Constat général

Il existait très peu d’informations sur les eaux souterraines du territoire avant la mise en œuvre du Projet d’acquisition de connaissances sur les eaux souterraines (PACES) en Montérégie Est, en 2013 (Carrier et coll., 2013a).

Cette étude couvre la quasi-totalité du territoire du bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent, à l’exception des villes de Boucherville, Brossard et Longueuil. Elle identifie, entre autres, les zones de vulnérabilité et de recharge de la nappe phréatique ainsi que sa qualité en fonction des critères pour l’eau potable et pour l’esthétisme.

Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

Sur le territoire du bassin versant de la rivière Richelieu, l’approvisionnement en eau souterraine à des fins d’eau potable est situé dans le sud du territoire (carte 1). L’eau souterraine est utilisée dans 16 municipalités par un réseau de distribution (6 municipalités) ou des puits individuels (10 municipalités).

Son utilisation est possible dans ce secteur puisqu’elle a une qualité passable pour cette utilisation. Dans le secteur nord, où l’eau est considérée comme non potable en raison de la présence d’eau saumâtre (vestige de la mer de Champlain), l’approvisionnement en eau est essentiellement assuré par des réseaux d’aqueduc alimentés par les eaux de surface (MRC Pierre-De Saurel, Marguerite-D’Youville, La Vallée-du-Richelieu et l’Agglomération de Longueuil).

Sur l’ensemble du territoire, l’eau souterraine est beaucoup utilisée à des fins agricoles. Dans les MRC où l’eau souterraine n’est pas potable, ce sont les « ressources marginales en eau souterraine retrouvées dans les dépôts meubles superficiels sont tout de même utilisées par endroits à des fins agricoles » (Carrier, 2013a p. 207).

L’eau souterraine est également utilisée par des industries, des commerces et des institutions. Dans ce secteur d’activité, l’eau souterraine est presque utilisée sur l’ensemble du territoire. Elle est alors utilisée, entre autres, pour l’alimentation de lacs d’irrigation et de lacs artificiels, pour des blocs sanitaires et des procédés industriels et pour la fabrication de neige artificielle (SAGO, 2015).

La zone où l’eau est considérée comme étant de qualité passable pour la consommation est située dans la région ayant été affectée par l’invasion marine de la mer de Champlain.

« La géochimie de ces secteurs résulte de divers mécanismes de lessivage des eaux marines par les eaux douces, contrairement à la zone non potable (qui est peu ou pas lessivée). Ainsi, la zone de qualité passable présente localement des concentrations en baryum et fluorures excédant les critères pour la santé.

Au niveau esthétique, les matières dissoutes totales (MDT) sont en concentrations dépassant les recommandations un peu partout. Le pH est particulièrement alcalin, sauf dans les secteurs à nappe libre. Il est également fréquent d’y retrouver des concentrations dépassant les recommandations d’ordre esthétique pour plusieurs autres paramètres, de façon dispersée.

En somme, il est possible de rencontrer des secteurs où la qualité de l’eau est acceptable (bonne), mais, en règle générale, l’eau y est de qualité passable. Les zones associées (carte 2) aux groupes M1 et M2 sont généralement peu vulnérables compte tenu des conditions captives à semi-captives. Toutefois, les zones associées aux groupes BT et A2 seraient plus vulnérables à la contamination étant considérées libres à semi-captives » (Carrier, 2013a, p. 183).

Disponibilité de l’eau souterraine

« Dans ces secteurs où l’eau souterraine est importante pour l’approvisionnement en eau, il n’y a pas de problème de disponibilité puisque la consommation d’eau souterraine représente généralement une proportion de la recharge inférieure à 10 %. […] Si la disponibilité ne pose pas de problème, [les nouvelles possibilités d’exploitabilité] de l’eau souterraine présente[nt] des défis parce que la productivité des puits installés dans l’aquifère rocheux fracturé est relativement limitée, alors que les aquifères granulaires pouvant être exploités sont d’étendue plus restreinte et peuvent être difficiles à localiser. […]

Il sera important de garder à jour les données concernant le niveau d’exploitation des eaux souterraines dans la région, car il [pourrait y avoir] augmentation de l’utilisation de l’eau souterraine au niveau municipal » (Carrier et coll., 2013a, p. 207).

Adapté de la figure 5.22, Carrier et coll., 2013a, p.204

Préservation de l’eau souterraine

« Au niveau de la préservation de la qualité de l’eau souterraine, les priorités de protection pourraient tenir compte des secteurs avec forte densité de puits résidentiels où la vulnérabilité est élevée et où la densité d’activités anthropiques est importante. Quant aux puits municipaux, les données produites par le projet PACES pourraient aider à définir le cadre hydrogéologique de ces approvisionnements » (Carrier et coll., 2013a).

Les études locales qui seront produites dans le cadre de la Stratégie de protection et de conservation des sources destinées à l’alimentation en eau potable permettront une optimisation de la préservation (Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection Q-2, r. 35.2)

Même si la disponibilité de l’eau souterraine ne pose généralement pas de problème sur le territoire, cette ressource est importante pour assurer de nombreux usages. Afin de cibler des secteurs qui présentent le plus de risques de contamination, une analyse de la vulnérabilité a été réalisée dans le cadre du projet PACES Montérégie Est. L’indice DRASTIC a été utilisé afin d’évaluer cette vulnérabilité, rendant possible la mise de l’indice de vulnérabilité en lien avec les pressions anthropiques (carte B.9 de la section B du Portrait).

Un ensemble d’indicateurs de gestion durable des ressources en eau souterraine a ensuite pu être produit dans le cadre d’un projet pilote. Les zones vulnérables ont donc été évaluées par municipalité (carte 3). Ainsi, il est possible de constater que le secteur sud du territoire du bassin versant de la rivière Richelieu est le plus vulnérable. Cette portion correspond également au secteur où la recharge est plus grande (carte 4).

Ce secteur est donc à surveiller afin de prévenir la contamination de l’eau souterraine, qui y est par ailleurs consommée comme eau potable. Des mesures de suivi et de protection doivent donc être mises en place dans cette partie du territoire afin de minimiser les risques de dégradation de l’eau souterraine.

Carte 3 Zone de recharge par municipalité en lien avec la proportion d’utilisation de la recharge par municipalité
Tiré de Carrier et coll.,  2013a p.201
Carte 3 Zone de recharge par municipalité en lien avec la proportion
d’utilisation de la recharge par municipalité
Tiré de Carrier et coll., 2013a

Causes potentielles

Des facteurs naturels ou humains peuvent affecter la qualité de l’eau souterraine, voire compromettre son usage par endroits. Une contamination naturelle est possible. Les principaux facteurs naturels qui peuvent expliquer la variabilité chimique de l’eau souterraine sont les formations géologiques en place, le temps de séjour de l’eau dans ces formations géologiques et le degré de confinement des nappes phréatiques. La dissolution des minéraux contenus dans la roche et le sol ainsi que la composition chimique de la roche et du sol influencent celle de l’eau qui la traverse (MDDELCC, s.d.a). L’eau présente dans la partie nord du territoire est non potable, car saumâtre. C’est un vestige de l’ancienne mer de Champlain qui est restée captive sous une épaisse couche d’argile.

Les nappes d’eau souterraine ne sont pas à l’abri de l’infiltration de contaminants provenant des activités pratiquées en surface. Il est donc nécessaire d’être vigilant, surtout dans les secteurs considérés comme plus vulnérables et dans les zones de forte recharge.

Les nitrites et les nitrates

Les nitrites et les nitrates proviennent de la dégradation de la matière organique d’origine humaine, végétale ou animale et des engrais minéraux utilisés pour fertiliser les cultures. Leur présence dans l’eau souterraine serait due aux activités réalisées en surface ou près de la surface, comme le rejet d’eaux usées ou l’épandage de matières fertilisantes (Côté et coll., 2006).  

Peu de dépassements de la norme établie pour les nitrites et les nitrates ont été observés. Pour l’ensemble du territoire couvert par l’étude du PACES Montérégie Est, c’est moins de 1 % de dépassements qui ont été observés. Cependant, c’est un paramètre qui doit être surveillé, puisque le territoire est à vocation fortement agricole.

La contamination des puits par les nitrites et les nitrates est clairement influencée par les activités agricoles, comme l’a révélé une étude réalisée en 2002 dans sept bassins versants agricoles (Gélinas, 2004). Cependant, sur le territoire, on remarque que les nitrites provenant de la fertilisation des terres agricoles sont surtout transférés aux eaux de surface par les drains agricoles et l’échouement hypodermique, préservant du même coup la qualité des eaux souterraines de l’aquifère rocheux (Carrier et coll., 2013a).

Les pesticides

L’application répétée de pesticides au cours d’une saison augmenterait le risque de contamination de l’eau souterraine (Barrette, 2006). Les suivis démontrent que la fréquence de détection des pesticides dans les eaux souterraines des milieux agricoles dépend en partie du type de sols cultivés (MDDELCC, s.d.a). Généralement, les pesticides sont détectés plus fréquemment et en concentrations plus élevées dans les sols sableux comme ceux propices aux cultures de pommes de terre et de bleuets, par exemple, que dans les sols à texture fine comme les sols argileux (MDDELCC, s.d.a). « La faible profondeur des aquifères présents sous les sols sableux et la forte perméabilité de ces types de sols expliquent ce constat » (MDDELCC, s.d.b.).

Les micro-organismes

Les puits privés peuvent être contaminés par des micro-organismes d’origine fécale (Gélinas, 2004). Le risque de contamination est accru lorsque les puits sont de faible profondeur, puisque l’eau y est filtrée sur une faible épaisseur (Gélinas, 2004). « La présence de micro-organismes dans l’eau souterraine peut s’expliquer par la vulnérabilité des aquifères, mais la non-étanchéité d’un puits ou son mauvais entretien peut également favoriser ce type de contamination » (Lacasse, 2010).

Autres contaminations

Certaines activités ponctuelles (entreposage/déversement de produits chimiques, installation septique) peuvent contaminer l’eau souterraine. Les futures études qui seront réalisées dans le cadre de la Stratégie de protection et de conservation des sources destinées à l’alimentation en eau potable permettront d’évaluer les risques de contamination liés aux activités anthropiques qui ont lieu à proximité des puits.

Un suivi doit également être réalisé pour les puits individuels qui ne seront pas assujettis à cette Stratégie. Le MDDELCC recommande aux propriétaires de puits individuels (desservant moins de 20 personnes) de faire analyser la qualité de l’eau puisée au moins deux fois par année (MDDELCC, 2015c).

Conséquences

De nombreuses personnes s’approvisionnent en eau potable à partir de l’eau souterraine. La qualité de cette eau doit donc respecter les normes de potabilité. La présence de contaminants peut entraîner des risques pour la santé humaine.

Les nitrites et les nitrates

La principale préoccupation liée à la présence de nitrites et de nitrates dans l’eau potable est la méthémoglobinémie. Les nourrissons représentent la tranche de la population la plus à risque, mais les femmes enceintes sont aussi ciblées. La méthémoglobinémie est une maladie qui se traduit par une réduction du transfert de l’oxygène des poumons vers les tissus. Les nitrites et les nitrates pourraient aussi être impliqués dans des troubles de la glande thyroïde et dans l’occurrence de certains cancers (Santé Canada, 2012).

Les pesticides

Les pesticides sont nombreux et leurs effets peuvent être divers. Ils ont cependant tous en commun de s’attaquer aux fonctions vitales d’une ou de plusieurs espèces cibles. Cependant, ils peuvent aussi agir sur des espèces non ciblées. Parmi les différents effets des pesticides sur l’humain, notons la perturbation du système endocrinien, les troubles reproductifs, l’occurrence de certains cancers et les atteintes génétiques (MSSS, 2015).

Les micro-organismes

Les micro-organismes potentiellement pathogènes pouvant être retrouvés dans l’eau des puits ont une origine essentiellement fécale. Les problèmes occasionnés par la consommation d’une eau contaminée par les coliformes fécaux peuvent aller d’une simple gastro-entérite à l’hépatite ou à la méningite (MDDELCC, 2015c).

L’eau souterraine peut aussi être utilisée pour irriguer les champs ou abreuver le bétail. Les producteurs doivent se référer aux Recommandations pour la qualité des eaux au Canada, publiées par le Conseil canadien des ministres de l’environnement, pour savoir si l’eau qu’ils utilisent convient à cet usage (MDDELCC, 2015d).

Conclusion (limites et données manquantes)

Dans les secteurs où l’eau souterraine est utilisée comme eau potable, une attention particulière doit être portée à la préservation de sa qualité.

« Avec les données aujourd’hui disponibles, il convient de tenir compte des contextes hydrogéologiques et des zones de recharge et de vulnérabilité ainsi que de toutes autres informations pertinentes pour s’assurer que les projets de développement et d’urbanisme ainsi que les installations agricoles ne représentent pas un risque pour la contamination de l’eau souterraine » (Carrier et coll., 2013a).

Les données du PACES doivent donc être intégrées dans les Schémas d’aménagement et de développement des MRC. De plus, les différents indicateurs développés pourront aider à mieux utiliser les données récoltées, qui sont relativement complexes.