Constat général

Les coliformes fécaux ou thermotolérants sont des bactéries présentes dans les intestins des animaux endothermes. On les retrouve donc naturellement dans l’environnement et leur présence peut indiquer une contamination du milieu par des fèces. Le terme fécal peut cependant être exclusif, ce qui fait que beaucoup lui préfèrent celui de thermotolérant. Cela signifie que la présence de ce type de bactéries dans les eaux de surface peut être due non seulement à un apport en matières fécales, mais aussi à des effluents industriels, notamment dans les secteurs des pâtes et papiers et de la transformation alimentaire. Les coliformes fécaux ne sont pas problématiques en eux-mêmes, mais ils sont des organismes indicateurs de la présence d’autres bactéries, virus et/ou protozoaires potentiellement pathogènes (Institut national de santé du Québec, 2003).

Il existe deux critères de qualité des eaux de surface en ce qui concerne les coliformes fécaux. Pour un contact primaire, comme la baignade, on recommande une concentration maximale de 200 UFC/100 ml d’eau. Pour un contact secondaire, comme le canotage ou la pêche, la concentration maximale recommandée grimpe à 1 000 UFC/100 ml.

Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

Dans la rivière Richelieu, les concentrations en CF vont en diminuant de l’amont vers l’aval, exception faite de la station Lacolle, où aucun dépassement de critères n’a été observé (figure 2). À Saint-Jean-sur-Richelieu, près de la moitié des échantillons ont montré des dépassements. L’amplitude moyenne pouvait atteindre jusqu’à 2,4 fois le critère de qualité pour le contact indirect.

Si les dépassements ont été moins fréquents à Saint-Charles-sur-Richelieu (seulement un tiers des échantillons), l’amplitude moyenne étonne avec des concentrations approchant les 3 000 UFC/100 ml. On remarque ensuite une diminution des dépassements et de l’amplitude pour la station de Sorel.

Les tributaires sont encore une fois davantage touchés par les dépassements et l’amplitude des CF. La rivière des Hurons a connu des dépassements du critère pour le contact indirect dans plus de la moitié de ses échantillons. Si la rivière L’Acadie a connu moins de dépassements, l’amplitude moyenne de ceux-ci s’est révélée être la plus élevée de toutes les stations.

Sur le fleuve, les stations de Varennes et Contrecœur ont connu peu de dépassements, et seulement pour le critère de 200 UFC/100 ml. La station de Sainte-Thérèse a quant à elle dépassé le critère de 1 000 UFC/100 ml avec une amplitude de 2,7. À Tracy, les dépassements se produisent à une fréquence supérieure à 50 %, mais l’amplitude du dépassement observée pour le critère de 1 000 UFC/100 ml demeure somme toute assez faible en comparaison avec les autres stations du graphique.

En ce qui a trait à la rivière aux Pins, les échantillonnages effectués dans les six stations font état d’une eau dont la qualité va de satisfaisante à bonne.

Figure 2 Pourcentage d’échantillons ayant dépassé les critères de qualité pour les coliformes fécaux de 2011 à 2013 et amplitude moyenne observée

Causes potentielles

Il existe plusieurs sources potentielles de contamination en coliformes fécaux ou thermotolérants. La première source est la contamination par les matières fécales. Celles-ci peuvent provenir des rejets des stations d’épuration, des égouts pluviaux, des installations septiques non conformes et de l’entreposage inadéquat et de l’épandage des fumiers et lisiers (Hébert, 2000; Institut national de santé du Québec, 2003).

Les coliformes thermotolérants peuvent aussi être issus de rejets industriels, notamment dans les secteurs de la transformation alimentaire (Institut national de santé du Québec, 2003).

Les périodes auxquelles les dépassements sont observés peuvent donner des indices quant aux sources de contamination. Par exemple, les concentrations en coliformes fécaux dans la rivière L’Acadie sont particulièrement élevées en début d’été et à l’automne. Le sous-bassin de la rivière L’Acadie étant à vocation fortement agricole et ces périodes correspondant aux épandages de fumier, il est légitime de suspecter que cette pratique est responsable des dépassements de forte amplitude. Néanmoins, les dépassements du critère de 200 UFC/100 ml se produisent tout au long de l’année, ce qui laisse penser que les rejets des stations d’épuration et/ou industriels sont aussi impliqués.

Les dépassements observés dans la rivière des Hurons sont fréquents et de forte amplitude. Aucune tendance ne semble s’en dégager. En plus d’être fortement agricole, le bassin de la rivière des Hurons compte plusieurs stations d’épuration dont les rejets pourraient contribuer aux fortes concentrations observées, surtout en période hivernale.

Dans la rivière Richelieu, les concentrations décroissent de l’amont vers l’aval à partir de la station de Saint-Jean-sur-Richelieu. Puisque les stations de Sorel et de Saint-Jean-sur-Richelieu se trouvent en milieu urbain, on suspecte les effluents municipaux et industriels d’être à l’origine de ce dépassement. On se serait cependant attendu à une plus grande fréquence de dépassement pour la ville de Sorel. L’emplacement stratégique de la station d’échantillonnage, située près de la prise d’eau potable de la ville, pourrait expliquer en partie ces résultats.

Conséquences

Les critères de qualité de l’eau associés aux coliformes fécaux concernent la santé publique. Comme il s’agit d’un indice de contamination microbienne, il est ici question du risque d’entrer en contact avec des organismes potentiellement pathogènes. Aussi, une eau contaminée restreint les usages possibles. Les activités impliquant un contact direct avec l’eau, comme la baignade, sont compromises dès que les concentrations en coliformes fécaux dépassent les 200 UFC/100 ml. Ainsi, compte tenu des dépassements de critère observés, aucune activité impliquant un contact direct avec l’eau ne devrait être pratiquée dans les rivières des Hurons et L’Acadie, et ce, à tout moment de l’année.

Le deuxième critère de qualité concerne les concentrations en coliformes fécaux de plus de 1 000 UFC/100 ml. Dans ce cas, il est recommandé de s’abstenir de pratiquer des activités récréatives impliquant un contact indirect avec l’eau, comme la pêche et le canotage. Ces activités devraient donc être proscrites tout au long de l’année dans la rivière des Hurons compte tenu des dépassements fréquents pour ce critère.

La rivière Richelieu étant grandement utilisée pour la navigation de plaisance, nombreux sont ceux qui y pêchent ou s’y baignent. Comme les concentrations en coliformes fécaux ne font pas l’objet d’un suivi serré comme c’est le cas pour le réseau-plage et que les données recueillies lors de l’échantillonnage de l’IQBP ne sont pas diffusées immédiatement, les plaisanciers s’exposent sans le savoir à des risques pour leur santé.

Conclusion (limites et données manquantes)

Plusieurs dépassements sont observés sur le territoire. Or, comme ces résultats ne sont pas diffusés, les utilisateurs des cours d’eau à des fins récréatives s’exposent à des risques pour leur santé.

Les données relatives aux industries présentes sur le territoire sont encore insuffisantes. Une acquisition de connaissances dans ce domaine serait souhaitable afin de connaître les pressions exercées sur les cours d’eau.

Aussi, une analyse comparative plus fine des résultats obtenus en parallèle avec les événements climatiques extrêmes devrait être effectuée, car les fontes printanières et les fortes pluies pourraient avoir une incidence sur les résultats observés.

Encore une fois, il serait utile de connaître le nombre et l’emplacement des installations sanitaires déficientes pour faciliter l’analyse des résultats.