3.1 Dégradation et perte d’habitats aquatiques, riverains et humides

3.1.1 Constat général

De nombreuses activités anthropiques ont des impacts importants sur les écosystèmes. L’urbanisation grandissante, le drainage des terres pour les pratiques agricoles, la destruction de la bande riveraine, la perte de sédiments vers les rivières et l’artificialisation des rives ne sont que quelques exemples. La fragmentation de l’habitat est également un enjeu de taille pour la conservation de la faune. Plusieurs espèces ont en effet vu leurs effectifs diminuer pour cette raison.

La protection des écosystèmes naturels est importante afin de préserver la biodiversité, mais également pour assurer le maintien du rôle qu’ils jouent dans la préservation de la qualité des ressources hydriques.

La destruction des milieux humides a longtemps été causée par la vision négative qu’en avait la population. La mauvaise connaissance du rôle essentiel de ces environnements, souvent considérés comme des terres improductives, a entraîné le remblayage et le drainage de plusieurs milieux humides.

Milieu aquatique

Des indices sont utilisés pour évaluer la qualité de l’habitat du milieu aquatique. Sur le territoire, deux indices ont été utilisés de façon ponctuelle :

  • IDEC

L’indice des Diatomées de l’Est du Canada (IDEC) est un indice permettant d’évaluer l’état d’un écosystème aquatique en s’appuyant sur la structure de la communauté de diatomées présente au fond du cours d’eau.En effet, chaque communauté de diatomées correspond à des conditions spécifiques de salinité, de pH et d’oxygène ainsi qu’à des concentrations de matières organiques et de nutriments.

Les diatomées se retrouvent dans tous les milieux aquatiques et présentent peu de sensibilité à la taille du cours d’eau, ce qui rend intéressante leur utilisation comme bio-indicateur.Puisqu’elles sont sensibles au pH et à la conductivité, il a fallu créer trois indices distincts en fonction de ces paramètres, soit les indices neutre, alcalin et minéral.

  • ISB

L’indice de qualité du benthos est, à l’instar de l’IDEC, un indice intégrateur s’appuyant sur la structure d’une communauté pour évaluer l’état de dégradation d’un habitat aquatique. Les macro-invertébrés benthiques, ou benthos, sont des organismes animaux ne possédant pas de squelette interne et vivant au fond des cours d’eau. Le benthos est affecté par les conditions physiques, biologiques et chimiques.

Selon les fins du projet, on peut utiliser l’ISB pour : 

  • évaluer l’intégrité biotique de l’écosystème aquatique;
  • suivre l’évolution de l’intégrité biotique d’un cours d’eau au fil du temps;
  • évaluer et vérifier les effets d’une source de pollution connue sur l’intégrité de l’écosystème;
  • évaluer les effets des efforts de restauration; et
  • documenter la biodiversité du benthos dans les cours d’eau (MDDELCC, 2015e).

Milieux riverains

Les bandes riveraines permettent la connectivité entre les îlots forestiers, mais elles abritent aussi une biocénose qui leur est propre. Il a été démontré que certaines espèces forestières obtenaient un plus grand succès dans les bandes riveraines que dans les boisés (Wehling, 2009). Aussi, les bandes riveraines constituées des trois strates (arborescente, arbustive et herbacée) ont un impact positif non négligeable sur les écosystèmes aquatiques. L’indice de qualité de la bande riveraine (IQBR) permet d’apprécier l’efficacité d’une bande riveraine dans l’exécution de ses fonctions écologiques.

3.1.2 Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

Habitats aquatiques

  • IDEC

Afin de minimiser les variations intrasaisonnières et interannuelles, il est recommandé de prendre un échantillon par année sur une période de trois ans pour obtenir une caractérisation adéquate du site. Malheureusement, peu de stations ont bénéficié d’un tel suivi (Voir tableau F.2 dans le Portrait).

Rares sont les stations ayant obtenues un IDEC indiquant un milieu mésotrophe. Seulement trois stations sur 39 reflètent cet état trophique, toutes étant situées à la tête de la portion canadienne du bassin versant. Viennent ensuite les huit stations ayant obtenu un IDEC de milieu méso-eutrophe. Plus de 70 % des stations indiquent un milieu eutrophe et aucun cours d’eau du territoire n’est considéré comme oligotrophe.

Les données récentes de l’IDEC (2011 à 2013) incluent seulement le suivi de trois stations (tableau 8). Les autres résultats obtenus au cours de cette période sont ponctuels et ne permettent pas de surveiller l’évolution de l’habitat. Parmi les stations ayant fait l’objet d’un suivi sur plusieurs années, seule la station située sur le ruisseau Coderre a montré une amélioration de la qualité de son habitat, avec un IDEC passant d’eutrophe (0) à mésotrophe (28). Les deux autres stations, situées sur la rivière des Hurons, n’ont pas enregistré une amélioration notable de la qualité de l’habitat, qui est demeuré eutrophe. Leurs IDEC sont respectivement passés de 3 à 6 et de 0 à 7.

Tableau 8    Résultats d’IDEC aux stations du ruisseau Coderre et de la rivière des Hurons pour les suivis de 2011, 2012 et 2013

Rivière Station 2011 2012 2013
Ruisseau Coderre 3040166 0 (D) 26 (C) 28 (C)
Rivière des Hurons 3040007 3 (D) 6 (D)
3040038 0 (D) 5 (D) 7 (D)

Source : Campeau, 2013.

  • ISB

Dans le bassin de la rivière Richelieu, huit cours d’eau ont été échantillonnés afin d’en évaluer l’ISB (tableau 9).

Tableau 9  Résultat de l’ISB pour les stations Réseau-benthos du territoire

Station (année d’échantillonnage) Détails Type de substrat ISB (État de santé)
Rivière Amyot (2006) —– Meuble 68,0 (Précaire)
Rivière des Hurons (2011) —– Meuble 40,3 (Mauvais)
Rivière L’Acadie (2012) En amont de la station d’épuration Meuble 36,4 (Mauvais)
En aval de la station d’épuration Meuble 43,2 (Mauvais)
Lacolle (2011) —– Grossier 60,3 (Précaire)
Ruisseau Belœil (2012) En amont de la station d’épuration Meuble 46,0 (Mauvais)
En aval de la station d’épuration Meuble 46,1 (Mauvais)
Grand Ruisseau (2006) —– Meuble 56,2 (Précaire)
Ruisseau Chaume-Charron (2006) —– Meuble 70,7 (Précaire)
Ruisseau Coderre (2011) —– Meuble 58,6 (Précaire)

                                   Adapté de l’Atlas interactif de la qualité des eaux de surface et des écosystèmes aquatiques (MDDELCC, 2015a)

Habitats riverains

Plusieurs projets de caractérisation des berges ont permis une appréciation des bandes riveraines sur les territoires à l’étude. De façon générale, on constate que les bandes riveraines du territoire sont insuffisantes pour remplir leur fonction, tant en raison de leur largeur que de leur composition. De plus, si elles sont habituellement de largeur suffisante en milieu forestier, leur largeur et leur composition sont discutables en milieux agricole et urbain. Elles sont parfois même inexistantes.

Milieux humides

Malgré la prise de conscience de plus en plus grande de la population, les milieux humides demeurent parmi les écosystèmes les plus menacés du bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent. Canards Illimités Canada a recensé les milieux humides présents sur le territoire de la Montérégie (Canards Illimités Canada, 2013).

Ces travaux ont permis de déterminer le pourcentage et la classe des milieux humides présents dans le bassin de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent, lesquels représentent respectivement 6 et 8 % du territoire. De plus, ils ont permis de déterminer le pourcentage des milieux humides qui sont menacés. En effet, 71 % des milieux humides du bassin versant de la rivière Richelieu subissent des pressions qui sont principalement dues aux activités agricoles, au transport et au développement résidentiel (tableau 10). Dans la zone Saint-Laurent, 68,5 % de ces écosystèmes sont affectés par quatre activités principales : les activités agricoles, le transport, les activités industrielles et commerciales et le développement résidentiel (tableau 11). Seulement 18 % des milieux humides du bassin de la rivière Richelieu et 40,6 % de ceux de la zone Saint-Laurent ne subissent aucun type de pression anthropique.

Tableau 10  Superficie des milieux humides du bassin versant de la rivière Richelieu subissant des pressions extérieures

Principal type de pression observé Nombre Superficie Superficie touchée
(ha) (km²) (%)
Agricole 1 223 7 499,10 74,99 49,69
Aucune pression identifiée 557 2 813,87 28,14 18,64
Transport 474 2 346,45 23,46 15,55
Résidentielle 328 864,22 8,64 5,73
Industrielle – Commerciale 150 364,89 3,65 2,42
Récréative 62 152,17 1,52 1,01
Canal de drainage 54 527,81 5,28 3,50
Énergie 27 159,40 1,59 1,06
Coupe forestière 26 317,14 3,17 2,10
Creusage 7 47,30 0,47 0,31
Remblayage 1 0,41 0,00 0,00
Total 2 909 15 092,8 150,9 100

                                                                                                                                  Source : CIC, 2013

Tableau 11  Superficie des milieux humides de la zone Saint-Laurent subissant des pressions extérieures

Principal type de pression observée Nombre Superficie Superficie Superficie touchée
(ha) (km²) (%)
Agricole 283 691,9 6,9 24,4
Aucune pression identifiée 238 1 153,8 11,5 40,6
Transport 156 282,0 2,8 9,9
Résidentielle 82 161,6 1,6 5,7
Industrielle – Commerciale 137 328,8 3,3 11,6
Récréative 23 36,7 0,4 1,3
Canal de drainage 17 156,5 1,6 5,5
Énergie 21 23,6 0,2 0,8
Espèces envahissantes 3 6,3 0,1 0,2
Total 960 2 841,18 28,4 100,0

                                                                                                            Source : CIC, 2013

3.1.3 Causes potentielles

Milieux aquatiques

La dégradation des habitats aquatiques est liée aux activités anthropiques du territoire. Le ruissellement urbain, les rejets des stations d’épuration, l’érosion des sols et des berges en raison de pratiques agricoles inadéquates ainsi que la rectification et l’entretien des cours d’eau diminuent la diversité des habitats et augmentent la turbidité et les concentrations de matières en suspension, ce qui entraîne d’autres problèmes comme le réchauffement de l’eau et l’eutrophisation (Hébert et Légaré, 2000; Breune et Bibeau, 2013). La pollution de l’eau, qu’elle soit de source ponctuelle ou diffuse ou d’origine urbaine, industrielle ou agricole, contribue aussi grandement à la dégradation des écosystèmes aquatiques.

Milieux riverains

Les bandes riveraines sont encore sacrifiées au profit des superficies en culture et du développement urbain. En milieu agricole, les bandes riveraines ont mauvaise presse : elles ont la réputation d’abriter des espèces nuisibles aux cultures (Maisonneuve, 2001). En milieu urbain, l’artificialisation des berges à des fins esthétiques ou d’aménagements horticoles non conformes est souvent observée.

De plus, les prescriptions de la PPRLPI ne sont pas faciles à interpréter, ce qui fait que plusieurs en viennent à les appliquer à leur manière. Aussi, il serait injuste de passer sous silence la connaissance imparfaite de la réglementation, la complexité de son interprétation ainsi que la difficulté de son application au moment d’aborder les causes potentielles.

Milieux humides

Pour l’ensemble du territoire de la zone Saint-Laurent et du bassin versant de la rivière Richelieu, la destruction des milieux humides est principalement le résultat du développement urbain et agricole. En effet, certaines terres humides ont été détruites pour mettre en place de nouveaux développements résidentiels. D’autres ont été asséchées pour permettre l’agrandissement du territoire cultivable. Malgré le fait qu’un certificat d’autorisation est obligatoire lorsque des projets touchent un milieu humide, l’étude de Pellerin et Poulin (2013) démontre que la quasi-totalité de ces écosystèmes (99 %) n’est ni restaurée ni compensée à la suite de l’obtention du certificat d’autorisation. Certains sont aussi tentés de contrevenir au règlement sur les exploitations agricoles, qui empêche l’augmentation des superficies en culture. Il convient donc de demeurer vigilant.

3.1.4 Conséquences

Habitats aquatiques

La dégradation des habitats aquatiques a une incidence sur les espèces. La contamination de l’eau par divers polluants peut compromettre leur développement et les charges en MES entraînent le réchauffement de l’eau, l’irritation des branchies et le colmatage des frayères (Hébert et Légaré, 2000; Conseil canadien des ministres de l’environnement, 2002). La baisse des populations de poissons peut aussi se traduire par une diminution de la pêche sportive.

Habitats riverains

En plus de fournir des corridors écologiques, les bandes riveraines abritent de nombreuses espèces spécialisées. Les bandes riveraines de bonne taille et de composition diversifiée favorisent aussi le maintien des habitats aquatiques, notamment en régulant la température de l’eau et en filtrant les contaminants (Racine, 1999).

La dégradation des milieux riverains peut aussi se traduire par la perte d’espèces in situ, mais aussi par une dégradation des populations présentes dans les îlots et par une détérioration des habitats aquatiques (Bennett, 1999).

Milieux humides

Les conséquences causées des pressions exercées sur les milieux humides peuvent être classées dans deux catégories.

La diminution du nombre et de la qualité des milieux humides compromet leur capacité à remplir leurs fonctions écologiques, comme la régulation des débits et la filtration de l’eau. Les tourbières étant d’importants puits de carbone, une diminution substantielle de leur superficie pourrait avoir un impact non négligeable sur le climat (Environnement Canada, 2013a).

Les milieux humides représentent aussi des habitats pour de nombreuses espèces. Une perte de milieu humide se traduit nécessairement par une perte de biodiversité, tant faunique que floristique (Canards Illimités Canada, 2014).

3.1.5 Conclusion (limites et données manquantes)

Il est important de protéger les habitats fauniques d’importance encore existants. Certaines initiatives ont déjà été entreprises, notamment la création d’aires fauniques protégées ou de parcs. Il est important que d’autres initiatives soient mises en place afin de protéger les milieux naturels. Il est aussi important de préserver et d’assurer une connectivité entre les différents îlots de manière à créer des corridors écologiques.

Les milieux naturels sont essentiels pour combler les besoins fondamentaux des espèces (abri, alimentation, reproduction, etc.). Certaines d’entre elles ont des besoins très spécifiques concernant leurs habitats et sont dépendantes d’un type de milieu particulier, ce qui les rend plus vulnérables aux modifications du milieu. Parfois, plusieurs habitats sont utilisés par une même espèce au cours de sa vie en fonction de ses besoins. Il est donc primordial de conserver un large éventail de milieux naturels pour assurer la survie de nombreuses espèces.

Habitats aquatiques et riverains

La création d’aires fauniques permet de protéger les habitats fauniques soumis à des pressions constantes. Il existe sur le territoire plusieurs secteurs protégés en lien avec le milieu aquatique. Certains d’entre eux sont présentés dans la section Milieu biologique du Portrait. 

Milieux humides

Il est important de voir à ce que les milieux humides soient conservés pour les bénéfices qu’ils rendent à la ressource eau. Ils représentent en effet un faible pourcentage du territoire et subissent une forte pression liée aux activités anthropiques. En attendant de la mise en place d’une Politique de protection des milieux humides, des plans de conservation doivent être réalisés afin d’assurer leur protection. D’ailleurs, dans ce but, la Commission régionale sur les ressources naturelles et le territoire (CRRNT) de la Montérégie Est a réalisé un projet pour mieux connaître la valeur des milieux humides afin de guider les MRC et les municipalités de son territoire dans l’élaboration de plans de conservation qui, espérons-le, seront réalisés dans un avenir rapproché.

Le public en général, les élus et les autres acteurs pertinents doivent aussi connaître l’importance des milieux humides et découvrir les bienfaits de ces zones afin de contribuer à leur protection. Il est donc important de continuer de sensibiliser les intervenants du territoire et les citoyens à la protection des milieux humides.

3.2 Limitation à la circulation des espèces

3.2.1 Constat général

La circulation des espèces, tant animales que végétales, est essentielle au maintien de la biodiversité. Une espèce peut utiliser différents habitats au cours de son existence afin de pourvoir à ses besoins élémentaires. En outre, le brassage génétique entre populations est essentiel à la viabilité des espèces à long terme. Aussi, dans un esprit de conservation, il convient d’augmenter la connectivité au sein du paysage de façon à promouvoir la viabilité des populations à long terme (Bennett, 1999; Wehling, 2009).

3.2.2 Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

Le morcellement des habitats naturels est un problème récurrent dans le sud du Québec. Il compromet la libre circulation des espèces (Maisonneuve et Rioux, 2001).

La limitation à la circulation des espèces peut prendre plusieurs formes. En milieu aquatique, la circulation peut être compromise par une installation inadéquate des ponceaux ou par la présence d’un barrage. La conception et l’installation inadéquates des ponceaux peuvent se traduire par une rupture de pente, un colmatage et une augmentation de la vélocité du courant (Potvin et coll., 2010).

La construction de barrages entraîne également une limitation de la circulation des espèces. La présence de barrages coupe le corridor écologique nécessaire aux migrations de la faune aquatique vers l’amont de la rivière. Lorsque la configuration du cours d’eau est modifiée de façon importante, les patrons de migration de la faune terrestre peuvent aussi être affectés. La modification du débit du cours d’eau peut entraîner des changements au niveau de la faune et de la flore. La carte C.8 présentée dans le portrait recense les 38 barrages du territoire. Les passes migratoires de Chambly et de Saint-Ours constituent des efforts de mitigation importants dans le domaine et permettent la montaison d’espèces à statut précaire telles que l’anguille d’Amérique et le chevalier cuivré.

La limitation à la circulation des espèces est également présente en milieu terrestre. Dans le sud du Québec, l’expansion des surfaces en culture exerce une pression accrue sur les portions non cultivées. Les zones forestières ont été réduites à des îlots boisés. En général, les seuls corridors encore existants sont les bandes riveraines du territoire, souvent exclusivement herbacées et dont la largeur n’excède pas 3 m (Maisonneuve et Rioux, 2001).

Divers projets de caractérisation des berges dans le bassin versant et dans la zone Saint-Laurent ont démontré l’insuffisance des bandes riveraines, tant en milieu agricole qu’urbain. En milieu agricole, les 3 m règlementaires sont rarement observés et la nature de la bande riveraine, lorsque présente, est généralement exclusivement herbacée.

L’artificialisation des berges est fréquemment observée en milieu urbain. Pourtant, la Politique de protection des rives, du littoral et de la plaine inondable exige une largeur minimum de bande riveraine allant de 10 à 15 m, selon la pente du talus (MDDELCC, 2015f).

3.2.3 Causes potentielles

Les barrages pourraient représenter un impact bien moins important si leur conception était accompagnée de mesures de mitigation comme celles observées à Saint-Ours et à Chambly. Malheureusement, seuls deux barrages sur 36 présentent ce type d’aménagement.

3.2.4 Conséquences

La limitation de la circulation peut entraîner une diminution des populations et la précarité de la survie des espèces. Son incidence sur la biodiversité est donc non négligeable.

3.2.5 Conclusion (limites et données manquantes)

La circulation des espèces assure le maintien de la biodiversité (Bennett, 1999). Les barrages représentent un obstacle majeur pour les espèces aquatiques et peuvent compromettre leur cycle de vie.

Les corridors écologiques sont essentiels à la survie des espèces, car ils permettent à celles-ci de combler tous les besoins inhérents à leur niche et assurent le flux génique entre les populations. S’il est relativement facile de répertorier tous les barrages présents sur les cours d’eau du territoire, la caractérisation des corridors écologiques représente cependant un travail considérable. Il est donc souhaitable de poursuivre les projets de caractérisation sur le territoire et de compiler les résultats obtenus afin de permettre des interventions judicieuses.

3.3 Milieux forestiers

3.3.1 Constat général

Le bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent est situé dans le domaine bioclimatique de l’érablière à caryer cordiforme, lequel se trouve au sud-ouest de la province de Québec et comprend seulement 1 % de la superficie forestière de celle-ci (Tardif et coll., 2005). Ce type de forêt est connu pour la flore et la faune très diversifiées qu’il y abrite, mais aussi pour les bénéfices écologiques, économiques et sociaux qu’il fournit. La forêt joue un rôle dans le cycle hydrologique, la connectivité entre les milieux fauniques riverains et la possibilité d’avoir des zones boisées en rives. Il est donc important de considérer la problématique de la perte des milieux forestiers.

3.3.2 Situation sur le territoire

Entre 2004 et 2007, le bassin versant de la rivière Richelieu a perdu 2,7 % de sa couverture forestière. Il ne possède aujourd’hui que 449 km de forêt, ce qui représente 17,6 % du territoire (Géomont, 2010). De plus, cette couverture forestière est constituée d’îlots fragmentés de tailles variables qui sont isolés les uns des autres. En 2009, la MRC des Jardins-de-Napierville était la plus boisée (25,97 %), la moins boisée étant celle du Haut-Richelieu (11,08 %), suivie de près par Roussillon (11,17 %) et par l’agglomération de Longueuil (12,13 %) (Géomont, 2010). Le constat est identique dans les principaux sous-bassins versants de la rivière Richelieu; le bassin versant du ruisseau Raimbault étant le plus boisé (46,8 %), suivi de celui de la rivière Lacolle (37,2 %). Les sous-bassins versants les moins boisés sont ceux des ruisseaux de la Barbotte (11,4 %) et de Bleury (13,1 %) ainsi que celui de la rivière des Hurons (15,1 %) (adapté de Géomont, 2010).

Dans la zone Saint-Laurent, le boisé de Verchères, avec ses 3 404 ha, est l’un des plus grands massifs boisés en milieu agricole de la Montérégie (Nature-Action Québec, 2007). Le boisé de Contrecœur (42  ha) et le boisé de Tremblay, à Longueuil (600 ha), sont également parmi les milieux forestiers les plus diversifiés et les mieux conservés de ce territoire. Le boisé du Tremblay joue un rôle extrêmement important dans la survie de l’une des dernières populations de rainettes faux-grillon de l’Ouest (Pseudacris triseriata), une espèce désignée vulnérable au Québec.

3.3.3 Causes

Les principales causes de la perte de la couverture forestière dans le bassin de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent sont liées aux activités anthropiques.

Les premiers colons ont déboisé pour cultiver et pour construire des habitations. Le besoin de matières premières nécessaires à la construction, au chauffage et aux chantiers navals a aussi poussé les colons à puiser dans le capital forestier du territoire.

Entre 1940 et 1990, les travaux d’aménagement des cours d’eau (redressement, assèchement) réalisés en milieu agricole sur le territoire ont touché une superficie de 1 200 000 ha. Les terres considérées comme humides et argileuses ont été déboisées pour être consacrées à l’agriculture intensive (MAPAQ, 2001). Ces travaux ont forcément eu un impact négatif sur la forêt bordant ces cours d’eau. De plus, selon Belvisi (2005), le bassin versant de la rivière Richelieu a perdu plus de 2 255 ha de forêt en seulement cinq ans, soit de 1999 à 2004, ce qui équivaut à près de 5 % de pertes de superficies forestières. Plus de 90 % des pertes ont eu lieu à l’intérieur du zonage agricole, contre 10 % en zone d’urbanisation, attestant ainsi de la prédominance de l’origine agricole du déboisement. De 2004 à 2009, un peu plus de 1 217 ha de forêt ont été enlevés dans ce territoire, ce qui représente une diminution du couvert forestier de 2,7 %. Plus de 67 % des pertes ont eu lieu à l’intérieur du zonage agricole, contre 33 % en zone urbaine.

Le dézonage des terres agricoles, qui possèdent souvent une aire boisée, dans le but de céder la place aux nouveaux développements résidentiels et aux zones industrielles, est l’une des causes de perte des forêts du territoire. Ce phénomène exerce également une grande pression sur les alentours des boisés protégés du territoire (ex. : boisé du Tremblay, Longueuil) ainsi que sur les terres privées et publiques.

Des perturbations naturelles peuvent également être à l’origine de la diminution du couvert forestier. L’agrile du frêne (Agrilus planipennis) est un insecte ravageur qui pourrait constituer une menace considérable au cours des prochaines années. Sa présence a été confirmée par l’Agence d’inspection des aliments sur le territoire de la Montérégie depuis 2008. Les feux de forêt, les maladies et les insectes ravageurs exotiques constituent d’autres menaces naturelles accentuées par les changements climatiques et pouvant affecter les forêts de ce territoire (BFC, 2010).

3.3.4 Conséquences

On constate une diminution des rôles et des fonctions écologiques. Selon les conditions du Québec, les bassins versants de toutes tailles ayant été déboisés sur plus de 50 % de leur superficie totale sont plus susceptibles de subir des augmentations des débits de pointe à pleins bords suffisantes pour altérer la morphologie des cours d’eau (Plamondon, 200; Tremblay, 2008). Or, le bassin versant de la rivière Richelieu n’est composé que de 17,6 % de couverture forestière (Géomont, 2010). Les rôles et les fonctions écologiques directement liés aux ressources hydriques comme la filtration de l’eau de surface, la régularisation du régime hydrique, la régularisation du climat local et la réduction de l’érosion du sol ont donc probablement été réduits à leur minimum. 

La perte progressive de la couverture forestière entraîne une augmentation de l’érosion du sol par le ruissellement des eaux de pluie et l’action du vent. Ce phénomène contribue significativement à l’augmentation de la sédimentation et de l’envasement des cours d’eau ainsi qu’à l’augmentation des concentrations de matières en suspension et d’autres produits chimiques qui diminuent la qualité de l’eau.

Une perte de biodiversité est également observée. Les activités anthropiques fragmentent et réduisent la taille des forêts, ce qui fait que le territoire est composé d’une mosaïque d’îlots séparés les uns des autres. Cette perte de couverture végétale réduit la diversité animale par la diminution de l’habitat, des ressources alimentaires et des mouvements des espèces entre les fragments de forêt.

3.3.5 Conclusion (limites et données manquantes)

Les rôles et les fonctions écologiques du milieu forestier le rendent essentiel au maintien de la qualité de l’eau du bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent. Il représente aussi un moyen de lutter contre l’érosion des terres agricoles, les îlots de chaleur et la perte de la biodiversité du territoire. Malgré tout, la couverture forestière du territoire continue de diminuer, principalement à cause des activités agricoles et du développement des zones urbaines. Ce phénomène est l’une des principales menaces à la survie des espèces en péril, notamment à celle de la rainette faux-grillon de l’Ouest.

Il est primordial de préserver les milieux forestiers restants sur le territoire et d’augmenter leur superficie par le reboisement et le développement de corridors forestiers qui contribueront à augmenter la connectivité entre les habitats fauniques. La présence d’arbres en milieu résidentiel n’est pas à négliger non plus.

Il existe actuellement des lacunes importantes en ce qui concerne les informations disponibles sur l’état de la forêt sur le territoire. Par exemple, il est extrêmement important d’identifier et de délimiter les îlots d’importance écologique pour le système hydrographique. Aussi, il serait important de mettre à jour les études qui détaillent le taux de pertes actuel du milieu forestier du territoire, et ce, à partir de 2011, la dernière étude de ce type datant de 2010 (Géomont, 2010).

3.4 Présence d’espèces exotiques envahissantes

3.4.1 Constat général

Une espèce exotique envahissante (EEE) est un animal, un végétal ou un micro-organisme introduit hors de son aire de répartition naturelle et dont l’établissement constitue une menace pour l’environnement, l’économie ou la société (MDDELCC, 2015g). De nombreux vecteurs contribuent à la propagation volontaire et involontaire des EEE. Le transport maritime, le commerce international, l’aquariophilie et la pêche sportive n’en sont que quelques exemples. Les EEE ont des impacts négatifs sur l’environnement, la société et l’économie locale et régionale.

3.4.2 Situation sur le territoire

Sur le territoire du bassin de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent, plusieurs espèces exotiques envahissantes (EEE) fauniques et floristiques sont observées, certaines étant déjà établies et d’autres étant potentiellement envahissantes et devant être surveillées. Quelques études ponctuelles permettant de confirmer la présence d’espèces floristiques sur le territoire ont été réalisées (Comité ZIP Jacques-Cartier, en 2014; Parcs Canada en 2014 [Beaudet, 2014] et Ville de Boucherville en 2010). Plusieurs observations de ces EEE floristiques ont également été faites lors des différents projets de caractérisation des cours d’eau réalisées par le COVABAR, dont plusieurs au sein du bassin versant de la rivière L’Acadie durant l’été 2014. Un grand nombre de ces espèces sont présentées dans la section sur les causes potentielles (tableau 12). Cependant, aucun recensement approfondi n’a été effectué sur l’ensemble du territoire, ce qui ne permet pas d’avoir une idée juste et précise de l’ampleur du phénomène (présence, propagation et établissement des espèces).

3.4.3 Causes potentielles

Les causes contribuant à la propagation des EEE sont nombreuses. Cependant, les principales causes de propagation sont d’origine anthropique. Celles présentées par le Conseil québécois des espèces exotiques envahissantes sont détaillées ci-dessous (CQEEE, 2014a). Le tableau 12 présente les causes potentielles de l’introduction des EEE observées dans le bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent.

Aquariophilie

L’aquariophilie est une activité très en vogue qui contribue grandement à la propagation de certaines EEE fauniques et floristiques. En effet, les adeptes de cette activité relâchent, lorsqu’ils ne les veulent plus, des plantes et des animaux aquatiques exotiques dans des milieux dont ils étaient auparavant absents. Certaines espèces végétales peuvent se reproduire de façon végétative simplement à partir d’un fragment. C’est le cas du myriophylle à épis, une plante d’origine eurasienne utilisée dans les aquariums qui a la capacité de former une plante complète à partir d’un petit fragment de plante. Ses chances de survivre et de se reproduire dans son nouveau milieu sont donc très élevées (CQEEE, 2014a).

Horticulture

Certaines espèces végétales exotiques envahissantes intéressent les botanistes et les horticulteurs amateurs en raison de leur beauté et de leur exotisme. Ces derniers agrémentent leurs plates-bandes et leurs jardins d’eau avec ces plantes, favorisant leur introduction et leur propagation. Plusieurs parviendront ainsi à s’implanter dans le milieu naturel, à proliférer et à devenir envahissantes (CQEEE, 2014a). Leur implantation est en outre facilitée par l’absence de prédateurs naturels dans le nouveau milieu.

Tableau 12 Causes potentielles d’introduction et de propagation des EEE présentes ou potentiellement présentes dans le bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent

Espèce exotique envahissante* Causes potentielles d’introduction et de propagation dans le bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent
Nom vernaculaire Nom scientifique Aquariophilie Horticulture Pêche sportive Navigation de plaisance Aquaculture Transport maritime Commerce international Commerce en ligne Tourisme Contrôle biologique Poissonneries Cours d’eau et fossés
Espèces fauniques aquatiques
Carpe commune1   X   X X   X           X
Gardon rouge (rotengle)1 Scardinius erythrophthalmus     X X   X           X
Gobie à taches noires1 Neogobius melanostomus     X X   X           X
Moule zébrée1 Dreissena polymorpha     X X   X            
Tanche1 Tinca tinca         X             X
Tortue à oreille rouge Trachemys scripta elegans x                      
Espèces floristiques terrestres et aquatiques
Alpiste roseau2,3 Phalaris arundinacea   X                    
Berce du Caucase2 Heracleum mantegazzianum   X                    
Butome à ombelle1,2,3 Butomus umbellatus L. X X                   X
Châtaigne d’eau1,2 Trapa natans   X X X                
Hydrocharide grenouillette1,2 Hydrocharis morsus-ranae   X X X               X
Myriophylle à épi1,2 Myriophyllum spicatum X X X X                
Nerprun bourdaine2 Rhamnus Frangula   X                    
Nerprun cathartique1 Rhamnus cathartica   X                    
Phragmite (roseau commun)1,2,3 Phragmites australis                       X
Renouée japonaise1,2 Fallopia japonica   X                   X
Salicaire pourpre (commune)1,2,3 Lythrum salicaria   X                    
Insectes
Agrile du frêne1 Agrilus planipennis             X          
Coccinelle asiatique Harmonia axyridis                   X    
Champignon causant le syndrome du museau blanc Pseudogymnoascus destructans                 X      
Espèces fauniques potentiellement présentes sur le territoire
Carassin (poisson rouge) Carassius auratus X                      
Crabe chinois à mitaines Eriocheir sinensis           X X   X   X  
Crevette rouge sang Hemimysis anomala       X   X            
Écrevisse à taches rouges Orconectes rusticus X   X                  
Moule quagga Dreissena bugensis     X X   X            
Petite corbeille d’Asie Corbicula fluminea X   X X   X            
Espèces floristiques potentiellement présentes sur le territoire
Impatiente de l’Himalaya Impatiens glandulifera   X                    
Potamot crépu Potamogeton crispus     X X                

* Liste non exhaustive. Des espèces peuvent être ajoutées au fil du temps.

1 Observation des EEE floristiques par le COVABAR dans le cadre des activités de caractérisation des cours d’eau du bassin versant de la rivière L’Acadie. Les EEE fauniques ont pu être observées par les agents de sensibilisation au cours des activités estivales.

2 Observation par le comité ZIP Jacques Cartier. Celui-ci participe au suivi des EEE du MDDEP depuis 2008, lequel consiste à s’intéresser à l’évolution des espèces végétales exotiques envahissantes le long du fleuve Saint-Laurent. Pendant l’été 2014, une partie du suivi a été réalisé à Boucherville, à Longueuil et à Contrecœur, des municipalités situées sur le territoire de la zone Saint-Laurent.

3 Observation par Parcs Canada qui a réalisé, en 2014, un inventaire des espèces végétales présentes le long du canal de Chambly.

                                                                                                                     Sources : Beaudet, 2014; Comité ZIP Jacques-Cartier, 2014;

                                                                                                                              CQEEE, 2014; MFFP, 2013; Nature-Action Québec, 2012

Pêche sportive

La pêche sportive contribue de plusieurs façons à la propagation des EEE. D’abord, certaines espèces de poissons exotiques sont introduites volontairement dans des plans d’eau à des fins de pêche sportive. Également, l’utilisation de poissons vivants ou d’autres organismes comme l’écrevisse à taches rouges pour appâter le poisson est un vecteur important de propagation (CQEEE, 2014a). Enfin, l’équipement de pêche et l’embarcation peuvent transporter des EEE (végétales ou animales) d’un plan d’eau à un autre s’ils ne sont pas nettoyés entre les deux.

Navigation de plaisance

De nombreux organismes aquatiques peuvent se retrouver sur ou dans une embarcation (dans le fond du bateau, sur la coque, le moteur ou l’hélice). Si l’embarcation est transportée d’un plan d’eau à un autre sans être nettoyée, cela permet à ces organismes de voyager sur une grande distance et de coloniser un milieu dans lequel l’espèce était auparavant absente. Il ne faut pas oublier que la remorque du bateau, qui se retrouve à la fois sur terre et dans l’eau, peut contribuer à la propagation d’EEE aquatiques ou terrestres. Il va sans dire que les lacunes en matière d’inspection, de réglementation et de divulgation d’informations (sensibilisation) auprès des plaisanciers peuvent augmenter les risques de propagation des EEE. Cela s’applique également aux pêcheurs sportifs.

Aquaculture

L’aquaculture fait référence à « la production contrôlée, en milieu naturel ou en bassin, d’animaux ou de végétaux aquatiques destinés à l’alimentation » (CQEEE, 2014a). Lorsque les individus élevés sont d’origine exotique et que certains s’échappent du milieu de production contrôlée, ils peuvent se propager dans le milieu naturel au détriment des espèces indigènes.

Transport maritime

Le transport maritime est l’un des principaux vecteurs de propagation des EEE. D’abord, des organismes peuvent adhérer à la coque des bateaux et ainsi parcourir de longues distances. Également, l’eau de lest, qui peut contenir des centaines d’espèces différentes (plantes aquatiques, fragments d’algues, micro-organismes planctoniques, petits poissons, œufs et larves, invertébrés, etc.), permet le transport de ces organismes (Pêches et Océans, 2014a). Ce phénomène est d’autant plus problématique en cette ère de mondialisation, car le commerce international suppose une augmentation du nombre d’échanges maritimes entre les pays.

Au Canada, on considère que ce vecteur a permis l’introduction d’environ 75 % des EEE dans la région des Grands Lacs (Pêches et Océans, 2014a). Depuis 2006, une nouvelle réglementation nord-américaine (conjointe Canada et États-Unis), qui exige le renouvellement des eaux de lest des navires à une certaine distance des côtes, a largement réduit l’impact de ce vecteur. En effet, alors qu’on évalue à 34 le nombre d’espèces introduites dans les Grands Lacs par ce procédé entre 1959 et 2006, aucune nouvelle espèce exotique n’a été observée depuis l’adoption de cette réglementation (Pêches et Océans Canada, 2014b).

Commerce international

Comme mentionné précédemment, le commerce international suppose une augmentation des échanges entre les pays, offrant ainsi de nombreux moyens de transport et de propagation. Les EEE voyagent également par les voies aérienne et terrestre (Hulme, 2009).

Commerce en ligne

La vente d’organismes vivants de toutes sortes sur Internet est très en vogue de nos jours. Ceci est facilité par l’accessibilité de ce médium et la difficulté pour les instances gouvernementales d’imposer des règlements. Ainsi, des espèces exotiques sont vendues en ligne dans tous les pays, y compris plusieurs espèces dont la vente est pourtant règlementée (Invasive Species Advisory Committee, 2012).

Tourisme

Les touristes peuvent transporter accidentellement des morceaux de plantes et des insectes dans leurs valises, sur leurs vêtements ou leurs chaussures, ainsi que des parasites et des maladies. Également, ils peuvent aussi transporter volontairement des spécimens exotiques d’un milieu à un autre. Ce phénomène est en pleine croissance, puisque le tourisme est de plus en plus populaire. De plus, la variété d’espèces transportées entre les pays devrait augmenter puisque les destinations des voyageurs sont de plus en plus nombreuses (Réseau Veille Tourisme, 2015).

Mesures de contrôle biologique

La plupart des EEE n’ayant pas de prédateur dans leur nouveau milieu, il est parfois envisagé, pour lutter biologiquement contre une EEE, d’introduire un prédateur ou un parasite afin d’enrayer l’espèce indésirable. Bien que cela semble à priori une bonne idée, c’est une technique risquée puisque cette nouvelle espèce exotique, bien qu’introduite à des fins de contrôle d’une première espèce, peut se révéler dangereuse en s’attaquant à des espèces indigènes, ce qui peut mener à l’extinction de ces espèces et au déséquilibre total des écosystèmes (Simberloff, 1996). Aujourd’hui, un contrôle rigoureux est établi autour des agents de lutte biologique au Canada, ce qui réduit les risques puisque la demande d’introduction est examinée par un Comité d’examen de la lutte biologique, de même que par des homologues aux États-Unis et au Mexique, avant d’être approuvée par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA, 2013).

Poissonneries

Il est fréquent d’observer la vente d’organismes aquatiques vivants dans les marchés de poissons. Dans certains états américains, ce vecteur serait responsable de l’introduction d’espèces non indigènes dont des anguilles et le poisson à tête de serpent. Au Canada, incluant Montréal, ce sont 14 espèces de poissons vendus vivants qui ont été répertoriés par Rixon en 2005, dont la carpe à grosse tête, la carpe de roseau et le tilapia. Ces espèces exotiques pourraient se retrouver dans les cours d’eau environnants.

Cours d’eau et fossés

Les cours d’eau sont d’excellents vecteurs de propagation des EEE végétales. D’abord, le sol humide et l’aspect naturel des rives non artificialisées créent des milieux propices à l’installation et à la prolifération de nombreux végétaux. De plus, plusieurs plantes profitent des milieux perturbés en bordure des cours d’eau ou lors de la création de fossés. Par exemple, le roseau commun s’est largement répandu au Québec lors du développement du réseau d’autoroutes. Il a profité des fossés créés pour se propager (Lelong, 2007). Les cours d’eau peuvent également transporter des graines ou des fragments de plante sur de longues distances. Les poissons peuvent franchir d’eux-mêmes des distances importantes dans les cours d’eau, ce qui leur permet de coloniser de nouveaux milieux.

Sur le territoire du bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent, l’horticulture constitue sans doute le principal moyen d’introduction et de propagation des EEE végétales, suivie par la pêche sportive et la navigation de plaisance. Ces dernières seraient également les principales causes d’introduction et de propagation des EEE fauniques. De plus, la connexion naturelle entre la rivière Richelieu et le lac Champlain, d’une part, et entre la rivière Richelieu et les Grands Lacs via le fleuve Saint-Laurent, d’autre part, constitue un vecteur de propagation important.

Il faut également mentionner que les changements climatiques sont susceptibles d’exacerber la propagation des EEE sur le territoire, ce qui entraînera de lourdes conséquences sur les écosystèmes (MDDELCC, s.d.a).

3.4.4 Conséquences

Globalement, les EEE ont des conséquences à la fois sur l’environnement, la société et l’économie. D’abord, d’un point de vue environnemental, les EEE créent des pressions sur la biodiversité indigène par la prédation, la compétition pour les ressources et le parasitisme, en plus de pouvoir s’hybrider et véhiculer des maladies. Les impacts des EEE sur les écosystèmes sont graves et souvent irréversibles. Elles peuvent en effet décimer des populations indigènes et prendre leur place, réduisant du même coup la biodiversité. De plus, les EEE constituent une menace pour les espèces rares, menacées ou vulnérables, lesquelles sont plus à risque d’être délogées par l’arrivée d’espèces étrangères. Par exemple, la tanche et la carpe commune sont des EEE pouvant causer des problèmes d’accès aux ressources pour les espèces en péril, notamment des poissons de fond comme le chevalier cuivré et le chevalier de rivière. Le gobie à taches noires, une espèce territoriale, peut également affecter la disponibilité des habitats pour le dard de sable et le fouille roche-gris, des espèces de poissons qui sont considérées comme menacées au Québec.

Le tableau 13 présente plusieurs types d’impacts appréhendés pour certaines EEE végétales présentes sur le territoire.

Enfin, il faut savoir que certaines activités peuvent être largement compromises par la prolifération d’EEE, en particulier les activités nautiques (pêche, canot, kayak, embarcation de plaisance motorisée, etc.).

Types d’impacts Salicaire pourpre Renouée japonaise Butome à ombelle Alpiste roseau Roseau commun Myriophylle à épis Hydrocharide grenouillette Châtaigne d’eau
Création de colonies denses et inhospitalières (réseau dense de rhizomes) pour les plantes X   X X X X X X
Création de colonies denses et inhospitalières (libération de toxines) pour les plantes   X            
Remplacement des plantes indigènes X X X X X X    
Appauvrissement des communautés indigènes X X X X X X X X
Modification des fonctions et de la structure des écosystèmes X X X X X X X X
Altération de l’écoulement de l’eau dans les fossés envahis X       X      
Accélération considérable de l’eutrophisation des plans d’eau           X    
Modification des sites de fraie de certains poissons           X    
Nuisance aux activités récréatives (navigation de plaisance, pêche, baignade)           X X X
Limitation de l’apport en lumière, en gaz dissous et en nutriments pour les autres plantes submergées             X X

Tableau 13  Types d’impacts appréhendés pour certaines EEE végétales observées sur le territoire du bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent

                                                                                                                                                                             Source : CARA, s.d.

3.4.5 Conclusion (limites et données manquantes)

Les EEE constituent une problématique mondiale préoccupante qui n’épargne pas le bassin versant de la rivière Richelieu et la zone Saint-Laurent. Cependant, les connaissances des EEE présentes sur notre territoire sont sommaires. Il est donc impossible de dresser un portrait complet des EEE fauniques et floristiques. De nombreuses observations ont cependant été faites et permettent de conclure que les EEE constituent une réelle problématique. Un inventaire des EEE établies sur notre territoire doit être réalisé afin de bien connaître l’ampleur du problème et de mettre en place des actions visant à contrôler ou à éradiquer les EEE s’il y a lieu.

De plus, un suivi des EEE aux portes du territoire, c’est-à-dire les EEE qui pourraient se retrouver dans le bassin et la zone à court ou moyen terme, devrait être effectué, ce qui permettrait de mettre en place des actions limitant les possibilités qu’elles y pénètrent et s’y installent. La rivière Richelieu étant une excellente voie de propagation des EEE, il est important de rester vigilant, notamment en ce qui concerne les espèces très problématiques comme la carpe asiatique et le poisson tête de serpent du Nord. Ceci est d’autant plus important dans un contexte de changements climatiques, puisqu’un réchauffement des températures est susceptible d’entraîner une migration de certaines espèces vers le nord.

Les connaissances concernant les effets négatifs des EEE sur les espèces en péril et la faune locale étant insuffisantes à ce jour, il serait important de s’y intéresser davantage. Des études sur le contrôle et l’éradication des EEE devraient également être réalisées afin de voir si les méthodes actuelles portent fruit.

Puisque les activités anthropiques sont responsables de l’introduction et de la propagation des EEE, il serait primordial que les citoyens soient davantage sensibilisés à cette problématique et qu’ils aient les outils nécessaires pour reconnaître les EEE et accomplir les actions qui sont à leur portée (nettoyer les embarcations et l’équipement de pêche, ne pas utiliser de plantes exotiques envahissantes en horticulture, ne pas se débarrasser du contenu d’un aquarium près d’un cours d’eau, etc.). Il faut encourager les projets visant la prévention (sensibilisation) et le contrôle (inspections) des EEE.

Enfin, il serait pertinent et important que les citoyens et les acteurs du territoire rapportent leurs observations via l’outil de détection Sentinelle. Ce dernier, disponible sur le site Internet du MDDELCC (2015g), permet de faire des signalements et de consulter les signalements existants en ce qui concerne les EEE (plantes et animaux) les plus préoccupantes. Ainsi, cela contribuerait à mieux connaître la répartition des EEE sur le territoire.

3.5 Espèces à statut précaire

3.5.1 Constat général

Le maintien de la biodiversité est essentiel pour la santé et la résilience des écosystèmes. Les pressions exercées par les activités anthropiques, notamment en ce qui concerne la dégradation et la fragmentation des habitats et la perte de milieux humides, nuisent à la reproduction et à la survie de nombreuses espèces. La diminution de la qualité de l’eau affecte également grandement la survie de certaines espèces. Plusieurs d’entre elles ont un statut précaire (menacé, vulnérable ou susceptible de l’être), ce qui signifie que leur survie est fortement compromise.

3.5.2 Situation sur le territoire

Selon les données obtenues, en date de 2013, par le Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ), il existe 114 espèces floristiques et 35 espèces fauniques à statut précaire (espèce menacée, espèce désignée vulnérable, espèce susceptible d’être désignée menacée ou vulnérable) dans le bassin versant et la zone Saint-Laurent. C’est d’ailleurs l’un des effets tangibles de la destruction des habitats fauniques, de l’élimination de la connectivité entre ceux-ci et des pressions constantes sur ces milieux. Une description des espèces menacées ou vulnérables est présentée dans la section Milieu biologique du Portrait. Les tableaux 14 et Tableau 15 présentent ces espèces.

Tableau 14  Espèces végétales menacées ou vulnérables présentes sur le territoire

Nom latin Nom français Statut Rive, marais ou marécage Tourbière Autre
Aplectrum hyemale Aplectrelle d’hiver Menacée x
Arisaema dracontium Arisème dragon Menacée x
Carex digitalis var. digitalis Carex digital Menacée x
Carex lupuliformis Carex faux-lupulina Menacée x
Eurybia divaricata Aster à rameaux étalés Menacée x
Juncus acuminatus Jonc à tépales acuminés Menacée x
Justicia americana Carmantine d’Amérique Menacée x
Phegopteris hexagonoptera Phégoptère à hexagones Menacée x
Pinus rigida Pin rigide Menacée x
Thelypteris simulata Thélyptère simulatrice Menacée x
Ulmus thomasii Orme liège Menacée x
Acer nigrum Érable noir Vulnérable     x
Allium tricoccum Ail des bois Vulnérable x
Conopholis americana Conopholis d’Amérique Vulnérable x
Cypripedium arietinum Cypripède tête-de-bélier Vulnérable x
Goodyera pubescens Goodyérie pubescente Vulnérable x

Tableau 15  Espèces animales menacées ou vulnérables présentes sur le territoire

Nom latin Nom français Statut Habitat
Avifaune
Dendroica cerulea Paruline azurée Menacée Forêts de feuillus matures
Lanius ludovicianu Pie-grièche migratrice Menacée Pâturages arbustifs
Coturnicops noveboracensis Râle jaune Menacée Marais
Falco pelegrinus Faucon pèlerin Vulnérable Nidification : falaises à proximité d’un plan d’eau Chasse : espaces libres tels que les cours d’eau, les marais, les plages, les vasières et les champs
Ixobrychus exili Petit blongios Vulnérable Marais et marécages
Ichtyofaune
Moxostoma hubbsi Chevalier cuivré Menacée Herbiers littoraux
Ammocrypta pellucida Dard de sable Menacée Cours d’eau, rivières et lacs à fonds sablonneuxCourants suffisamment faibles pour maintenir le sable en place et suffisamment élevés pour prévenir l’envasementEaux claires où la végétation aquatique est absente ou clairsemée
Moxostoma carinatum Chevalier de rivière Vulnérable Eaux profondes de rivières de dimension moyenne dont la température estivale dépasse 20 °CFraie dans les secteurs d’eaux vives sur des fonds de roche calcaire libres d’’envasement
Percina copelandi Fouille-roche gris Vulnérable Rivières ou petits cours d’eau non perturbés situés le long de zones boisées ou agricoles et dont l’eau est de bonne qualitéCourants modérésEaux de moins de 60 cm de profondeurSubstrats grossiers composés de galets en association avec d’autres types de matériaux
Notropis bifrenatus Méné d’herbe Vulnérable Végétation aquatique submergée abondante
Herpétofaune
Apalone spinifera spinifera Tortue molle à épines Menacée Rivières, ruisseaux, lacs, étangs situés à proximité de rivières, baies marécageuses peu profondes, sablonneuses ou vaseuses
Pseudacris triseriata Rainette faux-grillon de l’Ouest Vulnérable Habitat comprenant le milieu de reproduction entouré d’une bande de 250 m de milieu terrestre : Champs et clairièresZones marécageuses arborescentesRives des plans d’eauEndroits ouverts où la végétation herbacée offre suffisamment de couvert et d’humidité
Graptemys geographica Tortue géographique Vulnérable Vastes étendues d’eau (lacs et rivières) au fond mou où l’on trouve de nombreux sites d’exposition au soleil et une riche végétation aquatique
Clemmys insculpta Tortue des bois Vulnérable Rivières sinueuses dont les fonds sont sablonneux et pierreuxBois clairs et parterres de coupe situés à proximité de plans d’eauAulnaies basses bordant les cours d’eau

Face à la situation préoccupante de certaines espèces, des plans de rétablissement ont été mis en place, notamment pour le chevalier cuivré et les cyprins et petits percidés (dard de sable, fouille-roche gris, méné d’herbe), la rainette faux-grillon de l’Ouest, la tortue molle à épine, le faucon pèlerin et le carex faux-lupulina, pour ne nommer que ceux-ci. Ces plans de rétablissement visent non seulement la survie de l’espèce, mais aussi la protection de leur habitat. Les actions qui y sont suggérées devraient être considérées en vue d’assurer la protection de ces espèces et des autres espèces vivantes dans ces mêmes écosystèmes.

3.5.3 Causes potentielles

D’une façon globale, on attribue la précarité des espèces à la destruction de leurs habitats à des fins de développement agricole et urbain. De plus, la plupart des terrains riverains sont privés et artificialisés, ce qui réduit largement le nombre d’habitats propices à la présence des espèces à statut précaire. En outre, ces espèces sont généralement plus sensibles aux pressions exercées sur leur milieu, ce qui les rend vulnérables. Par exemple, l’assèchement des milieux humides et la régularisation des eaux représentent des menaces importantes pour le carex faux-lupulina et la thélyptère simulatrice, et c’est au remblayage des berges et à l’augmentation de la pollution de l’eau que la carmantine d’Amérique doit son statut d’espèce menacée.

3.5.4 Conséquences

Les pressions exercées sur les espèces à statut précaire menacent leur survie. Ces espèces sont importantes pour les écosystèmes, puisque chacune d’elle joue un rôle. Par exemple, le chevalier cuivré peut s’alimenter de moules zébrées et freiner la propagation de cette EEE. De plus, la biodiversité est essentielle pour la résilience des écosystèmes. Il est donc important de conserver le plus d’espèces possible, y compris celles qui sont particulièrement affectées par les pressions anthropiques. Ceci est d’autant plus vrai dans un contexte de changements climatiques, lesquels provoqueront inévitablement la disparition de nombreuses espèces. Plus le nombre d’espèces est élevé à l’origine, plus les fonctions écologiques nécessaires seront efficacement remplies et plus les écosystèmes auront la capacité d’être résilients.

3.5.5 Conclusion (limites et données manquantes)

Les espèces ciblées par les plans de rétablissement sont importantes et doivent être protégées. Les espèces à statut précaire présentes sur le territoire doivent aussi faire l’objet d’une attention particulière si l’on veut assurer leur survie et préserver la biodiversité présente dans le bassin de la rivière Richelieu et la zone Saint-Laurent. Il convient de cibler les habitats privilégiés par ces espèces sur le territoire et de travailler à la mise en place de projets de conservation. Cela est d’autant plus important que les espèces à statut précaire constituent des indicateurs de la santé des écosystèmes et nous rappellent l’importance de préserver ces milieux. Ainsi, lorsqu’on déploie des efforts pour protéger les espèces à statut précaire et leur habitat, c’est l’ensemble de la biodiversité qui en bénéficie.