Constat général

La circulation des espèces, tant animales que végétales, est essentielle au maintien de la biodiversité. Une espèce peut utiliser différents habitats au cours de son existence afin de pourvoir à ses besoins élémentaires. En outre, le brassage génétique entre populations est essentiel à la viabilité des espèces à long terme. Aussi, dans un esprit de conservation, il convient d’augmenter la connectivité au sein du paysage de façon à promouvoir la viabilité des populations à long terme (Bennett, 1999; Wehling, 2009).

Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

Le morcellement des habitats naturels est un problème récurrent dans le sud du Québec. Il compromet la libre circulation des espèces (Maisonneuve et Rioux, 2001).

La limitation à la circulation des espèces peut prendre plusieurs formes. En milieu aquatique, la circulation peut être compromise par une installation inadéquate des ponceaux ou par la présence d’un barrage. La conception et l’installation inadéquates des ponceaux peuvent se traduire par une rupture de pente, un colmatage et une augmentation de la vélocité du courant (Potvin et coll., 2010).

La construction de barrages entraîne également une limitation de la circulation des espèces. La présence de barrages coupe le corridor écologique nécessaire aux migrations de la faune aquatique vers l’amont de la rivière.

Lorsque la configuration du cours d’eau est modifiée de façon importante, les patrons de migration de la faune terrestre peuvent aussi être affectés. La modification du débit du cours d’eau peut entraîner des changements au niveau de la faune et de la flore. La carte C.8 présentée dans le portrait recense les 38 barrages du territoire. Les passes migratoires de Chambly et de Saint-Ours constituent des efforts de mitigation importants dans le domaine et permettent la montaison d’espèces à statut précaire telles que l’anguille d’Amérique et le chevalier cuivré.

La limitation à la circulation des espèces est également présente en milieu terrestre. Dans le sud du Québec, l’expansion des surfaces en culture exerce une pression accrue sur les portions non cultivées. Les zones forestières ont été réduites à des îlots boisés. En général, les seuls corridors encore existants sont les bandes riveraines du territoire, souvent exclusivement herbacées et dont la largeur n’excède pas 3 m (Maisonneuve et Rioux, 2001).

Divers projets de caractérisation des berges dans le bassin versant et dans la zone Saint-Laurent ont démontré l’insuffisance des bandes riveraines, tant en milieu agricole qu’urbain. En milieu agricole, les 3 m règlementaires sont rarement observés et la nature de la bande riveraine, lorsque présente, est généralement exclusivement herbacée.

L’artificialisation des berges est fréquemment observée en milieu urbain. Pourtant, la Politique de protection des rives, du littoral et de la plaine inondable exige une largeur minimum de bande riveraine allant de 10 à 15 m, selon la pente du talus (MDDELCC, 2015f).

Causes potentielles

Les barrages pourraient représenter un impact bien moins important si leur conception était accompagnée de mesures de mitigation comme celles observées à Saint-Ours et à Chambly. Malheureusement, seuls deux barrages sur 36 présentent ce type d’aménagement.

Conséquences

La limitation de la circulation peut entraîner une diminution des populations et la précarité de la survie des espèces. Son incidence sur la biodiversité est donc non négligeable.

Conclusion (limites et données manquantes)

La circulation des espèces assure le maintien de la biodiversité (Bennett, 1999). Les barrages représentent un obstacle majeur pour les espèces aquatiques et peuvent compromettre leur cycle de vie.

Les corridors écologiques sont essentiels à la survie des espèces, car ils permettent à celles-ci de combler tous les besoins inhérents à leur niche et assurent le flux génique entre les populations. S’il est relativement facile de répertorier tous les barrages présents sur les cours d’eau du territoire, la caractérisation des corridors écologiques représente cependant un travail considérable. Il est donc souhaitable de poursuivre les projets de caractérisation sur le territoire et de compiler les résultats obtenus afin de permettre des interventions judicieuses.