Constat général

Le bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent est situé dans le domaine bioclimatique de l’érablière à caryer cordiforme, lequel se trouve au sud-ouest de la province de Québec et comprend seulement 1 % de la superficie forestière de celle-ci (Tardif et coll., 2005). Ce type de forêt est connu pour la flore et la faune très diversifiées qu’il y abrite, mais aussi pour les bénéfices écologiques, économiques et sociaux qu’il fournit. La forêt joue un rôle dans le cycle hydrologique, la connectivité entre les milieux fauniques riverains et la possibilité d’avoir des zones boisées en rives. Il est donc important de considérer la problématique de la perte des milieux forestiers.

Situation sur le territoire

Entre 2004 et 2007, le bassin versant de la rivière Richelieu a perdu 2,7 % de sa couverture forestière. Il ne possède aujourd’hui que 449 km de forêt, ce qui représente 17,6 % du territoire (Géomont, 2010). De plus, cette couverture forestière est constituée d’îlots fragmentés de tailles variables qui sont isolés les uns des autres.

En 2009, la MRC des Jardins-de-Napierville était la plus boisée (25,97 %), la moins boisée étant celle du Haut-Richelieu (11,08 %), suivie de près par Roussillon (11,17 %) et par l’agglomération de Longueuil (12,13 %) (Géomont, 2010).

Le constat est identique dans les principaux sous-bassins versants de la rivière Richelieu; le bassin versant du ruisseau Raimbault étant le plus boisé (46,8 %), suivi de celui de la rivière Lacolle (37,2 %). Les sous-bassins versants les moins boisés sont ceux des ruisseaux de la Barbotte (11,4 %) et de Bleury (13,1 %) ainsi que celui de la rivière des Hurons (15,1 %) (adapté de Géomont, 2010).

Dans la zone Saint-Laurent, le boisé de Verchères, avec ses 3 404 ha, est l’un des plus grands massifs boisés en milieu agricole de la Montérégie (Nature-Action Québec, 2007). Le boisé de Contrecœur (42  ha) et le boisé de Tremblay, à Longueuil (600 ha), sont également parmi les milieux forestiers les plus diversifiés et les mieux conservés de ce territoire. Le boisé du Tremblay joue un rôle extrêmement important dans la survie de l’une des dernières populations de rainettes faux-grillon de l’Ouest (Pseudacris triseriata), une espèce désignée vulnérable au Québec.

Causes

Les principales causes de la perte de la couverture forestière dans le bassin de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent sont liées aux activités anthropiques.

Les premiers colons ont déboisé pour cultiver et pour construire des habitations. Le besoin de matières premières nécessaires à la construction, au chauffage et aux chantiers navals a aussi poussé les colons à puiser dans le capital forestier du territoire.

Entre 1940 et 1990, les travaux d’aménagement des cours d’eau (redressement, assèchement) réalisés en milieu agricole sur le territoire ont touché une superficie de 1 200 000 ha. Les terres considérées comme humides et argileuses ont été déboisées pour être consacrées à l’agriculture intensive (MAPAQ, 2001). Ces travaux ont forcément eu un impact négatif sur la forêt bordant ces cours d’eau.

De plus, selon Belvisi (2005), le bassin versant de la rivière Richelieu a perdu plus de 2 255 ha de forêt en seulement cinq ans, soit de 1999 à 2004, ce qui équivaut à près de 5 % de pertes de superficies forestières. Plus de 90 % des pertes ont eu lieu à l’intérieur du zonage agricole, contre 10 % en zone d’urbanisation, attestant ainsi de la prédominance de l’origine agricole du déboisement.

De 2004 à 2009, un peu plus de 1 217 ha de forêt ont été enlevés dans ce territoire, ce qui représente une diminution du couvert forestier de 2,7 %. Plus de 67 % des pertes ont eu lieu à l’intérieur du zonage agricole, contre 33 % en zone urbaine.

Le dézonage des terres agricoles, qui possèdent souvent une aire boisée, dans le but de céder la place aux nouveaux développements résidentiels et aux zones industrielles, est l’une des causes de perte des forêts du territoire. Ce phénomène exerce également une grande pression sur les alentours des boisés protégés du territoire (ex. : boisé du Tremblay, Longueuil) ainsi que sur les terres privées et publiques.

Des perturbations naturelles peuvent également être à l’origine de la diminution du couvert forestier. L’agrile du frêne (Agrilus planipennis) est un insecte ravageur qui pourrait constituer une menace considérable au cours des prochaines années.

Sa présence a été confirmée par l’Agence d’inspection des aliments sur le territoire de la Montérégie depuis 2008. Les feux de forêt, les maladies et les insectes ravageurs exotiques constituent d’autres menaces naturelles accentuées par les changements climatiques et pouvant affecter les forêts de ce territoire (BFC, 2010).

Conséquences

On constate une diminution des rôles et des fonctions écologiques. Selon les conditions du Québec, les bassins versants de toutes tailles ayant été déboisés sur plus de 50 % de leur superficie totale sont plus susceptibles de subir des augmentations des débits de pointe à pleins bords suffisantes pour altérer la morphologie des cours d’eau (Plamondon, 200; Tremblay, 2008).

Or, le bassin versant de la rivière Richelieu n’est composé que de 17,6 % de couverture forestière (Géomont, 2010). Les rôles et les fonctions écologiques directement liés aux ressources hydriques comme la filtration de l’eau de surface, la régularisation du régime hydrique, la régularisation du climat local et la réduction de l’érosion du sol ont donc probablement été réduits à leur minimum. 

La perte progressive de la couverture forestière entraîne une augmentation de l’érosion du sol par le ruissellement des eaux de pluie et l’action du vent. Ce phénomène contribue significativement à l’augmentation de la sédimentation et de l’envasement des cours d’eau ainsi qu’à l’augmentation des concentrations de matières en suspension et d’autres produits chimiques qui diminuent la qualité de l’eau.

Une perte de biodiversité est également observée. Les activités anthropiques fragmentent et réduisent la taille des forêts, ce qui fait que le territoire est composé d’une mosaïque d’îlots séparés les uns des autres. Cette perte de couverture végétale réduit la diversité animale par la diminution de l’habitat, des ressources alimentaires et des mouvements des espèces entre les fragments de forêt.

Conclusion (limites et données manquantes)

Les rôles et les fonctions écologiques du milieu forestier le rendent essentiel au maintien de la qualité de l’eau du bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent. Il représente aussi un moyen de lutter contre l’érosion des terres agricoles, les îlots de chaleur et la perte de la biodiversité du territoire.

Malgré tout, la couverture forestière du territoire continue de diminuer, principalement à cause des activités agricoles et du développement des zones urbaines. Ce phénomène est l’une des principales menaces à la survie des espèces en péril, notamment à celle de la rainette faux-grillon de l’Ouest.

Il est primordial de préserver les milieux forestiers restants sur le territoire et d’augmenter leur superficie par le reboisement et le développement de corridors forestiers qui contribueront à augmenter la connectivité entre les habitats fauniques. La présence d’arbres en milieu résidentiel n’est pas à négliger non plus.

Il existe actuellement des lacunes importantes en ce qui concerne les informations disponibles sur l’état de la forêt sur le territoire. Par exemple, il est extrêmement important d’identifier et de délimiter les îlots d’importance écologique pour le système hydrographique. Aussi, il serait important de mettre à jour les études qui détaillent le taux de pertes actuel du milieu forestier du territoire, et ce, à partir de 2011, la dernière étude de ce type datant de 2010 (Géomont, 2010).