3.1.1 Constat général

De nombreuses activités anthropiques ont des impacts importants sur les écosystèmes. L’urbanisation grandissante, le drainage des terres pour les pratiques agricoles, la destruction de la bande riveraine, la perte de sédiments vers les rivières et l’artificialisation des rives ne sont que quelques exemples. La fragmentation de l’habitat est également un enjeu de taille pour la conservation de la faune. Plusieurs espèces ont en effet vu leurs effectifs diminuer pour cette raison.

La protection des écosystèmes naturels est importante afin de préserver la biodiversité, mais également pour assurer le maintien du rôle qu’ils jouent dans la préservation de la qualité des ressources hydriques.

La destruction des milieux humides a longtemps été causée par la vision négative qu’en avait la population. La mauvaise connaissance du rôle essentiel de ces environnements, souvent considérés comme des terres improductives, a entraîné le remblayage et le drainage de plusieurs milieux humides.

Milieu aquatique

Des indices sont utilisés pour évaluer la qualité de l’habitat du milieu aquatique. Sur le territoire, deux indices ont été utilisés de façon ponctuelle :

  • IDEC

L’indice des Diatomées de l’Est du Canada (IDEC) est un indice permettant d’évaluer l’état d’un écosystème aquatique en s’appuyant sur la structure de la communauté de diatomées présente au fond du cours d’eau.En effet, chaque communauté de diatomées correspond à des conditions spécifiques de salinité, de pH et d’oxygène ainsi qu’à des concentrations de matières organiques et de nutriments.

Les diatomées se retrouvent dans tous les milieux aquatiques et présentent peu de sensibilité à la taille du cours d’eau, ce qui rend intéressante leur utilisation comme bio-indicateur.Puisqu’elles sont sensibles au pH et à la conductivité, il a fallu créer trois indices distincts en fonction de ces paramètres, soit les indices neutre, alcalin et minéral.

  • ISB

L’indice de qualité du benthos est, à l’instar de l’IDEC, un indice intégrateur s’appuyant sur la structure d’une communauté pour évaluer l’état de dégradation d’un habitat aquatique. Les macro-invertébrés benthiques, ou benthos, sont des organismes animaux ne possédant pas de squelette interne et vivant au fond des cours d’eau. Le benthos est affecté par les conditions physiques, biologiques et chimiques.

Selon les fins du projet, on peut utiliser l’ISB pour : 

  • évaluer l’intégrité biotique de l’écosystème aquatique;
  • suivre l’évolution de l’intégrité biotique d’un cours d’eau au fil du temps;
  • évaluer et vérifier les effets d’une source de pollution connue sur l’intégrité de l’écosystème;
  • évaluer les effets des efforts de restauration; et
  • documenter la biodiversité du benthos dans les cours d’eau (MDDELCC, 2015e).

Milieux riverains

Les bandes riveraines permettent la connectivité entre les îlots forestiers, mais elles abritent aussi une biocénose qui leur est propre. Il a été démontré que certaines espèces forestières obtenaient un plus grand succès dans les bandes riveraines que dans les boisés (Wehling, 2009). Aussi, les bandes riveraines constituées des trois strates (arborescente, arbustive et herbacée) ont un impact positif non négligeable sur les écosystèmes aquatiques. L’indice de qualité de la bande riveraine (IQBR) permet d’apprécier l’efficacité d’une bande riveraine dans l’exécution de ses fonctions écologiques.

3.1.2 Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

Habitats aquatiques

  • IDEC

Afin de minimiser les variations intrasaisonnières et interannuelles, il est recommandé de prendre un échantillon par année sur une période de trois ans pour obtenir une caractérisation adéquate du site. Malheureusement, peu de stations ont bénéficié d’un tel suivi (Voir tableau F.2 dans le Portrait).

Rares sont les stations ayant obtenues un IDEC indiquant un milieu mésotrophe. Seulement trois stations sur 39 reflètent cet état trophique, toutes étant situées à la tête de la portion canadienne du bassin versant. Viennent ensuite les huit stations ayant obtenu un IDEC de milieu méso-eutrophe. Plus de 70 % des stations indiquent un milieu eutrophe et aucun cours d’eau du territoire n’est considéré comme oligotrophe.

Les données récentes de l’IDEC (2011 à 2013) incluent seulement le suivi de trois stations (tableau 8). Les autres résultats obtenus au cours de cette période sont ponctuels et ne permettent pas de surveiller l’évolution de l’habitat. Parmi les stations ayant fait l’objet d’un suivi sur plusieurs années, seule la station située sur le ruisseau Coderre a montré une amélioration de la qualité de son habitat, avec un IDEC passant d’eutrophe (0) à mésotrophe (28). Les deux autres stations, situées sur la rivière des Hurons, n’ont pas enregistré une amélioration notable de la qualité de l’habitat, qui est demeuré eutrophe. Leurs IDEC sont respectivement passés de 3 à 6 et de 0 à 7.

Tableau 8    Résultats d’IDEC aux stations du ruisseau Coderre et de la rivière des Hurons pour les suivis de 2011, 2012 et 2013

Rivière Station 2011 2012 2013
Ruisseau Coderre 3040166 0 (D) 26 (C) 28 (C)
Rivière des Hurons 3040007 3 (D) 6 (D)
3040038 0 (D) 5 (D) 7 (D)

Source : Campeau, 2013.

  • ISB

Dans le bassin de la rivière Richelieu, huit cours d’eau ont été échantillonnés afin d’en évaluer l’ISB (tableau 9).

Tableau 9  Résultat de l’ISB pour les stations Réseau-benthos du territoire

Station (année d’échantillonnage) Détails Type de substrat ISB (État de santé)
Rivière Amyot (2006) —– Meuble 68,0 (Précaire)
Rivière des Hurons (2011) —– Meuble 40,3 (Mauvais)
Rivière L’Acadie (2012) En amont de la station d’épuration Meuble 36,4 (Mauvais)
En aval de la station d’épuration Meuble 43,2 (Mauvais)
Lacolle (2011) —– Grossier 60,3 (Précaire)
Ruisseau Belœil (2012) En amont de la station d’épuration Meuble 46,0 (Mauvais)
En aval de la station d’épuration Meuble 46,1 (Mauvais)
Grand Ruisseau (2006) —– Meuble 56,2 (Précaire)
Ruisseau Chaume-Charron (2006) —– Meuble 70,7 (Précaire)
Ruisseau Coderre (2011) —– Meuble 58,6 (Précaire)

                                   Adapté de l’Atlas interactif de la qualité des eaux de surface et des écosystèmes aquatiques (MDDELCC, 2015a)

Habitats riverains

Plusieurs projets de caractérisation des berges ont permis une appréciation des bandes riveraines sur les territoires à l’étude. De façon générale, on constate que les bandes riveraines du territoire sont insuffisantes pour remplir leur fonction, tant en raison de leur largeur que de leur composition. De plus, si elles sont habituellement de largeur suffisante en milieu forestier, leur largeur et leur composition sont discutables en milieux agricole et urbain. Elles sont parfois même inexistantes.

Milieux humides

Malgré la prise de conscience de plus en plus grande de la population, les milieux humides demeurent parmi les écosystèmes les plus menacés du bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent. Canards Illimités Canada a recensé les milieux humides présents sur le territoire de la Montérégie (Canards Illimités Canada, 2013).

Ces travaux ont permis de déterminer le pourcentage et la classe des milieux humides présents dans le bassin de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent, lesquels représentent respectivement 6 et 8 % du territoire. De plus, ils ont permis de déterminer le pourcentage des milieux humides qui sont menacés. En effet, 71 % des milieux humides du bassin versant de la rivière Richelieu subissent des pressions qui sont principalement dues aux activités agricoles, au transport et au développement résidentiel (tableau 10). Dans la zone Saint-Laurent, 68,5 % de ces écosystèmes sont affectés par quatre activités principales : les activités agricoles, le transport, les activités industrielles et commerciales et le développement résidentiel (tableau 11). Seulement 18 % des milieux humides du bassin de la rivière Richelieu et 40,6 % de ceux de la zone Saint-Laurent ne subissent aucun type de pression anthropique.

Tableau 10  Superficie des milieux humides du bassin versant de la rivière Richelieu subissant des pressions extérieures

Principal type de pression observé Nombre Superficie Superficie touchée
(ha) (km²) (%)
Agricole 1 223 7 499,10 74,99 49,69
Aucune pression identifiée 557 2 813,87 28,14 18,64
Transport 474 2 346,45 23,46 15,55
Résidentielle 328 864,22 8,64 5,73
Industrielle – Commerciale 150 364,89 3,65 2,42
Récréative 62 152,17 1,52 1,01
Canal de drainage 54 527,81 5,28 3,50
Énergie 27 159,40 1,59 1,06
Coupe forestière 26 317,14 3,17 2,10
Creusage 7 47,30 0,47 0,31
Remblayage 1 0,41 0,00 0,00
Total 2 909 15 092,8 150,9 100

                                                                                                                                  Source : CIC, 2013

Tableau 11  Superficie des milieux humides de la zone Saint-Laurent subissant des pressions extérieures

Principal type de pression observée Nombre Superficie Superficie Superficie touchée
(ha) (km²) (%)
Agricole 283 691,9 6,9 24,4
Aucune pression identifiée 238 1 153,8 11,5 40,6
Transport 156 282,0 2,8 9,9
Résidentielle 82 161,6 1,6 5,7
Industrielle – Commerciale 137 328,8 3,3 11,6
Récréative 23 36,7 0,4 1,3
Canal de drainage 17 156,5 1,6 5,5
Énergie 21 23,6 0,2 0,8
Espèces envahissantes 3 6,3 0,1 0,2
Total 960 2 841,18 28,4 100,0

                                                                                                            Source : CIC, 2013

3.1.3 Causes potentielles

Milieux aquatiques

La dégradation des habitats aquatiques est liée aux activités anthropiques du territoire. Le ruissellement urbain, les rejets des stations d’épuration, l’érosion des sols et des berges en raison de pratiques agricoles inadéquates ainsi que la rectification et l’entretien des cours d’eau diminuent la diversité des habitats et augmentent la turbidité et les concentrations de matières en suspension, ce qui entraîne d’autres problèmes comme le réchauffement de l’eau et l’eutrophisation (Hébert et Légaré, 2000; Breune et Bibeau, 2013). La pollution de l’eau, qu’elle soit de source ponctuelle ou diffuse ou d’origine urbaine, industrielle ou agricole, contribue aussi grandement à la dégradation des écosystèmes aquatiques.

Milieux riverains

Les bandes riveraines sont encore sacrifiées au profit des superficies en culture et du développement urbain. En milieu agricole, les bandes riveraines ont mauvaise presse : elles ont la réputation d’abriter des espèces nuisibles aux cultures (Maisonneuve, 2001). En milieu urbain, l’artificialisation des berges à des fins esthétiques ou d’aménagements horticoles non conformes est souvent observée.

De plus, les prescriptions de la PPRLPI ne sont pas faciles à interpréter, ce qui fait que plusieurs en viennent à les appliquer à leur manière. Aussi, il serait injuste de passer sous silence la connaissance imparfaite de la réglementation, la complexité de son interprétation ainsi que la difficulté de son application au moment d’aborder les causes potentielles.

Milieux humides

Pour l’ensemble du territoire de la zone Saint-Laurent et du bassin versant de la rivière Richelieu, la destruction des milieux humides est principalement le résultat du développement urbain et agricole. En effet, certaines terres humides ont été détruites pour mettre en place de nouveaux développements résidentiels. D’autres ont été asséchées pour permettre l’agrandissement du territoire cultivable. Malgré le fait qu’un certificat d’autorisation est obligatoire lorsque des projets touchent un milieu humide, l’étude de Pellerin et Poulin (2013) démontre que la quasi-totalité de ces écosystèmes (99 %) n’est ni restaurée ni compensée à la suite de l’obtention du certificat d’autorisation. Certains sont aussi tentés de contrevenir au règlement sur les exploitations agricoles, qui empêche l’augmentation des superficies en culture. Il convient donc de demeurer vigilant.

3.1.4 Conséquences

Habitats aquatiques

La dégradation des habitats aquatiques a une incidence sur les espèces. La contamination de l’eau par divers polluants peut compromettre leur développement et les charges en MES entraînent le réchauffement de l’eau, l’irritation des branchies et le colmatage des frayères (Hébert et Légaré, 2000; Conseil canadien des ministres de l’environnement, 2002). La baisse des populations de poissons peut aussi se traduire par une diminution de la pêche sportive.

Habitats riverains

En plus de fournir des corridors écologiques, les bandes riveraines abritent de nombreuses espèces spécialisées. Les bandes riveraines de bonne taille et de composition diversifiée favorisent aussi le maintien des habitats aquatiques, notamment en régulant la température de l’eau et en filtrant les contaminants (Racine, 1999).

La dégradation des milieux riverains peut aussi se traduire par la perte d’espèces in situ, mais aussi par une dégradation des populations présentes dans les îlots et par une détérioration des habitats aquatiques (Bennett, 1999).

Milieux humides

Les conséquences causées des pressions exercées sur les milieux humides peuvent être classées dans deux catégories.

La diminution du nombre et de la qualité des milieux humides compromet leur capacité à remplir leurs fonctions écologiques, comme la régulation des débits et la filtration de l’eau. Les tourbières étant d’importants puits de carbone, une diminution substantielle de leur superficie pourrait avoir un impact non négligeable sur le climat (Environnement Canada, 2013a).

Les milieux humides représentent aussi des habitats pour de nombreuses espèces. Une perte de milieu humide se traduit nécessairement par une perte de biodiversité, tant faunique que floristique (Canards Illimités Canada, 2014).

3.1.5 Conclusion (limites et données manquantes)

Il est important de protéger les habitats fauniques d’importance encore existants. Certaines initiatives ont déjà été entreprises, notamment la création d’aires fauniques protégées ou de parcs. Il est important que d’autres initiatives soient mises en place afin de protéger les milieux naturels. Il est aussi important de préserver et d’assurer une connectivité entre les différents îlots de manière à créer des corridors écologiques.

Les milieux naturels sont essentiels pour combler les besoins fondamentaux des espèces (abri, alimentation, reproduction, etc.). Certaines d’entre elles ont des besoins très spécifiques concernant leurs habitats et sont dépendantes d’un type de milieu particulier, ce qui les rend plus vulnérables aux modifications du milieu. Parfois, plusieurs habitats sont utilisés par une même espèce au cours de sa vie en fonction de ses besoins. Il est donc primordial de conserver un large éventail de milieux naturels pour assurer la survie de nombreuses espèces.

Habitats aquatiques et riverains

La création d’aires fauniques permet de protéger les habitats fauniques soumis à des pressions constantes. Il existe sur le territoire plusieurs secteurs protégés en lien avec le milieu aquatique. Certains d’entre eux sont présentés dans la section Milieu biologique du Portrait. 

Milieux humides

Il est important de voir à ce que les milieux humides soient conservés pour les bénéfices qu’ils rendent à la ressource eau. Ils représentent en effet un faible pourcentage du territoire et subissent une forte pression liée aux activités anthropiques. En attendant de la mise en place d’une Politique de protection des milieux humides, des plans de conservation doivent être réalisés afin d’assurer leur protection. D’ailleurs, dans ce but, la Commission régionale sur les ressources naturelles et le territoire (CRRNT) de la Montérégie Est a réalisé un projet pour mieux connaître la valeur des milieux humides afin de guider les MRC et les municipalités de son territoire dans l’élaboration de plans de conservation qui, espérons-le, seront réalisés dans un avenir rapproché.

Le public en général, les élus et les autres acteurs pertinents doivent aussi connaître l’importance des milieux humides et découvrir les bienfaits de ces zones afin de contribuer à leur protection. Il est donc important de continuer de sensibiliser les intervenants du territoire et les citoyens à la protection des milieux humides.