1.1 Eau de surface

En plus d’être une source d’approvisionnement en eau potable pour une majorité de citoyens sur le territoire, l’eau de surface constitue un milieu de vie essentiel pour la biodiversité. La préservation de sa qualité est donc primordiale. Lorsqu’on parle de la qualité de l’eau, on fait référence à ses caractéristiques physicochimiques et microbiologiques. Le paramètre utilisé afin d’évaluer la qualité de l’eau est l’indice de qualité bactériologique et physicochimique (IQBP). L’IQBP permet une appréciation rapide et synthétique de l’état de la qualité de l’eau, mais une étude attentive des données non transformées est nécessaire à la détermination des sources potentielles de pollution. Cet indice est présenté dans la section Eau du Portrait. Le calcul de l’IQBP6 est fondé sur six paramètres (phosphore total, nitrites et nitrates, coliformes fécaux, chlorophylle a, azote ammoniacal et matières en suspension). Sur le territoire, dix stations (six dans le bassin versant de la rivière Richelieu et quatre dans le fleuve Saint-Laurent) permettent de dégager les tendances sur dix ans des concentrations des différents contaminants analysés. Les analyses des données de ces stations, donnent également la fréquence des dépassements observés ainsi que leur amplitude moyenne, rendant ainsi possible l’identification de certaines sources potentielles de détérioration de la qualité de l’eau.

La qualité de l’eau de la rivière aux Pins, située dans la zone Saint-Laurent, a aussi fait l’objet d’un suivi en 2013. Puisque cette station ne fait pas partie du Réseau-rivières, le protocole d’échantillonnage varie quelque peu et la plupart des analyses n’ont pas encore été effectuées relativement aux dépassements et à leurs amplitudes (voir Portrait section B. 4.4.1).

Les tendances observées pour la période 2002 à 2011 indiquent que les critères sont généralement assez stables et que la concentration en phosphore a même diminué significativement pendant cette période (tableau 1), mais des dépassements sont fréquemment observés pour plusieurs paramètres et dans plusieurs stations.

Tableau 1  Tendances de l’IQBP de 2002 à 2011

Station Phosphore total Azote ammoniacal Nitrites et nitrates Azote total MES Turbidité CF Chl a
Stations Réseau-rivières Richelieu
Lacolle
Saint-Jean-sur-Richelieu
Saint-Charles-sur-Richelieu
Sorel
Stations Réseau-rivières tributaires
Rivière des Hurons
Rivière L’Acadie
Stations Réseau-fleuve
Île Sainte-Thérèse
Varennes
Contrecœur
Tracy

 : Tendance des concentrations à la baisse;  : Pas de changement significatif;  : Tendance des concentrations à la hausse

                                                                              Source : Banque de données sur la qualité du milieu aquatique (BQMA), MDDELCC, 2015a.

1.1.1 Phosphore

1.1.1.1 Constat général

Le phosphore est un nutriment essentiel à la croissance des végétaux. Il est le principal facteur limitant pour la végétation aquatique en milieu dulcicole (Breune, 2013; Breune et Bibeau, 2013). Il se retrouve naturellement en faible concentration dans les eaux de surface, limitant ainsi la croissance des algues et des plantes aquatiques. Conséquemment, même un faible apport en phosphore dans un milieu aquatique peut engendrer une prolifération des végétaux présents dans le milieu. Le phosphore est donc en grande partie responsable de l’eutrophisation des cours d’eau et de la prolifération des cyanobactéries (Breune, 2013). Le critère de qualité pour les eaux de surface est de 0,03 mg/l (gouvernement du Québec, 2002).

1.1.1.2 Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

Les résultats obtenus pour les concentrations en phosphore dépeignent une eau de qualité pour toutes les stations échantillonnées, à l’exception des stations de Sorel (satisfaisante), de la rivière L’Acadie (mauvaise) et de la rivière des Hurons (très mauvaise). En ce qui concerne la rivière aux Pins, seule la station 1 fait état d’un indice de faible qualité, les cinq autres ayant obtenu un indice qualifié de très mauvais (voir Portrait section Eau).

La station Lacolle est située au début de la portion canadienne du bassin versant. Les résultats obtenus témoignent donc de la qualité de l’eau en provenance de la portion américaine. Les concentrations en phosphore de l’eau de la station Lacolle sont demeurées stables pendant la période 2002-2011 (tableau 1) et n’ont pas dépassé le critère de qualité de 0,03 mg/l pendant la campagne d’échantillonnage 2011-2013 (figure 1).

Figure 1    Pourcentage d’échantillons ayant dépassé le critère de qualité pour le phosphore de 2011 à 2013 et amplitude moyenne observée

Les résultats pour la station de Saint-Jean-sur-Richelieu montrent que la qualité de l’eau se détériore dans la portion québécoise du bassin. Bien que les concentrations soient demeurées stables sur une période de 10 ans, on note que plus du quart des échantillons dépassaient le critère de qualité pour une amplitude moyenne de 2,4.

La station située à Saint-Charles-sur-Richelieu indique une diminution des concentrations en phosphore par rapport aux données de Saint-Jean-sur-Richelieu. Seuls deux échantillons ont fait état d’un dépassement du critère de qualité pour la période 2011-2013, avec une amplitude moyenne inférieure à 2. Le léger élargissement que connait la rivière à cet endroit pourrait expliquer cette baisse.

On observe en revanche une augmentation des dépassements à la station de Sorel par rapport aux stations situées plus en amont, mais l’amplitude moyenne observée est inférieure à celle de Saint-Jean-sur-Richelieu.

En ce qui a trait aux tributaires de la rivière Richelieu, les deux stations des rivières des Hurons et L’Acadie font état de dépassements pour 100 % des échantillons récoltés, avec des amplitudes moyennes de près de six à sept fois le critère de qualité. Si les concentrations en phosphore semblent à la baisse dans la rivière des Hurons, elles sont stables dans la rivière L’Acadie.

Le phosphore est cependant assez peu préoccupant dans les stations du Réseau-fleuve. En trois ans, la station de Contrecœur a été la seule à enregistrer des dépassements de critère et leur amplitude était somme toute assez modeste.

1.1.1.3 Causes potentielles

Les activités anthropiques représentent des sources importantes de phosphore (Environnement Canada, 2013). Le phosphore est présent dans différents produits comme les détergents, les engrais et les fertilisants. Les principales sources de contamination par le phosphore sont les rejets municipaux, l’industrie agroalimentaire, les activités agricoles, les fosses septiques et le ruissellement urbain (Hébert, 2000). Les terrains de camping peuvent aussi être responsables d’une partie du phosphore retrouvé dans l’eau. Soulignons que les effluents industriels sont souvent pris en charge par le système d’égouts de la ville-hôte et qu’ils doivent par conséquent être considérés dans les rejets municipaux.

Les concentrations en phosphore dans l’eau peuvent également varier en fonction de la source de rejet. Ainsi, les concentrations en phosphore seront plus élevées en période d’étiage si elles sont issues de rejets ponctuels. Par contre, si la source est diffuse, les concentrations auront tendance à augmenter suite à une précipitation (Mailhot, 2002).

Les dépassements importants enregistrés dans les stations de Saint-Jean-sur-Richelieu et de Sorel par rapport aux deux autres stations de la rivière Richelieu suggèrent des sources de contamination d’origine municipale. Même si elles respectent les critères gouvernementaux imposés en matière de rejet, les stations d’épuration peuvent, par leurs effluents, charrier des charges en phosphore considérables et donner lieu à des enregistrements de surverses. Aussi, une station d’épuration se conformant aux critères exigés demeure néanmoins une source de contamination potentiellement élevée. En outre, considérant l’étendue des surfaces imperméables en milieu urbain, les égouts pluviaux peuvent larguer d’importantes charges de phosphore suite à un épisode de précipitations important.

La station de Saint-Charles-sur-Richelieu n’a connu que deux dépassements en 2011, dont un en hiver, ce qui laisse supposer qu’ils pourraient être attribuables aux rejets des stations d’épuration en amont ainsi qu’à une baisse de débit aux dates d’échantillonnage.

Les causes sont moins bien définies en ce qui a trait aux stations des rivières des Hurons et L’Acadie, des cours d’eau dont les débits sont nettement inférieurs à celui de la rivière Richelieu. Les stations d’échantillonnage se trouvent à l’embouchure de chacune des rivières et témoignent de la dégradation de la qualité de l’eau dans leur bassin respectif. Ces deux sous-bassins étant à vocation fortement agricole, la caractérisation des berges de la rivière L’Acadie a démontré que la majorité des bandes riveraines du territoire ne respectaient pas la réglementation en vigueur en milieu agricole. Aussi, l’enrichissement des cours d’eau par les pratiques agricoles ne fait aucun doute. La contribution des ouvrages d’assainissement ne doit cependant pas être sous-estimée. Plusieurs stations d’épuration déversent leurs effluents dans ces deux rivières, contribuant ainsi à l’augmentation des charges en phosphore. Il en va de même pour les terrains de camping. L’existence d’installations septiques non conformes est aussi à suspecter pour ces deux tributaires.

Les concentrations de phosphore observées sur le fleuve sont peu préoccupantes. Des dépassements ont seulement été observés à la station de Contrecœur. Compte tenu de la position de cette station, les rejets municipaux en sont probablement responsables.

Finalement, la rivière aux Pins est bordée par les milieux urbain et agricole, et aucune station d’épuration ne s’y déverse. Puisqu’aucune différence significative n’a été observée entre les échantillonnages effectués suite à une pluie et ceux effectués par temps sec, la contamination de la rivière aux Pins par le phosphore pourrait être d’origine à la fois ponctuelle et diffuse.

1.1.1.4 Conséquences

Le phosphore en lui-même n’est pas toxique pour l’homme, mais il est souvent pointé du doigt lorsqu’il est question d’eutrophisation des cours d’eau. La prolifération d’algues due à de trop fortes concentrations en phosphore peut entraîner une contamination de l’eau par les toxines algales (Environnement Canada, 2013). En plus d’être parfois dommageable pour la faune aquatique, la prolifération d’algues et de plantes aquatiques participe à la dégradation esthétique des cours d’eau et peut nuire aux activités humaines comme la baignade, la pêche et la navigation (Conseil canadien des ministres de l’environnement, 2004). De plus, la décomposition de la végétation aquatique entraîne une consommation en oxygène importante pouvant être létale pour la vie aquatique.

1.1.1.5 Conclusion (limites et données manquantes)

L’évolution des concentrations en phosphore dans la rivière Richelieu montre clairement que la dégradation de la qualité de l’eau pour ce paramètre est d’origine québécoise. Les concentrations en phosphore dans les cours d’eau échantillonnés du bassin versant et de la zone sont généralement stables, à l’exception de la rivière des Hurons, qui a connu une diminution significative sur une période de 10 ans. Néanmoins, les dépassements y demeurent constants et de forte amplitude. Le constat est le même pour la rivière L’Acadie, à la différence que la tendance ne montre aucune amélioration en 10 ans.

Afin d’obtenir un portrait plus précis des sources de contamination en phosphore, il serait intéressant d’avoir un plus grand nombre de stations d’échantillonnage et de répartir celles-ci sur les tributaires de moindre envergure. Il serait également pertinent de connaître le nombre et l’emplacement des installations septiques non conformes.

L’échantillonnage des stations par le MDDELCC s’effectue sur une base mensuelle. Conséquemment, le nombre de dépassements pourrait se révéler être plus optimiste que réaliste. Il serait aussi intéressant d’avoir des stations d’échantillonnage dans d’autres tributaires importants de la rivière Richelieu et du fleuve Saint-Laurent. Cette remarque et celle relative à la fréquence de l’échantillonnage et des dépassements valent pour tous les paramètres mesurés dans le cadre du Réseau-rivières et ne seront donc pas répétées dans les sections suivantes.

Une analyse plus fine des événements météorologiques pourrait aussi être effectuée afin d’identifier avec précision les différentes causes de dépassement du critère.

Bien que stables, les concentrations en phosphore demeurent préoccupantes, particulièrement dans les tributaires de moindre débit. Les problèmes environnementaux induits par des concentrations élevées en phosphore ne sont pas à négliger et des efforts accrus devraient être faits en la matière. Il pourrait être souhaitable de resserrer les exigences en ce qui concerne les rejets des stations d’épuration, d’opter pour des installations pluviales plus performantes et de chercher, à court terme, à réduire de manière significative le nombre d’installations sanitaires non conformes.

L’amélioration de certaines pratiques agricoles et l’application de la réglementation concernant les bandes riveraines devraient être grandement encouragées.

1.1.2 Coliformes fécaux      

1.1.2.1 Constat général

Les coliformes fécaux ou thermotolérants sont des bactéries présentes dans les intestins des animaux endothermes. On les retrouve donc naturellement dans l’environnement et leur présence peut indiquer une contamination du milieu par des fèces. Le terme fécal peut cependant être exclusif, ce qui fait que beaucoup lui préfèrent celui de thermotolérant. Cela signifie que la présence de ce type de bactéries dans les eaux de surface peut être due non seulement à un apport en matières fécales, mais aussi à des effluents industriels, notamment dans les secteurs des pâtes et papiers et de la transformation alimentaire. Les coliformes fécaux ne sont pas problématiques en eux-mêmes, mais ils sont des organismes indicateurs de la présence d’autres bactéries, virus et/ou protozoaires potentiellement pathogènes (Institut national de santé du Québec, 2003).

Il existe deux critères de qualité des eaux de surface en ce qui concerne les coliformes fécaux. Pour un contact primaire, comme la baignade, on recommande une concentration maximale de 200 UFC/100 ml d’eau. Pour un contact secondaire, comme le canotage ou la pêche, la concentration maximale recommandée grimpe à 1 000 UFC/100 ml.

1.1.2.2 Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

Dans la rivière Richelieu, les concentrations en CF vont en diminuant de l’amont vers l’aval, exception faite de la station Lacolle, où aucun dépassement de critères n’a été observé (figure 2). À Saint-Jean-sur-Richelieu, près de la moitié des échantillons ont montré des dépassements. L’amplitude moyenne pouvait atteindre jusqu’à 2,4 fois le critère de qualité pour le contact indirect. Si les dépassements ont été moins fréquents à Saint-Charles-sur-Richelieu (seulement un tiers des échantillons), l’amplitude moyenne étonne avec des concentrations approchant les 3 000 UFC/100 ml. On remarque ensuite une diminution des dépassements et de l’amplitude pour la station de Sorel.

Les tributaires sont encore une fois davantage touchés par les dépassements et l’amplitude des CF. La rivière des Hurons a connu des dépassements du critère pour le contact indirect dans plus de la moitié de ses échantillons. Si la rivière L’Acadie a connu moins de dépassements, l’amplitude moyenne de ceux-ci s’est révélée être la plus élevée de toutes les stations.

Sur le fleuve, les stations de Varennes et Contrecœur ont connu peu de dépassements, et seulement pour le critère de 200 UFC/100 ml. La station de Sainte-Thérèse a quant à elle dépassé le critère de 1 000 UFC/100 ml avec une amplitude de 2,7. À Tracy, les dépassements se produisent à une fréquence supérieure à 50 %, mais l’amplitude du dépassement observée pour le critère de 1 000 UFC/100 ml demeure somme toute assez faible en comparaison avec les autres stations du graphique.

En ce qui a trait à la rivière aux Pins, les échantillonnages effectués dans les six stations font état d’une eau dont la qualité va de satisfaisante à bonne.

Figure 2    Pourcentage d’échantillons ayant dépassé les critères de qualité pour les coliformes fécaux de 2011 à 2013 et amplitude moyenne observée

1.1.2.3 Causes potentielles

Il existe plusieurs sources potentielles de contamination en coliformes fécaux ou thermotolérants. La première source est la contamination par les matières fécales. Celles-ci peuvent provenir des rejets des stations d’épuration, des égouts pluviaux, des installations septiques non conformes et de l’entreposage inadéquat et de l’épandage des fumiers et lisiers (Hébert, 2000; Institut national de santé du Québec, 2003).

Les coliformes thermotolérants peuvent aussi être issus de rejets industriels, notamment dans les secteurs de la transformation alimentaire (Institut national de santé du Québec, 2003).

Les périodes auxquelles les dépassements sont observés peuvent donner des indices quant aux sources de contamination. Par exemple, les concentrations en coliformes fécaux dans la rivière L’Acadie sont particulièrement élevées en début d’été et à l’automne. Le sous-bassin de la rivière L’Acadie étant à vocation fortement agricole et ces périodes correspondant aux épandages de fumier, il est légitime de suspecter que cette pratique est responsable des dépassements de forte amplitude. Néanmoins, les dépassements du critère de 200 UFC/100 ml se produisent tout au long de l’année, ce qui laisse penser que les rejets des stations d’épuration et/ou industriels sont aussi impliqués.

Les dépassements observés dans la rivière des Hurons sont fréquents et de forte amplitude. Aucune tendance ne semble s’en dégager. En plus d’être fortement agricole, le bassin de la rivière des Hurons compte plusieurs stations d’épuration dont les rejets pourraient contribuer aux fortes concentrations observées, surtout en période hivernale.

Dans la rivière Richelieu, les concentrations décroissent de l’amont vers l’aval à partir de la station de Saint-Jean-sur-Richelieu. Puisque les stations de Sorel et de Saint-Jean-sur-Richelieu se trouvent en milieu urbain, on suspecte les effluents municipaux et industriels d’être à l’origine de ce dépassement. On se serait cependant attendu à une plus grande fréquence de dépassement pour la ville de Sorel. L’emplacement stratégique de la station d’échantillonnage, située près de la prise d’eau potable de la ville, pourrait expliquer en partie ces résultats.

1.1.2.4 Conséquences

Les critères de qualité de l’eau associés aux coliformes fécaux concernent la santé publique. Comme il s’agit d’un indice de contamination microbienne, il est ici question du risque d’entrer en contact avec des organismes potentiellement pathogènes. Aussi, une eau contaminée restreint les usages possibles. Les activités impliquant un contact direct avec l’eau, comme la baignade, sont compromises dès que les concentrations en coliformes fécaux dépassent les 200 UFC/100 ml. Ainsi, compte tenu des dépassements de critère observés, aucune activité impliquant un contact direct avec l’eau ne devrait être pratiquée dans les rivières des Hurons et L’Acadie, et ce, à tout moment de l’année.

Le deuxième critère de qualité concerne les concentrations en coliformes fécaux de plus de 1 000 UFC/100 ml. Dans ce cas, il est recommandé de s’abstenir de pratiquer des activités récréatives impliquant un contact indirect avec l’eau, comme la pêche et le canotage. Ces activités devraient donc être proscrites tout au long de l’année dans la rivière des Hurons compte tenu des dépassements fréquents pour ce critère.

La rivière Richelieu étant grandement utilisée pour la navigation de plaisance, nombreux sont ceux qui y pêchent ou s’y baignent. Comme les concentrations en coliformes fécaux ne font pas l’objet d’un suivi serré comme c’est le cas pour le réseau-plage et que les données recueillies lors de l’échantillonnage de l’IQBP ne sont pas diffusées immédiatement, les plaisanciers s’exposent sans le savoir à des risques pour leur santé.

1.1.2.5 Conclusion (limites et données manquantes)

Plusieurs dépassements sont observés sur le territoire. Or, comme ces résultats ne sont pas diffusés, les utilisateurs des cours d’eau à des fins récréatives s’exposent à des risques pour leur santé.

Les données relatives aux industries présentes sur le territoire sont encore insuffisantes. Une acquisition de connaissances dans ce domaine serait souhaitable afin de connaître les pressions exercées sur les cours d’eau.

Aussi, une analyse comparative plus fine des résultats obtenus en parallèle avec les événements climatiques extrêmes devrait être effectuée, car les fontes printanières et les fortes pluies pourraient avoir une incidence sur les résultats observés.

Encore une fois, il serait utile de connaître le nombre et l’emplacement des installations sanitaires déficientes pour faciliter l’analyse des résultats.

1.1.3 Matières en suspension et turbidité

1.1.3.1 Constat général

La turbidité est la mesure de la présence dans l’eau de fines particules ayant la faculté de réfracter la lumière. Ces particules peuvent être d’origine organique ou inorganique (algues en décomposition, argile, etc.). La turbidité a été retirée du calcul de l’IQBP, car elle peut être influencée par la physique des sols des différentes régions du Québec. Il est donc impossible de procéder à des comparaisons entre les différentes stations. Le comparatif effectué année après année à un même endroit n’en demeure pas moins tout à fait approprié et permet de suivre l’amélioration ou la dégradation de la qualité de l’eau à un endroit donné. Il n’existe pas de critère de qualité pour la turbidité.

Les matières en suspension (MES) peuvent être composées de limon, d’argile et de fines particules de matière organique et inorganique (Hébert, 2000; Conseil canadien des ministres de l’environnement, 2004). Le critère de qualité pour les eaux de surface est fixé à 13 mg/l.

1.1.3.2 Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

Bien qu’il n’existe pas de critère de qualité de l’eau associé à la turbidité, la tendance à la hausse observée dans chacune des stations Réseau-rivières du territoire du bassin versant de la rivière Richelieu est préoccupante. En contrepartie, les résultats de turbidité obtenus lors des échantillonnages des stations Réseau-fleuve ne suscitent aucune inquiétude. En ce qui a trait aux MES, l’IQBP indique une eau de bonne qualité aux stations Lacolle, Sainte-Thérèse, Varennes et Tracy et une eau jugée satisfaisante aux stations de Saint-Jean-sur-Richelieu, Saint-Charles-sur-Richelieu et L’Acadie (voir Portrait section Eau). La station de Contrecœur est la seule à présenter un indice qualifié de douteux, alors que les stations de Sorel et de la rivière des Hurons font état d’un indice qualifié respectivement de mauvais et de très mauvais.

On observe cependant des dépassements pouvant parfois nuancer la qualité de l’indice observé (figure 3). Ainsi, la rivière L’Acadie présente davantage de dépassements et ceux-ci sont de plus grande amplitude que ceux observés à Sorel.

Sur la rivière aux Pins, les résultats varient en fonction des stations. On retient toutefois que la station 2 obtient un indice qualifié de très mauvais pour les MES. Les stations 3, 5 et 6 obtiennent, quant à elles, un indice qualifié de mauvais. Pour ce qui est de la turbidité, les pires résultats (très mauvaise qualité) ont été obtenus aux stations 5 et 6.

Figure 3    Pourcentage d’échantillons ayant dépassé le critère de qualité pour les MES de 2011 à 2013 et amplitude moyenne observée

1.1.3.3 Causes potentielles

Les matières en suspensions peuvent avoir différentes sources, comme les activités agricoles et forestières, les rejets industriels et municipaux, le ruissellement urbain et les retombées de matières atmosphériques (Hébert, 2000). 

Encore une fois, les débits importants retrouvés dans le fleuve Saint-Laurent permettent une dilution importante des contaminants, ce qui peut expliquer, du moins en partie, les résultats satisfaisants qu’on y observe. La réalité des affluents et de la rivière Richelieu est toute autre. Les causes peuvent être multiples : l’érosion des sols, la vocation agricole du bassin versant, les superficies importantes dédiées aux cultures de grands interlignes, les pratiques culturales, etc. Les cultures de grands interlignes ont la particularité de laisser une importante proportion de sols à nu entre les rangs, ce qui rend les champs particulièrement vulnérables à l’érosion (Racine, 1999). Aussi, les bandes riveraines, lorsqu’elles existent, sont généralement inférieures aux 3 m exigés dans les zones agricoles et ne permettent pas de filtrer les particules de sol en provenance des terres avant qu’elles n’arrivent aux cours d’eau. La pauvreté des bandes riveraines a aussi pour incidence de diminuer la stabilisation des berges et d’en accélérer l’érosion. Ces pressions se font particulièrement sentir dans les stations L’Acadie et Hurons.

Les effluents des stations d’épuration peuvent aussi représenter une cause non négligeable de turbidité. Plusieurs stations sont d’ailleurs présentes sur le territoire du bassin versant. Même si elles sont conformes aux exigences ministérielles, elles peuvent déverser des charges importantes de particules fines associées à la turbidité. Les stations Saint-Jean-sur-Richelieu et Sorel sont les plus sujettes à ce genre de problème compte tenu de leur démographie. La station Contrecœur pourrait aussi être affectée, peut-être en raison de la faible envergure du chenal entre les îles de Contrecœur et la rive, mais également à cause de la proximité des ouvrages de surverse. Les stations L’Acadie et Hurons, qui comptent quelques stations d’épuration, pourraient aussi être affectées. Dans une moindre mesure, les terrains de camping pourraient aussi contribuer aux concentrations observées.

L’accroissement urbain a aussi une incidence sur la turbidité de l’eau. Les égouts pluviaux recueillent les eaux de pluie des surfaces imperméables et les rejettent dans les cours d’eau sans aucun traitement préalable. Ces eaux de pluie apportent avec elles une charge de sédiments importante. Encore une fois, les stations Saint-Jean-sur-Richelieu, Sorel et Contrecœur seraient les plus touchées.

Dans la rivière aux Pins, les concentrations observées à la station 2 seraient le résultat du ruissellement urbain, alors que les stations 5 et 6 seraient touchées par l’érosion des terres en culture.

1.1.3.4 Conséquences

La concentration en MES dans l’eau et la turbidité peuvent engendrer différents problèmes pour la vie aquatique, notamment l’abrasion des branchies, le colmatage des frayères et la réduction de la zone euphotique (Conseil canadien des ministres de l’environnement, 2002). Une trop grande concentration en MES s’accompagne souvent d’une turbidité pouvant induire un réchauffement de l’eau et dégrader du même coup l’habitat pour les espèces d’eau froide (Hébert, 2000). L’augmentation de la turbidité dans les cours d’eau du bassin versant est donc un phénomène préoccupant.

Bien qu’il n’existe pas de critère de qualité pour la turbidité et qu’elle ne présente pas de danger en soi pour la santé, elle peut néanmoins engendrer divers problèmes à différents niveaux. Une forte turbidité peut ainsi entraîner un accroissement des coûts relatifs au traitement de l’eau potable. L’eau doit être filtrée pour atteindre une certaine limpidité, sans quoi les traitements de stérilisation peuvent se révéler moins efficaces. Les pathogènes sont en effet protégés par les fines particules lors de la désinfection (Hébert, 2000; Breune, 2013).

Aussi, l’apport de fines particules contribue au colmatage des frayères. Les œufs des différentes espèces, qui sont souvent déposés à même le substrat des cours d’eau, bénéficient des espaces présents entre les particules plus grosses, comme le gravier, pour obtenir l’oxygène dont ils ont besoin. Un colmatage de ces interstices aura pour effet d’asphyxier les œufs. Finalement, les particules irritent les branchies et provoquent chez des problèmes respiratoires chez les poissons (Hébert, 2000; Conseil canadien des ministres de l’’environnement, 2002).

Ce constat est d’autant plus alarmant lorsqu’on sait que les rivières L’Acadie et des Hurons se déversent à proximité d’habitats du chevalier cuivré. Il en va de même pour la rivière aux Pins, dont la frayère est considérée comme l’une des plus importantes en amont du lac Saint-Pierre, ce qui lui vaut d’être surnommée la pouponnière du fleuve (Ville de Boucherville, 2010).

1.1.3 5 Conclusion (limites et données manquantes)

On constate une tendance à la hausse de la turbidité pour toutes les stations du Réseau-rivières et du Réseau-fleuve, ce qui est préoccupant. Les matières en suspension sont quant à elles stables dans l’ensemble des cours d’eau à l’exception des tributaires de la rivière Richelieu, où l’on observe une tendance à la hausse.

Des pratiques culturales permettant de contrer ou de diminuer l’érosion des sols sont possibles. Outre la bonification des bandes riveraines, on peut citer le travail réduit, le semis direct, les cultures intercalaires et de couverture ainsi que les rotations de cultures. Les aménagements hydroagricoles sont aussi à préconiser.

Le développement de structures plus performantes et mieux adaptées aux épisodes climatiques extrêmes pourrait certainement contribuer à la réduction de la turbidité des cours d’eau du bassin versant.

1.1.4 Azote

1.1.4.1 Constat général

L’azote total inclut l’azote ammoniacal, les nitrites et les nitrates ainsi que l’azote organique. L’azote est un nutriment essentiel à la croissance des plantes. La mesure de l’azote total permet ainsi d’évaluer le potentiel d’eutrophisation d’un cours d’eau (Breune, 2013). Une trop grande concentration en azote total peut indiquer un enrichissement des cours d’eau. Le critère de qualité de l’eau pour l’azote est fixé à 1 mg/l.

1.1.4.2 Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

L’azote n’est pas préoccupant stations du Réseau-fleuve où aucun dépassement n’a été observé (figure 4). Dans la rivière Richelieu, les seules stations ayant enregistré des dépassements d’amplitude relativement modeste se situent en milieu urbain. Il en va autrement pour les stations situées sur les tributaires de la rivière. Les concentrations en azote total dépassent le seuil de 1 mg/l dans plus des trois quarts des échantillons prélevés. Les concentrations observées dans la rivière des Hurons ont dépassé le critère dans 100 % des cas, avec une amplitude quasi égale à celle de la rivière L’Acadie. On note aussi que les nitrites et les nitrates donnent une qualité douteuse à l’eau des stations de ces deux tributaires.

Aucune mesure de l’azote total n’a été effectuée dans la rivière aux Pins, mais les concentrations en nitrites et nitrates ont été mesurées. Il en ressort que ces paramètres ne sont pas préoccupants pour les eaux de la rivière.

Figure 4    Pourcentage d’échantillons ayant dépassé le critère de qualité pour l’azote total de 2011 à 2013 et amplitude moyenne observée

1.1.4.3 Causes potentielles

La présence d’azote dans l’eau peut avoir des causes multiples, notamment les pertes inhérentes au cycle de l’azote, le lessivage des terres agricoles, les effluents et le ruissellement urbains ainsi que les rejets industriels. Un dépassement du critère de qualité indique cependant une surfertilisation du milieu due aux activités anthropiques (Conseil canadien des ministres de l’environnement, 2009).

Encore une fois, les stations de Saint-Jean-sur-Richelieu et de Sorel se trouvant en milieu urbain, les causes les plus probables de leurs dépassements seraient le ruissellement et les effluents municipaux. À Saint-Jean-sur-Richelieu, les dépassements ont surtout été observés au début des trois années du présent suivi, ce qui pourrait laisser supposer une amélioration dans les infrastructures de la ville ou de l’eau de ruissellement.

Pour les stations Hurons et L’Acadie, les causes peuvent être multiples. D’abord, la présence d’ouvrages d’assainissement le long des deux rivières a un rôle à jouer. Elle pourrait aussi expliquer le fait que des dépassements sont observés tout au long de l’année. Néanmoins, les pics plus importants observés dans les concentrations estivales et automnales laissent supposer un apport non négligeable du milieu agricole. En effet, ces périodes pourraient correspondre à l’épandage de fertilisants chimiques et organiques. Comme les nitrites et les nitrates sont particulièrement solubles et que la végétation le long des cours d’eau est déficiente, on assiste à un lessivage accru de l’azote.

1.1.4.4 Conséquences

En plus de contribuer à l’eutrophisation des cours d’eau par une fertilisation excessive du milieu, l’azote peut, dans certains cas, se révéler toxique pour la vie aquatique. Il n’existe pas de critère fixe pour l’azote ammoniacal, car la toxicité du composé varie selon la température et le pH de l’eau. La rivière des Hurons est la seule station ayant obtenu des concentrations dépassant le critère de qualité variable fixé pour l’azote ammoniacal (Conseil canadien des ministres de l’environnement, 2010; Conseil canadien des ministres de l’environnement, 2009).

Les nitrites et les nitrates (NOX) peuvent eux aussi être toxiques lorsqu’ils atteignent certaines concentrations. Les nitrites se transforment rapidement en nitrates, et les deux sont généralement analysés de concert, même si leur toxicité diffère. Une concentration au-delà du critère de qualité de l’eau de 2,9 mg/l pour les NOX peut se révéler toxique pour la vie aquatique et présenter des risques pour la consommation humaine (Santé Canada, 2012).

Finalement, l’eutrophisation des cours d’eau entraîne une perte esthétique non négligeable.

1.1.4.5 Conclusion (limites et données manquantes)

L’azote semble peu problématique dans le bassin versant de la rivière Richelieu et dans la zone Saint-Laurent. Néanmoins, les concentrations en nitrites et nitrates dans les rivières L’Acadie et des Hurons sont plus élevées qu’ailleurs. Comme le fumier peut être responsable d’un enrichissement en phosphore des eaux, il pourrait être intéressant d’étudier les modes d’épandage pratiqués sur le territoire.

1.1.5 Chlorophylle a

1.1.5.1 Constat général

La chlorophylle a est un pigment végétal utilisé dans la photosynthèse. La concentration en chlorophylle a renseigne donc sur la biomasse phytoplanctonique des cours d’eau. Une forte concentration peut aussi révéler des problèmes d’eutrophisation. Ce paramètre n’est mesuré que six fois par année, de mai à octobre inclusivement. Le critère de qualité pour les eaux de surface est fixé à 8,6 µg/l (MDDELCC, 2015b).

1.1.5.2 Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

Les stations du Réseau-fleuve n’ont pas observé de dépassement, à l’exception de la station de l’Île Sainte-Thérèse, où l’amplitude est en outre assez élevée (figure 5). La situation dans les stations du Réseau-fleuve est néanmoins préoccupante, car les concentrations en chlorophylle a ayant été enregistrées sont à la hausse, exception faite de celles de la station de Contrecœur.

Dans la rivière Richelieu, ce sont encore les stations de Saint-Jean-sur-Richelieu et de Sorel qui font état des concentrations les plus importantes. Fait remarquable, la station de Lacolle a connu un dépassement pour ce critère, le seul observé en trois ans, tous critères confondus. La tendance y est néanmoins à la baisse, alors que les autres stations demeurent stables.

Finalement, c’est encore dans les tributaires de la rivière Richelieu que l’on observe les dépassements les plus importants. La tendance calculée sur une période de 10 ans montre que les concentrations ne tendent ni à croître, ni à décroître.

Pour la rivière aux Pins, une seule station a fait l’objet d’un suivi de la chlorophylle a. Sur les 12 échantillons prélevés, pas moins de huit ont dépassé le critère de qualité des eaux avec une amplitude moyenne de 4.

Figure 5    Pourcentage d’échantillons ayant dépassé le critère de qualité pour le phosphore de 2011 à 2013 et amplitude moyenne observée

1.1.5.3 Causes potentielles

Les dépassements de concentration de la chlorophylle a sont attribuables à un enrichissement du milieu, principalement en phosphore, mais aussi en azote. L’azote étant assez peu problématique dans les cours d’eau du territoire, les causes seraient donc plutôt les mêmes que celles citées plus haut pour le phosphore. Dans le cas de la rivière aux Pins, la position de la station 2 suggère une contamination en phosphore d’origine urbaine. Le faible débit des tributaires du fleuve, comme la rivière aux Pins, et des tributaires de la rivière Richelieu vient amplifier le phénomène. Il a aussi été remarqué que la présence de certains pesticides dans l’eau, comme le glyphosate, pouvait favoriser la croissance de cyanobactéries, car celles-ci y trouvent une source de phosphore (Giroux, 2012).

1.1.5.4 Conséquences

La chlorophylle a est utilisée comme indicateur de la productivité des lacs. Si elle n’est pas problématique en elle-même, sa présence en forte concentration est cependant symptomatique d’un problème d’eutrophisation. L’eutrophisation est souvent comparée à un étouffement des cours d’eau. Elle se manifeste effectivement par une baisse de l’oxygène dissous pouvant être délétère pour la vie aquatique.

Aussi, l’accumulation de matière organique dans les sédiments diminue considérablement la valeur esthétique des cours d’eau et peut causer des odeurs nauséabondes issues de la dégradation anaérobie de la matière organique.

1.1.5.5 Conclusion (limites et données manquantes)

Les concentrations en chlorophylle a sur le territoire sont préoccupantes, d’autant plus que les tendances observées sur 10 ans ne montrent pas de diminution, sauf à la station Lacolle. Les concentrations dans les eaux de la rivière aux Pins sont aussi préoccupantes, mais il serait intéressant d’effectuer un suivi annuel afin de voir s’il y a amélioration ou dégradation pour ce paramètre.

1.1.6 Pesticides

1.1.6.1 Constat général

Les pesticides visent à limiter la présence ou à détruire un organisme que l’on considère comme indésirable ou nuisible (insecte, champignon, mauvaise herbe). Ils peuvent être constitués de substances chimiques, biologiques ou d’origine naturelle. Lorsque les pesticides sont appliqués, ils peuvent contaminer l’environnement, dont l’eau, et avoir des impacts sur les autres organismes non visés, dont l’être humain (Giroux, 2010). La présence de pesticides est principalement étudiée en milieu agricole et par l’apport lié à une activité récréative, le golf. L’utilisation de pesticides est préoccupante, puisqu’ils se retrouvent en grande quantité dans les cours d’eau (voir Portrait section B.4.6).

1.1.6.2 Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

La rivière des Hurons fait l’objet d’un suivi constant par rapport aux pesticides. Les études de Giroux et coll. (2010; 2004) révèlent la présence d’un grand nombre de pesticides dans la rivière des Hurons. En effet, jusqu’à 29 pesticides différents y ont été détectés. Les produits que l’on retrouve le plus souvent sont, dans l’ordre, les herbicides métolachlore, atrazine, bentazone, dicamba, glyphosate et imazéthapyr. Plusieurs autres herbicides, des insecticides et un fongicide ont également été détectés.

De 2005 à 2007, de 10 à 37 % des échantillons ont montré un dépassement des critères de qualité de l’eau pour la protection des espèces aquatiques (toxicité chronique). Les produits pour lesquels ces dépassements sont observés, qui sont aussi, par le fait même, les plus susceptibles de nuire aux espèces aquatiques, sont l’insecticide chlorpyrifos (critère dépassé dans 10,7 % des échantillons en moyenne), l’herbicide atrazine (critère dépassé dans 7,2 % des échantillons) et les insecticides diazinon et carbaryl (critère dépassé dans 1,6 % des échantillons).

Tendance de dépassement

Globalement, on n’observe aucune tendance en ce qui concerne les dépassements de critères de qualité de l’eau dans la rivière des Hurons pour la campagne d’échantillonnage allant de 1992 à 2010. On constate néanmoins certaines tendances lorsque les pesticides sont pris séparément. On observe ainsi des baisses significatives des concentrations en atrazine, S-métolachlore, dicamba et bentazone. En contrepartie, l’imazéthapyr et le glyphosate ont connu des hausses (Giroux et Pelletier, 2012).

Tendance de détection

Une autre tendance se dégageant du rapport de 2012 de Giroux et Pelletier est que la détection du glyphosate et de son produit de dégradation AMPA, de l’imazéthapyr, du flumetsulame et du rimsulfuron (tous des herbicides) a connu une hausse entre les campagnes 2005-2007 et 2008-2010.

Dépassements des critères

Pour le suivi 2008-2010, neuf pesticides ont dépassé l’un ou l’autre critère (protection de la vie aquatique, irrigation des cultures) (voir tableau B.13 dans la section Eau du Portrait). Il s’agit des herbicides atrazine, dicamba, MCPA et linuron, ainsi que des insecticides carbaryl, carbofurane, chlorpyrifos, diazinon et azinphos-méthyl (Giroux, 2012).

La rivière L’Acadie a fait l’objet d’un suivi des pesticides à l’été 2013. Au total, 25 pesticides et produits de dégradation y ont été détectés (Giroux, 2014). Seule l’atrazine a montré un dépassement pour le critère de qualité de l’eau pour la protection des espèces aquatiques, mais ce dépassement représentait une mesure d’atrazine neuf fois plus élevée que la valeur du critère.

Finalement, la détection de l’herbicide cyanazine dans la rivière des Hurons est troublante, d’autant plus que son utilisation est interdite depuis 2001.

Les golfs sont réputés pour utiliser une grande quantité de pesticides. La Montérégie est la région qui en compte le plus. Les territoires du bassin versant et de la zone Saint-Laurent en comptent à eux seuls 26. Un suivi environnemental des pesticides près des terrains de golf a été réalisé de 2009 à 2011, mais aucun des cours d’eau échantillonnés n’est présent sur le territoire. Toutefois, certains pesticides communément utilisés sur les terrains de golf se retrouvent parmi ceux identifiés dans les rivières des Hurons et L’Acadie. Cependant, en l’absence de tout suivi, il est impossible d’en déterminer la provenance.

1.1.6.3 Causes potentielles

La vocation agricole du bassin versant laisse peu de doute quant à la provenance de la majorité des pesticides retrouvés dans les cours d’eau. Néanmoins, ceux-ci peuvent aussi provenir des terrains de golf ou des territoires urbains. Cependant, aucune étude spécifique n’a été réalisée sur le territoire pour les terrains de golf.

L’augmentation de la détection du glyphosate pourrait bien refléter l’augmentation de son utilisation, principalement due à la présence de semences Roundup Ready. Les augmentations d’imazéthapyr seraient quant à elles liées à l’augmentation des superficies où se pratique la culture du soya.

L’atrazine étant facilement lessivé, l’important dépassement observé dans les eaux de la rivière L’Acadie pourrait s’expliquer par les fortes pluies ayant débuté la veille de l’échantillonnage du 11 juin.

On est aussi en droit de se questionner sur l’application de la loi sur les pesticides et sur le respect des distances d’éloignement des cours d’eau (voir tableau B.14 dans la section Eau du Portrait).

1.1.6.4 Conséquences

Les pesticides sont des substances créées dans le but d’interférer avec le cycle vital de différentes espèces. Elles peuvent donc agir sur des espèces non ciblées. La présence de pesticides dans les eaux de surface est reconnue pour en modifier les communautés (Giroux, 2012). Aussi, on en sait encore peu sur les effets synergiques engendrés par la présence de plusieurs pesticides.

On sait néanmoins que la présence de glyphosate dans les eaux de surfaces peut encourager la prolifération de cyanobactéries. Les amphibiens semblent particulièrement sensibles à la présence de pesticides dans l’eau et on remarque de nombreux effets sur différentes espèces. De plus, une diminution de la production totale d’œufs a été observée chez les poissons.

Finalement, il ne faut pas oublier le phénomène de bioaccumulation que l’on peut rencontrer. Le phénomène de bioaccumulation des pesticides organochlorés serait d’ailleurs responsable de la diminution des populations de faucon pèlerin (MFFP, 2010).

1.1.6.5 Conclusion (limites et données manquantes)

Seule la rivière des Hurons fait état d’un suivi continu de la présence de pesticides dans l’eau. La rivière L’Acadie n’a été suivie que pendant une année. Ainsi, sur l’ensemble des autres tributaires de la rivière Richelieu et du fleuve Saint-Laurent, il n’est pas possible de faire un constat réel de l’apport en pesticides. La contamination hydrique par les pesticides est préoccupante, d’autant plus qu’ils peuvent se retrouver dans les réseaux de distribution d’eau potable.

1.1.7 Produits pharmaceutiques et de soins personnels (PPSP)

1.1.7.1 Constat général

La présence de PPSP dans les eaux de surface préoccupe de plus en plus la population. Leur utilisation n’est d’ailleurs pas appelée à décroître. Une étude a été réalisée dans plusieurs cours d’eau de la province afin de documenter la présence de PPSP et d’hormones dans les réseaux d’eau potable. Les produits pharmaceutiques et personnels comprennent les médicaments (d’ordonnance ou non) et les produits d’hygiène personnelle et cosmétiques.

1.1.7.2 Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

La rivière Richelieu a fait l’objet d’un suivi en 2008 et 2009. En tout, 16 PPSP et hormones ont été détectés dans les effluents de la station d’épuration située à Mont-Saint-Hilaire. Parmi ceux-ci, on dénombre trois antibiotiques, deux anti-inflammatoires, un hypolipémiant, un antiseptique, un antiépileptique et six hormones.

1.1.7.3 Causes potentielles

Les PPSP proviennent des effluents des ouvrages d’assainissement. Bien que les produits pharmaceutiques et leurs métabolites puissent se retrouver dans les égouts domestiques après y avoir été rejetés par élimination naturelle, un trop grand nombre de personnes ont encore le réflexe de se débarrasser de leurs médicaments en les jetant dans l’évier ou dans les toilettes.

1.1.7.4 Conséquences

Ces produits sont créés pour agir sur le corps et ne sont donc pas sans risque pour les espèces. Malheureusement, leurs effets et leur synergie sont encore méconnus.

1.1.7.5 Conclusion (limites et données manquantes)

L’intérêt porté à la présence de ces substances dans les eaux de surface est relativement récent et les connaissances de leurs effets, pris individuellement ou en synergie, sont fragmentaires. Il convient donc d’assurer un suivi des nouvelles données qui pourraient nous renseigner davantage sur cette problématique.

1.1.8 Autres contaminants

Il existe d’autres contaminants des eaux de surface qui ne sont pas analysés. On peut citer, entre autres, les métaux, les hydrocarbures, différents produits chimiques d’origine industrielle et les déchets retrouvés sur les plans d’eau et les berges des cours d’eau.

1.1.8.1 Constat général

Hydrocarbures

Les hydrocarbures tirent leur nom de leur composition à base de carbone et d’hydrogène. Les hydrocarbures se présentent sous plusieurs formes (Centre d’expertise en analyse environnementale du Québec, 2013) et peuvent se retrouver dans les eaux du bassin versant et de la zone Saint-Laurent. Un litre d’hydrocarbure peut polluer jusqu’à 1 million de litres d’eau (Canton de Vaud, s.d).

Contaminants industriels

Les industries peuvent être responsables de la présence de différents contaminants dans les eaux de surface. Les critères gouvernementaux relatifs aux rejets industriels indiquent généralement une concentration maximale pour les divers produits rejetés. Une industrie qui se conforme aux exigences gouvernementales en matière de rejets n’en déverse pas moins une eau plus ou moins contaminée dans les cours d’eau ou dans le système d’égouts municipal.

Déchets

Les déchets retrouvés peuvent être de toutes sortes : sacs de plastique, carcasses de voitures, électroménagers, tables à pique-nique, boîtes de conserve, etc.

1.1.8.2 Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

Hydrocarbures

La Société Radio-Canada (Société Radio-Canada, 2015) a récemment mis la main sur un rapport de Transport Canada recensant les déversements ayant eu lieu dans le fleuve Saint-Laurent. Ce document traite uniquement des déversements provoqués par les bateaux et n’aborde donc pas les événements comme celui qui s’est produit à l’usine de pompage de Longueuil en janvier 2015. La carte produite par la société d’État montre une quantité impressionnante de déversements dans le fleuve. On en situe même un à la hauteur du bassin de Chambly.

Contaminants industriels

Différents contaminants (MDDEFP, 2013) sont retrouvés dans la rivière Richelieu et dans le fleuve Saint-Laurent, notamment des biphényles polychlorés (BPC), des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et du polybromodiphényléther (PBDE), un produit utilisé pour ses propriétés ignifuges.

Déchets

Aucune analyse ou campagne de suivi n’a été effectuée pour les différents déchets retrouvés sur le territoire, mais leur présence n’en demeure pas moins bien réelle et visible. Plusieurs corvées de nettoyage ont été effectuées sur le territoire. Il est généralement aisé d’impliquer la population dans de tels événements.

1.1.8.3 Causes potentielles

Hydrocarbures

Les hydrocarbures présents dans l’eau peuvent provenir des rejets industriels, de bris d’équipement (comme à la station de traitement des eaux de Longueuil en janvier 2015), des eaux de ruissellement (par le biais des égouts pluviaux) et des bateaux marchands ou de plaisance.

Contaminants industriels

Bien que les lois se soient resserrées au cours des dernières années, certains produits sont encore rejetés dans l’environnement de façon légale ou accidentelle. En outre, la rémanence de certains produits dans l’environnement les rend encore détectables même si la source de contamination n’existe plus depuis plusieurs années.

Déchets

Les déchets comme on les définit ici sont tous d’origine anthropique. Certains cours d’eau semblent avoir jadis servi de dépotoir, comme en témoigne la diversité des déchets qu’on y retrouve. Différents déchets jetés accidentellement ou délibérément sur le sol peuvent aussi suivre le système d’égouts pluviaux jusqu’au point de rejet. Les agents du COVABAR ont aussi constaté que certains plaisanciers se débarrassaient de leurs ordures en les jetant directement dans la rivière.

1.1.8.4 Conséquences

Hydrocarbures et contaminants industriels

Plusieurs des produits possiblement retrouvés sont toxiques pour la faune en générale et pour l’humain. Leurs effets sur la santé peuvent être très divers. Par exemple, les BPC peuvent s’attaquer au système nerveux et on les suspecte d’avoir une incidence sur les taux de certains cancers (Santé Canada, 2013). Les HAP sont eux aussi suspectés d’être cancérigènes. Leurs effets sur les communautés aquatiques sont nombreux et vont du retard de croissance à la mort instantanée en passant par des conséquences tératogènes.

Déchets

Les conséquences de la présence de déchets dans les cours d’eau ou sur le littoral sont aussi diverses que la nature des déchets eux-mêmes. La présence de pneus, par exemple, peut diffuser des contaminants chimiques dans l’environnement. Les déchets coupants ou tranchants comme les boîtes de conserve peuvent occasionner des blessures aussi bien à la faune qu’à l’humain. Les sacs de plastique peuvent engendrer des produits de dégradation toxiques pour la vie aquatique, mais aussi occasionner des étouffements en cas d’ingestion par la faune. Les carcasses de voitures ou les vieux réservoirs d’huile peuvent aussi polluer l’environnement en déversant les fluides qu’ils contiennent. Les exemples de conséquences sont innombrables. La présence de déchets peut par ailleurs faire augmenter considérablement les coûts de traitement de l’eau.

1.1.8.5 Conclusion (limites et données manquantes)

Les coûts associés aux analyses des différents contaminants demeurent largement prohibitifs. Aussi, peu de suivis sont effectués, tant en ce qui a trait à leur présence qu’à leurs conséquences pour l’environnement. Il serait malgré tout intéressant d’en savoir plus sur les différents contaminants présents sur le territoire. À ce chapitre, une meilleure connaissance des industries présentes dans le bassin versant et dans la zone Saint-Laurent ainsi que des polluants leur étant associés devra être acquise.

Il serait aussi pertinent de se procurer les documents existants qui répertorient les hydrocarbures.

Une station d’échantillonnage des métaux existe sur le fleuve Saint-Laurent. Malheureusement, l’analyse de ces données est relativement complexe et elle ne sera donc pas effectuée dans la présente version du diagnostic.

Il serait aussi avisé de dresser une liste des contaminants dont la présence sur le territoire est connue et d’en faire un suivi régulier.

1.1.9 Conclusion générale

La qualité des eaux du bassin versant de la rivière Richelieu laisse à désirer. Dans la zone Saint-Laurent, les échantillonnages effectués dans le cadre du Réseau-fleuve font état de résultats moins préoccupants, mais dont il convient de surveiller l’évolution. Les résultats obtenus lors du suivi de la qualité de l’eau de la rivière aux Pins indiquent une eau de très mauvaise qualité pour la plupart des critères analysés. La contribution des tributaires de la zone Saint-Laurent ne peut donc être niée.

Les stations d’épuration du territoire, bien que conformes, rejettent malgré tout des charges considérables de phosphore, de MES et de coliformes fécaux dans les cours d’eau de la zone et du bassin versant, ce qui peut expliquer l’importance des concentrations observées.

Dans les zones à forte densité démographique, les surfaces imperméables et le ruissellement urbain sont responsables des concentrations élevées en MES, phosphore et coliformes fécaux, surtout suite à un épisode de pluie.

En milieu agricole, la pollution diffuse est très importante, car les pratiques agricoles sont peu soucieuses de l’environnement et les bandes riveraines sont généralement déficientes. Les principales contaminations de l’eau concernent les coliformes fécaux, le phosphore et les MES/turbidité, sans parler des pesticides.

Plusieurs données et connaissances restent à acquérir afin d’avoir une meilleure compréhension de la situation. Les dépassements ou les concentrations élevées de divers contaminants pourraient être expliqués, du moins en partie, par certains événements météorologiques. Une analyse parallèle de ces événements serait donc à effectuer.

Il faudrait également pallier la méconnaissance des industries du territoire, des contaminants associés et de leurs points de rejet dans le réseau hydrique. Une meilleure connaissance des déversements en hydrocarbures, quelles qu’en soient les causes, serait aussi souhaitable.

En ce qui concerne l’IQBP, la création de stations supplémentaires sur le territoire permettrait de mieux comprendre les problèmes de contamination. Aussi, des échantillonnages plus réguliers dans les stations du Réseau-fleuve donneraient un aperçu plus juste de la situation.

Finalement, le suivi de la qualité de l’eau sur des petits tributaires, comme la rivière aux Pins, devrait se poursuivre sur au moins trois ans afin de pouvoir dégager des tendances.