Constat général

Les pesticides visent à limiter la présence ou à détruire un organisme que l’on considère comme indésirable ou nuisible (insecte, champignon, mauvaise herbe). Ils peuvent être constitués de substances chimiques, biologiques ou d’origine naturelle. Lorsque les pesticides sont appliqués, ils peuvent contaminer l’environnement, dont l’eau, et avoir des impacts sur les autres organismes non visés, dont l’être humain (Giroux, 2010). La présence de pesticides est principalement étudiée en milieu agricole et par l’apport lié à une activité récréative, le golf. L’utilisation de pesticides est préoccupante, puisqu’ils se retrouvent en grande quantité dans les cours d’eau (voir Portrait section B.4.6).

Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

La rivière des Hurons fait l’objet d’un suivi constant par rapport aux pesticides. Les études de Giroux et coll. (2010; 2004) révèlent la présence d’un grand nombre de pesticides dans la rivière des Hurons. En effet, jusqu’à 29 pesticides différents y ont été détectés. Les produits que l’on retrouve le plus souvent sont, dans l’ordre, les herbicides métolachlore, atrazine, bentazone, dicamba, glyphosate et imazéthapyr. Plusieurs autres herbicides, des insecticides et un fongicide ont également été détectés.

De 2005 à 2007, de 10 à 37 % des échantillons ont montré un dépassement des critères de qualité de l’eau pour la protection des espèces aquatiques (toxicité chronique). Les produits pour lesquels ces dépassements sont observés, qui sont aussi, par le fait même, les plus susceptibles de nuire aux espèces aquatiques, sont l’insecticide chlorpyrifos (critère dépassé dans 10,7 % des échantillons en moyenne), l’herbicide atrazine (critère dépassé dans 7,2 % des échantillons) et les insecticides diazinon et carbaryl (critère dépassé dans 1,6 % des échantillons).

Tendance de dépassement

Globalement, on n’observe aucune tendance en ce qui concerne les dépassements de critères de qualité de l’eau dans la rivière des Hurons pour la campagne d’échantillonnage allant de 1992 à 2010. On constate néanmoins certaines tendances lorsque les pesticides sont pris séparément. On observe ainsi des baisses significatives des concentrations en atrazine, S-métolachlore, dicamba et bentazone. En contrepartie, l’imazéthapyr et le glyphosate ont connu des hausses (Giroux et Pelletier, 2012).

Tendance de détection

Une autre tendance se dégageant du rapport de 2012 de Giroux et Pelletier est que la détection du glyphosate et de son produit de dégradation AMPA, de l’imazéthapyr, du flumetsulame et du rimsulfuron (tous des herbicides) a connu une hausse entre les campagnes 2005-2007 et 2008-2010.

Dépassements des critères

Pour le suivi 2008-2010, neuf pesticides ont dépassé l’un ou l’autre critère (protection de la vie aquatique, irrigation des cultures) (voir tableau B.13 dans la section Eau du Portrait). Il s’agit des herbicides atrazine, dicamba, MCPA et linuron, ainsi que des insecticides carbaryl, carbofurane, chlorpyrifos, diazinon et azinphos-méthyl (Giroux, 2012).

La rivière L’Acadie a fait l’objet d’un suivi des pesticides à l’été 2013. Au total, 25 pesticides et produits de dégradation y ont été détectés (Giroux, 2014). Seule l’atrazine a montré un dépassement pour le critère de qualité de l’eau pour la protection des espèces aquatiques, mais ce dépassement représentait une mesure d’atrazine neuf fois plus élevée que la valeur du critère.

Finalement, la détection de l’herbicide cyanazine dans la rivière des Hurons est troublante, d’autant plus que son utilisation est interdite depuis 2001.

Les golfs sont réputés pour utiliser une grande quantité de pesticides. La Montérégie est la région qui en compte le plus. Les territoires du bassin versant et de la zone Saint-Laurent en comptent à eux seuls 26. Un suivi environnemental des pesticides près des terrains de golf a été réalisé de 2009 à 2011, mais aucun des cours d’eau échantillonnés n’est présent sur le territoire. Toutefois, certains pesticides communément utilisés sur les terrains de golf se retrouvent parmi ceux identifiés dans les rivières des Hurons et L’Acadie. Cependant, en l’absence de tout suivi, il est impossible d’en déterminer la provenance.

Causes potentielles

La vocation agricole du bassin versant laisse peu de doute quant à la provenance de la majorité des pesticides retrouvés dans les cours d’eau. Néanmoins, ceux-ci peuvent aussi provenir des terrains de golf ou des territoires urbains. Cependant, aucune étude spécifique n’a été réalisée sur le territoire pour les terrains de golf.

L’augmentation de la détection du glyphosate pourrait bien refléter l’augmentation de son utilisation, principalement due à la présence de semences Roundup Ready. Les augmentations d’imazéthapyr seraient quant à elles liées à l’augmentation des superficies où se pratique la culture du soya.

L’atrazine étant facilement lessivé, l’important dépassement observé dans les eaux de la rivière L’Acadie pourrait s’expliquer par les fortes pluies ayant débuté la veille de l’échantillonnage du 11 juin.

On est aussi en droit de se questionner sur l’application de la loi sur les pesticides et sur le respect des distances d’éloignement des cours d’eau (voir tableau B.14 dans la section Eau du Portrait).

Conséquences

Les pesticides sont des substances créées dans le but d’interférer avec le cycle vital de différentes espèces. Elles peuvent donc agir sur des espèces non ciblées. La présence de pesticides dans les eaux de surface est reconnue pour en modifier les communautés (Giroux, 2012). Aussi, on en sait encore peu sur les effets synergiques engendrés par la présence de plusieurs pesticides.

On sait néanmoins que la présence de glyphosate dans les eaux de surfaces peut encourager la prolifération de cyanobactéries. Les amphibiens semblent particulièrement sensibles à la présence de pesticides dans l’eau et on remarque de nombreux effets sur différentes espèces. De plus, une diminution de la production totale d’œufs a été observée chez les poissons.

Finalement, il ne faut pas oublier le phénomène de bioaccumulation que l’on peut rencontrer. Le phénomène de bioaccumulation des pesticides organochlorés serait d’ailleurs responsable de la diminution des populations de faucon pèlerin (MFFP, 2010).

Conclusion (limites et données manquantes)

Seule la rivière des Hurons fait état d’un suivi continu de la présence de pesticides dans l’eau. La rivière L’Acadie n’a été suivie que pendant une année. Ainsi, sur l’ensemble des autres tributaires de la rivière Richelieu et du fleuve Saint-Laurent, il n’est pas possible de faire un constat réel de l’apport en pesticides. La contamination hydrique par les pesticides est préoccupante, d’autant plus qu’ils peuvent se retrouver dans les réseaux de distribution d’eau potable.