Constat général

Les activités récréotouristiques qui se pratiquent sur ou en bordure des plans d’eau sont nombreuses : pêche, baignade, navigation de plaisance, patinage en hiver, etc. L’eau étant une ressource publique appartenant à tous, il est important que tous les Québécois puissent avoir accès aisément aux plans d’eau et aux rives. Cela fait d’ailleurs partie de la Politique nationale de l’eau (gouvernement du Québec, 2002).

Or, avec la privatisation croissante des rives et le nombre restreint d’infrastructures d’accès public, l’accès des citoyens aux cours d’eau et aux plans d’eau est de plus en plus limité (Doan, 2013).

Situation dans la zone Richelieu/Saint-Laurent

La rivière Richelieu et le fleuve Saint-Laurent sont deux cours d’eau qui représentent un attrait pour les citoyens de la région et les visiteurs. Tous aimeraient y avoir accès. Cependant, les sites publics aménagés pour accueillir les citoyens ne sont pas suffisamment nombreux.

Accès riverain

Sur le territoire du bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent, les accès à la rive pour se baigner, mettre un canot ou un kayak à l’eau, pêcher ou simplement pour se promener à proximité de l’eau sont principalement des parcs riverains et des pistes cyclables, en plus de quelques haltes routières, des lieux historiques et des écluses.

Ces infrastructures représentent un peu plus de 15 000 m de berges accessibles (voir section Usages). Cependant, dans chacune des 25 municipalités riveraines, la dimension des terrains publics est relativement faible, c’est-à-dire souvent inférieure à 1 000 m de longueur. De plus, on constate que certaines infrastructures se détériorent.

Un accès plus grand est observé dans les municipalités de Belœil, Chambly, Saint-Jean-sur-Richelieu et Sorel-Tracy. En revanche, les municipalités de Carignan, Henryville, Saint-Blaise-sur-Richelieu et Sainte-Victoire-de-Sorel ne disposent d’aucun accès public à la rivière Richelieu.

Du côté de la zone Saint-Laurent, la présence d’une piste cyclable le long du fleuve permet de rendre les rives accessibles. Cependant, l’aménagement de parcs riverains serait nécessaire pour favoriser la pratique d’activités autres que le cyclisme.

Les rampes de mise à l’eau et les 26 marinas du territoire permettent aux citoyens de mettre à l’eau leur embarcation motorisée, rendant la rivière Richelieu et le fleuve Saint-Laurent accessibles à la navigation de plaisance. Les rampes de mise à l’eau permettent aussi l’accès d’embarcations non motorisées (canots, kayaks, etc.), mais l’achalandage de bateaux motorisés et les vagues causées par ces derniers rendent la navigation difficile, surtout pendant les fins de semaine et les congés fériés.

Certains usagers du bassin de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent pratiquent la baignade. Il existe des sites de baignade suivis par le programme Environnement-Plage sur le territoire. La majorité des plages sont cependant situées sur des lacs artificiels à l’intérieur de campings privés. La seule plage de la rivière Richelieu est une plage privée située à Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix. Les plages suivies présentent habituellement une note allant de bonne à excellente (section Usages).

Sur le territoire de la zone Saint-Laurent, une évaluation du potentiel pour la baignade a été réalisée à trois endroits le long du fleuve. Le potentiel est considéré très bon pour les stations de l’île Charron et de Tracy. Celle de Varennes présente en revanche un potentiel inférieur (Hébert, 2010).

Les données les plus récentes datant de 2009, il serait important qu’un suivi ou une mise à jour soit effectué afin d’évaluer la qualité de l’eau pour la rendre sécuritaire à la baignade et ainsi permettre l’accessibilité au fleuve pour la baignade. D’ailleurs, la ville de Longueuil a annoncé, au printemps 2014 qu’une plage publique serait accessible aux citoyens dès 2015 (Bélanger, 2014; Ville de Longueuil, 2014).

Même si peu de plages sont aménagées sur les rives de la rivière Richelieu et du fleuve Saint-Laurent, il n’est pas rare de voir des plaisanciers s’y baigner en période estivale. Pourtant, aucun suivi réel de la qualité de l’eau n’est fait.

De nombreux citoyens se questionnent d’ailleurs à savoir si l’eau de est propice à la baignade. De plus, plusieurs intervenants du territoire aimeraient que des plages soient créées sur les rives du Richelieu et du fleuve Saint-Laurent (Ville d’Otterburn Park, 2013; Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu, 2013). Ceci est envisageable suite aux efforts mis en œuvre au cours des dernières décennies afin d’assainir les eaux usées rejetées dans l’eau. Cependant, pour y arriver, les efforts doivent se poursuivre, et ce, tant en milieu urbain qu’agricole.

Causes potentielles

La privatisation des rives est sans aucun doute la cause première du manque d’accessibilité à l’eau. Le nombre de terrains publics permettant l’accès est restreint, de même que leur superficie. De plus, les infrastructures permettant actuellement l’accès à l’eau se détériorent rapidement.

Les municipalités n’ont pas toujours les ressources financières nécessaires pour les entretenir. Dans certains cas, leur détérioration force les autorités à en interdire l’accès pour des raisons de sécurité, ce qui réduit encore davantage le nombre d’accès à l’eau disponibles pour les citoyens.

La baignade et les autres activités impliquant un contact primaire avec l’eau peuvent être compromises lorsque les concentrations en coliformes fécaux excèdent le critère de 200 UFC/100 ml (MDDELCC, 2015d). Des dépassements de critères peuvent être observés dans la rivière Richelieu (section 1.1.2). Malheureusement, le suivi des coliformes fécaux s’effectue sur une base mensuelle et les résultats ne sont pas disponibles immédiatement.

Certains secteurs de la rivière Richelieu font état d’une plus grande précarité de la qualité de l’eau en ce qui a trait aux coliformes fécaux. Par exemple, les rivières des Hurons et L’Acadie affichent une contamination importante qui est principalement due aux activités agricoles et aux rejets de stations d’épuration. Aussi, la baignade en aval de leurs embouchures aurait intérêt à être découragée.

D’autres contaminants peuvent aussi se retrouver dans les eaux de surface, comme des pesticides ou des cyanobactéries. Les petits tributaires de la rivière Richelieu n’ayant pas un débit important, les concentrations qu’ils charrient peuvent être élevées. La baignade à leurs embouchures devrait par conséquent être évitée.

Conséquences

Le manque d’accès publics à l’eau empêche la démocratisation de cette ressource. L’accès est en effet très facile pour les propriétaires riverains, mais très difficile pour les autres citoyens. Cela a notamment pour conséquence de limiter les usages pour la pêche, la baignade et les activités nautiques.

De plus, cela peut contribuer à freiner le développement touristique, puisque l’accès à l’eau est un grand attrait pour la région. Enfin, les gens sont davantage sensibilisés à la conservation d’une ressource naturelle dont ils en profitent et qu’ils voient un avantage à protéger. Par exemple, il est plus difficile de convaincre une population de réduire la pollution de l’eau pour préserver sa qualité et celle des poissons qui y vivent si elle ne peut jamais s’y baigner ou pêcher à l’occasion.

La baignade dans une eau de piètre qualité n’est pas sans conséquence. Les coliformes fécaux sont des bio-indicateurs de pathogènes potentiels qui, lorsqu’ingérés, peuvent occasionner des problèmes de santé comme des gastro-entérites (MDDELCC, 2015c).

Dans le cas des cyanobactéries, les effets les plus bénins observés font état de dermatites, mais ces organismes produisent aussi des toxines algales qui peuvent, lorsqu’elles sont ingérées, s’attaquer au foie ou, plus rarement, au système nerveux (Santé Canada, 2013).

Les pesticides ne sont généralement pas évoqués dans les critères de qualité pour l’eau de baignade, mais leur toxicité est bien documentée et on leur attribue des problèmes de santé de différentes gravités selon le type et le degré d’exposition. Ces problèmes vont de la simple irritation cutanée aux effets tératogènes et cancérigènes en passant par des dérèglements hormonaux et neurologiques (MSSS, 2015).

Conclusion (limites et données manquantes)

Le manque d’accès public aux cours d’eau du bassin versant de la rivière Richelieu et de la zone Saint-Laurent prive de nombreux citoyens de l’accès à une ressource qui est pourtant reconnue comme « [faisant partie] du patrimoine collectif des Québécois et des Québécoises » (gouvernement du Québec, 2002).

Ce phénomène est généralement en croissance au Québec, comme l’a souligné la Politique nationale de l’eau (gouvernement du Québec, 2002). Il serait donc important de s’assurer que les terrains et les installations publics permettant actuellement l’accès à l’eau soient conservés en bon état et mis en valeur afin de favoriser leur appropriation par les citoyens.

Il serait aussi important d’assurer un suivi périodique de la qualité de l’eau de la rivière Richelieu et du fleuve Saint-Laurent sur les sites potentiels de baignade afin de déterminer la variabilité de la concentration de coliformes fécaux dans l’eau et de s’assurer d’avoir une eau sécuritaire pour la baignade. Toutes les activités visant à améliorer la qualité de l’eau, particulièrement celles qui visent à réduire les coliformes fécaux, sont également bénéfiques pour la baignade.

Par exemple, certains des sites potentiels ciblés (ex. Pointe-Valaine) sont situés près de tributaires dont le territoire est principalement à vocation agricole. L’eau provenant de ces tributaires peut affecter la qualité de l’eau près des sites en rive, d’où l’importance de réaliser des actions permettant de réduire les impacts sur l’eau en amont dans les sous-bassins versants.