida), le fouille-roche gris (Percina copelandi) et le méné d’herbe (Notropis bifrenatus) sont des espèces de poissons en péril qui sont très sensibles à la modification de leur habitat, et notamment à la pollution de l’eau, à l’envasement et à l’eutrophisation du milieu. L’augmentation du débit des eaux lors d’une crue peut également emporter des espèces exotiques envahissantes, lesquelles pourront causer des problèmes à la faune sensible et aux espèces locales en péril via la compétition pour les ressources et l’incorporation de nouvelles maladies. Bref, les inondations peuvent être à l’origine d’une diminution de la diversité locale par la destruction, la pollution et le déséquilibre causé aux habitats aquatiques.

4.3.5 Conclusion (limites et données manquantes)

Le débordement de certains cours d’eau dans le bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent est un phénomène naturel qui survient souvent au printemps. Les activités d’origine anthropique contribuent à intensifier les dommages matériels et humains causés par les inondations. Cette région a été la plus sévèrement touchée par l’inondation du printemps 2011 en raison des constructions résidentielles et industrielles situées dans la zone de récurrence de 0-20 ans.

Les impacts des inondations sur l’économie, la santé publique et l’environnement sont proportionnels à la magnitude des changements climatiques et à la résilience des infrastructures et des écosystèmes du bassin versant. Les changements climatiques devraient donc entraîner une diminution des tendances de crues printanières extrêmes (Riboust, 2014). Cependant, la variabilité naturelle demeure et le risque d’apparition d’inondations majeures persiste (Riboust, 2014). Des mesures d’adaptation, comme une meilleure gestion des plaines inondables, devraient être envisagées pour ce bassin versant (Riboust, 2014).

On dispose actuellement de peu d’information sur les effets de l’inondation du printemps 2011 sur l’environnement, notamment le changement topographique et bathymétrique, l’état de la qualité de l’eau, les nouveaux sites de sédimentation et d’envasement, la libération des polluants accumulés dans le fond des cours d’eau et la dispersion et la colonisation des espèces exotiques envahissantes. Il est également essentiel de compléter la cartographie délimitant les zones à risque d’inondation de 0-20 ans et de 0-100 ans sur le territoire. Afin de répondre à certaines de ces questions, une commission technique composée d’un groupe de scientifiques binational a été mandatée par la Commission mixte internationale et devrait déposer les résultats de ses recherches en septembre 2015.

4.4 Les glissements de terrain

4.4.1 Constat général

Un glissement de terrain est le mouvement vers le bas, lent ou rapide, de roches ou de sédiments meubles, dont l’argile, le sable ou le gravier, ou de tous ces matériaux à la fois (Institut national de santé publique, 2015 ; Sécurité publique du Québec, 2015). Son ampleur peut varier d’un simple bloc qui se détache d’une falaise à une vaste zone représentant des dizaines de kilomètres carrés (Institut national de santé publique, 2015; Sécurité publique du Québec, 2015).

4.4.2 Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

Plusieurs secteurs du bassin versant de la rivière Richelieu sont sujets aux glissements de terrain étant donné la nature des sols profonds et à haute teneur en argile (voir carte A.8 du Portrait). Au début des années 1980, plusieurs municipalités ont été visitées par des agents du ministère de l’Énergie et des Ressources afin d’identifier les zones à risque de glissements de terrain. Plusieurs signalements ont été faits sur les territoires de Saint-Victoire-de-Sorel, Saint-Roch-de-Richelieu, Saint-Ours et Saint-Denis-sur-Richelieu. Dans plusieurs cas, des résidences ont dû être évacuées et relocalisées. D’autres signalements moins importants ont également été faits à Carignan, Saint-Mathias-sur-Richelieu, Otterburn Park, Mont-Saint-Hilaire et Belœil (MSP, 2015).

Les rives de la rivière Richelieu sont des secteurs à surveiller pour les glissements de terrain. En octobre 2011, une partie de la route 133 s’est effondrée à Saint-Denis-sur-Richelieu, empêchant la circulation pendant plusieurs semaines. La topographie est relativement plane entre Saint-Basile-le-Grand et Saint-Ours. L’altitude varie entre 10 et 16 m au-dessus du niveau de la mer et la hauteur des talus des berges oscille entre 3 et 10 m, alors que les pentes des talus sont variables (Dessau, 2010). Les sections présentant des pentes fortes (jusqu’à 60 °) sont souvent caractérisées par des décrochements de talus et des instabilités (Dessau, 2010). Le ministère des Transports du Québec (MTQ) a donc mis en place un Programme de stabilisation de talus et de berges de la rivière Richelieu afin de protéger les infrastructures le long des routes 133 et 223 entre Saint-Basile-le-Grand et Saint-Ours (Dessau, 2010). Depuis 2004, des travaux ont eu lieu à Saint-Antoine-sur-Richelieu et à Saint-Denis-sur-Richelieu (MTQ, 2015).

4.4.3 Causes potentielles

Lorsque les talus constitués de sols argileux atteignent une certaine hauteur et une inclinaison donnée, ils sont susceptibles d’être touchés par un glissement de terrain (Institut national de santé publique, 2015; Sécurité publique du Québec, 2015). Ce phénomène fait partie de l’évolution naturelle des talus. Un glissement surviendra si les conditions d’équilibre du talus sont modifiées naturellement ou artificiellement (Institut national de santé publique, 2015; Sécurité publique du Québec, 2015). Il n’est pas toujours facile de prévoir les glissements de terrain. La majorité d’entre eux surviennent au printemps et à l’automne. La forte teneur en argile des sols situés le long des cours d’eau du bassin de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent rend ces terrains encore plus sensibles à ce phénomène.

L’érosion de la base du talus : ce type d’érosion naturelle est accéléré par l’augmentation de la force du courant en aval des cours d’eau qui ont été redressés pour laisser place aux activités agricoles. Le sapement du courant d’eau affaiblit la base du talus, laquelle finira par se décrocher. L’érosion par batillage augmente également la vitesse et la hauteur des vagues qui frappent la base du talus.

La saturation des sols : l’infiltration de l’eau de ruissellement lors de fortes pluies ou de la fonte des neiges diminue la résistance du sol et le rend plus vulnérable aux glissements de terrain. Ce phénomène est intensifié par les activités anthropiques, notamment par la dégradation et l’artificialisation des bandes riveraines.

4.4.4 Conséquences

Les principales conséquences potentielles des glissements de terrain dans le bassin de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent sont :

  • être heurté par les débris : ceci peut arriver lorsqu’une infrastructure quelconque se trouve au pied du talus lors du glissement de terrain;
  • être emporté par le glissement : ceci peut arriver lorsqu’une infrastructure quelconque se trouve au sommet d’un talus;
  • des blessures et des décès peuvent survenir lors d’un glissement de terrain majeur;
  • du stress et des traumatismes peuvent survenir. Ceux-ci sont cependant moins étudiés (Institut national de santé publique, 2015);
  • les glissements de terrain qui tombent dans les cours d’eau font augmenter la concentration des matières en suspension et la turbidité, diminuant ainsi la qualité de l’eau pour la faune et la flore aquatique.

4.4.5 Conclusion (limites et données manquantes)

La probabilité d’un glissement de terrain dans le bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent est réelle étant donnée la nature des sols calcaires argileux qui composent le territoire. Afin d’évaluer les risques liés à ce phénomène, un portrait complet des sites historiques de glissement de terrain ainsi que des sites potentiels devrait être réalisé. Afin d’assurer la sécurité des personnes et de leurs biens, il est essentiel de réaliser des études permettant d’identifier les zones de risque pour établir et appliquer un cadre normatif congruent avec la cartographie et adéquat pour la gestion de ces zones, et ce, tant pour le bassin versant de la rivière Richelieu (rivière Richelieu et tributaires) que pour la zone Saint-Laurent. Le phénomène des glissements de terrain est accentué par les activités anthropiques menées dans la région, qui accélèrent les processus d’érosion naturelle des bandes riveraines, et par la proximité d’infrastructures (routes ou habitations). Les glissements de terrain peuvent entraîner de graves conséquences sur la santé humaine, l’économie et l’environnement. Il est essentiel de réaliser des travaux de stabilisation et de revégétalisation des berges lorsqu’un risque est identifié.