Constat général

La turbidité est la mesure de la présence dans l’eau de fines particules ayant la faculté de réfracter la lumière. Ces particules peuvent être d’origine organique ou inorganique (algues en décomposition, argile, etc.). La turbidité a été retirée du calcul de l’IQBP, car elle peut être influencée par la physique des sols des différentes régions du Québec. Il est donc impossible de procéder à des comparaisons entre les différentes stations. Le comparatif effectué année après année à un même endroit n’en demeure pas moins tout à fait approprié et permet de suivre l’amélioration ou la dégradation de la qualité de l’eau à un endroit donné. Il n’existe pas de critère de qualité pour la turbidité.

Les matières en suspension (MES) peuvent être composées de limon, d’argile et de fines particules de matière organique et inorganique (Hébert, 2000; Conseil canadien des ministres de l’environnement, 2004). Le critère de qualité pour les eaux de surface est fixé à 13 mg/l.

Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

Bien qu’il n’existe pas de critère de qualité de l’eau associé à la turbidité, la tendance à la hausse observée dans chacune des stations Réseau-rivières du territoire du bassin versant de la rivière Richelieu est préoccupante. En contrepartie, les résultats de turbidité obtenus lors des échantillonnages des stations Réseau-fleuve ne suscitent aucune inquiétude. En ce qui a trait aux MES, l’IQBP indique une eau de bonne qualité aux stations Lacolle, Sainte-Thérèse, Varennes et Tracy et une eau jugée satisfaisante aux stations de Saint-Jean-sur-Richelieu, Saint-Charles-sur-Richelieu et L’Acadie (voir Portrait section Eau). La station de Contrecœur est la seule à présenter un indice qualifié de douteux, alors que les stations de Sorel et de la rivière des Hurons font état d’un indice qualifié respectivement de mauvais et de très mauvais.

On observe cependant des dépassements pouvant parfois nuancer la qualité de l’indice observé (figure 3). Ainsi, la rivière L’Acadie présente davantage de dépassements et ceux-ci sont de plus grande amplitude que ceux observés à Sorel.

Sur la rivière aux Pins, les résultats varient en fonction des stations. On retient toutefois que la station 2 obtient un indice qualifié de très mauvais pour les MES. Les stations 3, 5 et 6 obtiennent, quant à elles, un indice qualifié de mauvais. Pour ce qui est de la turbidité, les pires résultats (très mauvaise qualité) ont été obtenus aux stations 5 et 6.

Figure 3 Pourcentage d’échantillons ayant dépassé le critère de qualité pour les MES de 2011 à 2013 et amplitude moyenne observée

Causes potentielles

Les matières en suspensions peuvent avoir différentes sources, comme les activités agricoles et forestières, les rejets industriels et municipaux, le ruissellement urbain et les retombées de matières atmosphériques (Hébert, 2000). 

Encore une fois, les débits importants retrouvés dans le fleuve Saint-Laurent permettent une dilution importante des contaminants, ce qui peut expliquer, du moins en partie, les résultats satisfaisants qu’on y observe. La réalité des affluents et de la rivière Richelieu est toute autre. Les causes peuvent être multiples : l’érosion des sols, la vocation agricole du bassin versant, les superficies importantes dédiées aux cultures de grands interlignes, les pratiques culturales, etc. Les cultures de grands interlignes ont la particularité de laisser une importante proportion de sols à nu entre les rangs, ce qui rend les champs particulièrement vulnérables à l’érosion (Racine, 1999). Aussi, les bandes riveraines, lorsqu’elles existent, sont généralement inférieures aux 3 m exigés dans les zones agricoles et ne permettent pas de filtrer les particules de sol en provenance des terres avant qu’elles n’arrivent aux cours d’eau. La pauvreté des bandes riveraines a aussi pour incidence de diminuer la stabilisation des berges et d’en accélérer l’érosion. Ces pressions se font particulièrement sentir dans les stations L’Acadie et Hurons.

Les effluents des stations d’épuration peuvent aussi représenter une cause non négligeable de turbidité. Plusieurs stations sont d’ailleurs présentes sur le territoire du bassin versant. Même si elles sont conformes aux exigences ministérielles, elles peuvent déverser des charges importantes de particules fines associées à la turbidité.

Les stations Saint-Jean-sur-Richelieu et Sorel sont les plus sujettes à ce genre de problème compte tenu de leur démographie.

La station Contrecœur pourrait aussi être affectée, peut-être en raison de la faible envergure du chenal entre les îles de Contrecœur et la rive, mais également à cause de la proximité des ouvrages de surverse.

Les stations L’Acadie et Hurons, qui comptent quelques stations d’épuration, pourraient aussi être affectées. Dans une moindre mesure, les terrains de camping pourraient aussi contribuer aux concentrations observées.

L’accroissement urbain a aussi une incidence sur la turbidité de l’eau. Les égouts pluviaux recueillent les eaux de pluie des surfaces imperméables et les rejettent dans les cours d’eau sans aucun traitement préalable. Ces eaux de pluie apportent avec elles une charge de sédiments importante. Encore une fois, les stations Saint-Jean-sur-Richelieu, Sorel et Contrecœur seraient les plus touchées.

Dans la rivière aux Pins, les concentrations observées à la station 2 seraient le résultat du ruissellement urbain, alors que les stations 5 et 6 seraient touchées par l’érosion des terres en culture.

Conséquences

La concentration en MES dans l’eau et la turbidité peuvent engendrer différents problèmes pour la vie aquatique, notamment l’abrasion des branchies, le colmatage des frayères et la réduction de la zone euphotique (Conseil canadien des ministres de l’environnement, 2002). Une trop grande concentration en MES s’accompagne souvent d’une turbidité pouvant induire un réchauffement de l’eau et dégrader du même coup l’habitat pour les espèces d’eau froide (Hébert, 2000). L’augmentation de la turbidité dans les cours d’eau du bassin versant est donc un phénomène préoccupant.

Bien qu’il n’existe pas de critère de qualité pour la turbidité et qu’elle ne présente pas de danger en soi pour la santé, elle peut néanmoins engendrer divers problèmes à différents niveaux. Une forte turbidité peut ainsi entraîner un accroissement des coûts relatifs au traitement de l’eau potable. L’eau doit être filtrée pour atteindre une certaine limpidité, sans quoi les traitements de stérilisation peuvent se révéler moins efficaces. Les pathogènes sont en effet protégés par les fines particules lors de la désinfection (Hébert, 2000; Breune, 2013).

Aussi, l’apport de fines particules contribue au colmatage des frayères. Les œufs des différentes espèces, qui sont souvent déposés à même le substrat des cours d’eau, bénéficient des espaces présents entre les particules plus grosses, comme le gravier, pour obtenir l’oxygène dont ils ont besoin. Un colmatage de ces interstices aura pour effet d’asphyxier les œufs.

Finalement, les particules irritent les branchies et provoquent chez des problèmes respiratoires chez les poissons (Hébert, 2000; Conseil canadien des ministres de l’’environnement, 2002).

Ce constat est d’autant plus alarmant lorsqu’on sait que les rivières L’Acadie et des Hurons se déversent à proximité d’habitats du chevalier cuivré. Il en va de même pour la rivière aux Pins, dont la frayère est considérée comme l’une des plus importantes en amont du lac Saint-Pierre, ce qui lui vaut d’être surnommée la pouponnière du fleuve (Ville de Boucherville, 2010).

Conclusion (limites et données manquantes)

On constate une tendance à la hausse de la turbidité pour toutes les stations du Réseau-rivières et du Réseau-fleuve, ce qui est préoccupant. Les matières en suspension sont quant à elles stables dans l’ensemble des cours d’eau à l’exception des tributaires de la rivière Richelieu, où l’on observe une tendance à la hausse.

Des pratiques culturales permettant de contrer ou de diminuer l’érosion des sols sont possibles. Outre la bonification des bandes riveraines, on peut citer le travail réduit, le semis direct, les cultures intercalaires et de couverture ainsi que les rotations de cultures. Les aménagements hydroagricoles sont aussi à préconiser.

Le développement de structures plus performantes et mieux adaptées aux épisodes climatiques extrêmes pourrait certainement contribuer à la réduction de la turbidité des cours d’eau du bassin versant.